[Test] Jump Force : des idées, mais une réalisation douteuse

Caractéristiques

    • PlayStation 4
    • Ordinateur/PC
    • Xbox One
  • Développeur : Spike Chunsoft
  • Editeur : Bandai Namco Entertainment
  • Date de sortie : 15 février 2019
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Un jeu de combat qui mise sur l’action tous azimuts

iage gameplay jump force
Luffy, Goku ou Naruto ?

Joyeux anniversaire, Weekly Shonen Jump ! La revue japonaise mythique, qui a vu naître bien des héros parmi les plus populaires de l’industrie manga, a soufflé sa cinquantième bougie en 2018. L’occasion, pour Bandai Namco Entertainment (Ni No Kuni 2, Ace Combat 7), de se lancer dans un crossover bastonesque, dans la droite lignée d’un jeu particulièrement adoré par votre humble serviteur (et de sa suite, qu’on a loupé) : Jump Ultimate Stars. Ce dernier, sorti en 2006 sur Nintendo DS, et uniquement au Japon (il fallait passer par la case import), a prouvé à tout le monde que ce genre de rencontre vidéoludique peut s’accompagner d’un véritable équilibre, entre gameplay de qualité et univers créé pour les fans. Treize ans plus tard, on accueille Jump Force. Et si les intentions nous paraissent aussi nobles, on va voir qu’il a sans doute manqué un peu de temps de développement pour que le soft soit mémorable.

Jump Force a surtout fait parler, pendant son développement, à propos de sa direction artistique. Bon, les mêmes sont, aujourd’hui, sous le charme des premières images beaucoup trop enfantines du remake de Zelda : Links Awakening, mais passons. On ne cessera de le répéter : un style visuel ne peut se juger qu’en ayant découvert l’univers de l’œuvre. Et les fins connaisseurs se sont obligatoirement imposés une certaine retenue, en prenant connaissance du studio derrière le développement : Spike Chunsoft. Cette boîte, vous la connaissez sans doute pour l’excellente licence Danganronpa. Pas des manches, et même si les équipes sont sûrement différentes, on pouvait espérer une certaine cohérence entre l’aspect très figurine des personnages, et les situations scénaristiques. C’est effectivement le cas, mais pas spécialement bien soutenu par le récit en lui-même.

Car Jump Force n’évite pas la sensation de prétexte. Les fondations de l’histoire sont balancées en cinq minutes, puis on aura que peu d’occasions de fouiller les quelques éléments pourtant intéressants. La volonté de projeter les licences (name dropping : Dragon Ball, Naruto, One Piece, Saint Seya, Ken le Survivant, City Hunter, Hunter X Hunter, Bleach, Kenshin, Yu-Gi-Oh!, Dragon Quest, Jojo’s, My Hero Academia, Black Clover, Yu Yu Hakusho, et même Death Note) dans le monde réel est pourtant une idée séduisante. Cela s’accompagne d’une problématique autour de dimensions parallèles, qui rappellera très fortement ce que Marvel peut produire. Le joueur incarne un passant lambda, après lui avoir donné forme des pieds à la tête. Alors qu’on se balade à Time Square, voilà que Freezer, accompagné des mystérieux Venins, détruit le lieu. Trunks, présent, nous transmet des pouvoirs, et nous voilà recruté par Umbras dans le but de participer à la résolution du conflit. Pour commencer, il faudra choisir une team, avant de partir recruter de nouveaux héros.

La direction artistique se fait cohérente

image spike chunsoft jump force
Certains personnages sont visuellement plus réussis que d’autres.

Le fait de propulser des noms aussi connus que Goku, Seiya ou Luffy, dans notre monde, donne un sens à la direction artistique. Certes, l’aspect plastique surprend, remue, mais on ne peut que souligner le choix, opéré par Spike Chunsoft, de sortir des sentiers battus. L’inverse du fan service, soit écrit en passant, du moins pour ce qui est du domaine visuel. Par contre, on ne peut que souligner l’inconstance de ce style, qui s’adapte bien sur beaucoup de personnages, et moins sur d’autres, comme le pauvre Daï (ou Fly, pour qui regardait le Club Dorothée), dont l’apparence confine au mauvais goût. Tout cela ne fera pas oublier le véritable souci de Jump Force : sa narration. On enchaine des missions, dont les objectifs ne manquent pas de piment, mais d’une mise en scène à la hauteur. Les cutscenes n’ont pas fait l’objet d’un soin particulier, et même pire : on perçoit carrément un sous-traitement, dû à des problèmes techniques que nous évoquerons plus bas. Tout cela est bien dommage, car on peut déceler une envie de bien faire…

Jump Force nous a tout de même réservé de bons moments, manette en mains. Notre avatar, que l’on se doit de créer de fond en comble, restera au centre de nos attentions. Il faudra bien vite lui associer une équipe, un choix pas spécialement engageant par ailleurs puisque le scénario reste globalement identique. Mais on ne peut que vous conseiller de bien faire attention à qui mène ces groupes (Goku, Naruto, Luffy), au moins pour la forme. Si l’on prend aussi plaisir à combattre en manipulant Vegeta et les autres, c’est bien notre œuvre bipède que l’on préférera. Plus on enchaine les missions, qu’elles soient d’importance pour le scénario ou simplement pensées pour le grind, plus on progresse. Ceci poussera le joueur, au moins provisoirement, à enchainer les combats. Et, ainsi, plus on peut s’offrir des compétences, costumes, et d’autres éléments, directement au magasin, depuis le hub. Par contre, ce dernier décevra sûrement bien des joueurs : l’activité y est plus que limitée et, surtout, l’ambiance visuelle atteint un niveau assez catastrophique, surtout dans les animations. On pensera au recours à la moto…

