[Test] Smoke and Sacrifice : un concept en dents de scie

Caractéristiques

    • PlayStation 4
    • Ordinateur/PC
    • Xbox One
  • Développeur : Solar Sail Games
  • Editeur : Curve Digital
  • Date de sortie : 15 janvier 2019
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Du craft, et surtout un univers intéressant

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La direction artistique du titre est l’une de ses forces.

Quelques années après la folie Minecraft, et alors que tous les regards sont désormais portés sur les jeux de genre Battle Royale, un constat s’impose, concernant le fameux crafting. Si quelques softs, comme ARK Survival Evolved ou Portal Knights, continuent de parier avec plus ou moins de réussite sur cette manière de progresser, basée sur le besoin de récolter pour construire, on ne peut que remarquer que le principe tourne en rond. Le salut pourrait bien venir d’un frein de production, histoire de provoquer une bénéfique rareté. Mais certains titres, comme Smoke and Sacrifice, espèrent insuffler un peu de nouveauté par le gameplay et l’univers. Le soft, développé par Solar Sail Games, et édité chez Curve Digital, parvient-il à convaincre ?

Premier constat : Smoke and Sacrifice ne met pas de côté le scénario. D’ailleurs, signalons ici que le jeu est entièrement sous-titré en français, parfois avec quelques approximations mais c’est tout de même une bonne chose. Le joueur incarne une jeune femme, Sachi, et se trouve plongé dans un univers assez sombre. Pour s’en convaincre, il suffit de constater l’une des règles sociales qui régissent ce monde : il faut sacrifier un nouveau-né afin de contenter une organisation religieuse, laquelle doit composer avec un soleil artificiel. Sept ans plus tard, et toujours effondrée après avoir perdu son enfant, notre héroïne va s’infiltrer dans le Temple, en espérant trouver des réponses à ses questions. Elle va se retrouver projetée dans ce qui s’apparente à une autre dimension, où son fils a pu survivre. L’espoir renaît, mais il va falloir faire preuve de bien du courage. Le récit est plutôt savoureux, créé un mystère qui s’imprime bien dans un univers qui ne l’est pas moins. Par contre, la narration reste assez classique : on suit des points d’intérêt sur la carte, ce qui pousse aux rencontres, et l’on récupère des quêtes en parlant aux autochtones. Cela manque peut-être un peu de relief, mais on s’en contente.

Un bon petit scénario donc, mais on attendait de vérifier ce que le gameplay nous propose. Smoke and Sacrifice utilise bien le potentiel ludique de son univers. Le monde qui nous entoure ne nous veut pas spécialement du bien, et nous le fait savoir. Notre avatar se déplace sur un terrain hostile : ramasser branches, champignons, mousse, et bien d’autres matières premières, ne sera pas toujours de tout repos. D’ailleurs, le jeu vous demande, dès le début, de vous prémunir contre les dangers potentiellement rencontrés. Armes pour filer une rouste aux ennemis, armures car leurs coups peuvent faire très mal. Mais aussi des bottes pour se protéger des sols froids, et une lampe dans le but d’éclairer la nuit. Cette dernière voit les ténèbres non seulement empêcher un chouïa la visibilité, mais aussi vous atteindre physiquement. On vous conseille, d’ailleurs, de faire le plein de lucioles, afin de vous recharger en lumière. Aussi, ayez toujours sur vous l’ingrédient qui permet de réparer vos différents outils, car ils ont tendance à se briser assez vite.

Si vous désirez du challenge, le jeu vous est destiné

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Attention aux ennemis, parfois coriaces.

Une fois bien préparer, il est grand temps de s’aventurer loin de votre point d’arrivée. Smoke and Sacrifice devient alors une lutte pour la survie, et chaque point d’intérêt découvert se veut important dans ce but. On peut y trouver tout ce qui fait le sel du craft : marmite, établi, sauvegarde, moyen de locomotion d’un endroit à l’autre. Du très classique, parfois un peu moins (on pense à l’élevage, malheureusement pas assez exploité). C’est surtout la difficulté proposée qui ajoute une véritable force à l’ensemble. Dans ce soft, la moindre erreur n’est pas fatale, par contre elle se paie au plein tarif. Par exemple, on vous demandera assez vite de vous débarrasser d’un porc-épic gigantesque. Croyez-nous : mieux vaut ne pas le titiller si vous n’avez pas, auparavant, fait évoluer vos armes et armures. Aussi, attention à bien utiliser votre esquive, et le terrain. Si le monstre charge, alors pourquoi ne pas le pousser à se prendre un arbre en pleine tête, histoire de le désorienter quelques temps pour mieux le rosser ?

Smoke and Sacrifice est plein de ce genre de moments intéressants, et quand ça fonctionne on est aux anges. Par contre, force est de constater que la difficulté, un peu plus loin dans le jeu, peut surtout s’avérer rageante, et pas tout le temps équilibrée. Ainsi, on ne peut que recommander des sauvegardes rapprochées car, soyez-en certains, vous périrez à tour de bras. Le challenge se révèle, donc, bien présent, et soutenu par des choix de développement assez courageux. La péremption de certains ingrédients, par exemple, n’est pas spécialement expliquée, on la constate par nous-même. Et c’est le genre de décision qu’on apprécie : cela permet au joueur de se sentir en position de force, de découvrir des mécaniques, de se sentir de plus en plus en maitrise.

Smoke and Sacrifice se boucle en une quinzaine d’heures, ce qui devrait éviter tout sentiment rébarbatif. Le souci est que, dépassé les cinq heures de jeu, le soft tourne tout de même en rond dans ses mécaniques. Surtout, on a de plus en plus de mal à s’intéresser aux missions proposées, qui peuvent se résumer à du Fedex de crafting : construisez tel objet, un PNJ vous délivra tel info. Ainsi, quand l’aventure est bouclée, on n’y revient pas de suite. Par contre, la partie technique est une réussite. On apprécie grandement la direction artistique, très étrange avec ces visages réalistes, et ces animations de marionnettes. Les jeux de lumière sont au niveau, et la fluidité ne nous lâche jamais. Aussi, la bande originale figure parmi les bons points, avec un accompagnement qui se fond parfaitement dans les environnements traversés.

Note : 14/20

Smoke and Sacrifice débarque alors que les jeux basés sur le craft sont un peu en bout de course. Pourtant, quelques choix et mécaniques sont parvenus à nous sortir de notre torpeur et, au final, on a plutôt apprécié le résultat. La difficulté est, certes, parfois un peu déséquilibrée, mais dans l’ensemble on apprécie cette grosse dose de challenge. Aussi, l’impression d’évoluer en milieu hostile, et l’univers assez sombre, nous pousse à avancer, coûte que coûte. Pas un grand hit, mais un bon petit titre. Un constat encourageant, pour le studio Solar Sail Games, dont il s’agit du premier titre.

Auteur

  • Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015. Manque clairement de sommeil.

7/10

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