L’emballage sait se faire un minimum efficace, à défaut de se révéler original, et les combats alors ? Jump Force s’appuie sur une base plutôt solide, en fin de compte. Si la vue nous rappelle obligatoirement Dragon Ball Xenoverse, quelques subtilités viennent modifier les sensations. Précisons que les batailles se font en trois contre trois, mais que la barre de vie est partagée. Drôle d’idée, mais cela assure des batailles très intenses, aussi bien dans le rythme que dans leur dramaturgie. L’angle de caméra, que l’on pourrait rapprocher d’un TPS, offre une bonne visibilité (seul, tout du moins, car à deux en local cela désavantage grandement le joueur en second plan), et une dynamique bienvenue. Par contre, certains mouvements, surtout lors des changements de personnages, font vriller l’écran, provoquant quelques secondes disgracieuses. C’est une retenue, mais au-delà on ne peut que souligner la prise en mains satisfaisante.

Quelques regrets au compteur

image jump force
Bonjour Paris !

Les premiers pas, dans Jump Force, sont en effet assez encourageants pour éveiller l’attention des amateurs de jeux de baston décomplexés. Les déplacements sont précis, et on alterne bien entre les enchainements. Sur PlayStation 4, Carré place les coups rapides, et Triangle les impacts plus lourds. Multiplier les pressions est un gage de combo, et vous pouvez aussi choisir l’inclinaison du résultat, en appuyant sur Bas ou haut. Simple, mais efficace, tout comme les prises. Plus difficile à maitriser, la garde demandera un temps d’adaptation. On observe un court délai entre la pression de la touche et l’effectivité du blocage, alors faites attention à ne pas tomber dans le spam de Carré, par exemple, au risque de vous faire rapidement punir. Impressionnant, l’envol de suivi permet de rejoindre un adversaire fuyard, ce qui continue de créer des sensations de puissance très intéressantes. Enfin, on a les coups spéciaux. En pressant L2, on pourra opter pour trois attaques spéciales (Kaméhaméha, etc), et une offensive ultime, laquelle n’est déclenchable qu’en ayant atteint la moitié de la jauge adéquate. Cela ne fera pas du système autre chose qu’un ensemble très porté sur l’action, l’empoigne, peu porté sur le skill mais somme toute accrocheur.

L’autre élément important, dans un jeu de combat, est la qualité du roster (ensemble des personnages), son équilibre. Par exemple, c’est ce qui disqualifie en partie, pour notre part, un jeu comme Smash Bros Ultimate, dont certains combattants sont bien plus puissants que d’autres. Là encore, le jeu de Spike Chunsoft s’en sort relativement bien. C’est surtout vérifiable en ligne, où l’on a pu se fritter avec la totalité du casting, preuve de l’ouverture de celui-ci. Quarante grands noms des mangas du Weekly Shonen Jump, cela pouvait faire redouter quelques incohérences, et pourtant on n’en note pas vraiment, au-delà de la présence amusante de Ryo Saeba (Nicky Larson, chez nous). Côté durée de vie, l’histoire solo peut se boucler en une dizaine d’heures. Il vous en faudra un peu plus, si votre but est de collecter tout ce qui peut l’être.

Pour terminer, il faut aborder l’aspect technique de Jump force. Et, là aussi, le résultat s’avère mitigé, mais pas détestable. Commençons par les points qui fâchent. Tout d’abord, les animations faciales nous ramènent dix ans en arrière, et ça saute aux yeux lors des cutscenes. On abordait, plus haut, la mise en scène assez plate. Voilà qui n’arrange rien. Mais, surtout, ce sont ces temps de chargement interminables, et nombreux, qui nous ont réellement inquiétés. Avant les combats, après ceux-ci, dès qu’on veut accéder à un magasin, ou au menu de personnalisation du personnage : on se voit obligé d’attendre de bien longues secondes. Cela traduit un développement peut-être un peu trop rapide, et sans doute que si mises à jour il y a, elles règleront partiellement ce souci. Par contre, on est agréablement surpris par la qualité des décors (dont l’européen, qui nous présente l’Arc de Triomphe !), détaillés et parfois même impressionnants. Aussi, les effets pyrotechniques, lors des bastons, en mettent plein la vue, et se chargent d’accompagner le grand spectacle en cours. Quant à la musique, elle s’oublie malheureusement assez vite…

Note : 13/20

Si Jump Force n’est pas la catastrophe annoncée, le jeu reste tout de même largement imparfait. Les fondations, et donc le gameplay, forment la satisfaction principale. Ça explose de partout, on ressent toute la puissance des coups, et la volonté d’imprégner les batailles d’une action débordante fait mouche. C’est sans aucun doute ce qui nous pousse à enchainer les joutes, bien plus que le scénario prétexte, pas totalement décevant mais tout de même en-dessous de nos attentes. Aussi, on peut regretter un manque de finition technique, avec des temps de chargement carrément effrayants. De là à ne pas recommander ce titre, ne poussons pas. Il pourra tout de même satisfaire un minimum les joueurs sensibles au fan service, mais aussi les adeptes d’un style franc du collier. Au final, un jeu qui laisse des regrets, de par l’envie affichée sur le papier, mais aussi quelques bons souvenirs.

Auteur

  • Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 avant de lancer Jeux Vidéo Plus en 2021. Manque clairement de sommeil.

6/10

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