[Critique] ADN – La Menace : du bis plagiaire mais amusant

Caractéristiques

  • Titre original : DNA
  • Réalisateur(s) : William Mesa
  • Avec : Mark Dacascos, Jürgen Prochnow, Robin McKee, Tom Taus, Roger Aaron Brown
  • Distributeur : Interlight
  • Genre : Horreur, Action
  • Nationalité : USA, Philippines
  • Durée : 97 minutes
  • Date de sortie : Mars 2000 (DTV)

C’est pas beau de copier sur son voisin

image critique adn la menace
Predator dans les grandes lignes…

Alors là, entre nous, on tient un film intéressant à plus d’un titre. Certes, on a dû braver l’immondice qu’est la jaquette du très faiblard DVD sorti en France, et disponible dans toutes les bonnes solderies. Mais, comme on vous l’expliquait dans notre article consacré à Altitude, faire attention à ce genre de détail est à double tranchant. Ensuite, on est du genre à observer si d’autres sites ont pu vérifier si le long métrage qu’on ambitionne de visionner est au moins soutenable. Bon, là encore ça ne sert pas à grand chose, puisque si personne n’a pondu un article votre dévoué serviteur se charge tout de même de régler le problème. Mais tout de même, juste par curiosité… Dans le cas d’ADN – La Menace, on est vite tombé sur la chronique de l’excellent Devildead, référence dans le domaine du cinéma de genre. Et ce n’était pas très engageant.

Mais un nom nous a tout de même vendu ADN – La Menace : Nick Davis. Il ne vous dit sûrement rien, et c’est bien normal. Le gros de sa carrière, cet homme l’a passé au poste de superviseur des effets spéciaux, notamment sur Edge of Tomorrow, Charlie et la Chocolaterie ou The Dark Knight. Un parcours très honorable donc, mais aussi une carrière avortée de scénariste. Et là, c’est un peu moins lumineux. On le retrouve à l’écriture de… Shadowchaser 2, le seul, l’unique ! Pas de mauvais esprit ici, on apprécie cette bobine très basse du front, plagiaire au possible mais assez fun. Du coup, on était plus que curieux de découvrir le film ici abordé, surtout que le reste des noms mis en avant ont aussi de quoi séduire : le quasiment porté disparu Mark Dacascos (qu’on va retrouver pour John Wick Parabellum), et William Mesa, un réalisateur peu doué mais passé à la postérité pour ses SFX sur Le Fugitif.

ADN – La Menace tient au moins une promesse, celle du spectacle plagiaire éhonté. On dépasse d’assez loin ce qui a été fait sur Shadowchaser 2 et son « rapprochement » avec Die Hard. Résumons l’intrigue. Elle prend place dans la jungle de Bornéo, où le docteur Ash Mattley (Mark Dacascos) tente de soigner ceux qui peuvent l’être, avec des moyens plus que limités. Cet homme cache un passé de scientifique de pointe, qui fut sur le point de trouver un remède miracle pour tous les maux, dont le Sida, grâce à un scarabée très rare. Malheureusement, et sans trop qu’on comprenne véritablement pourquoi, il dut annuler ses avancées pourtant prometteuses. Dès lors, quand il reçoit la visite de Carl Wessinger (Jürgen Prochnow), scientifique qui lui annonce pouvoir aller plus loin dans ces études, l’espoir renaît. Direction une grotte où vit l’insecte, mais Wessinger va trahir la confiance de Mattley. Son plan : ressusciter le légendaire Balakai, monstre d’une puissance inégalée, pour le vendre comme arme de guerre.

Un bon petit film pour se détendre le week end

Encourageant, ce récit l’est très clairement. Et l’on peut écrire qu’on était plutôt sous le charme de ce qu’on voyait se mettre en place, au moins pendant un petit moment. ADN – La Menace a clairement fait l’objet d’un soin tout autre que ce qu’on pouvait craindre, nous qui nous attendions à du Nu Image époque nanar. Finalement, ce n’est pas le cas et, si la réalisation reste plate tout du long, on peut au moins reconnaitre au réalisateur William Mesa un vrai sens du rythme, et de l’emballage par le décor. C’est, d’ailleurs, ici qu’on commence à capter l’essence plagiaire du projet : on pense assez vite à Indiana Jones, impression appuyée Matzu (Tom Taus), jeune asiatique dont la participation rappellera évidemment Demi-Lune. Ajoutons l’arrivée de l’agent de la CIA Claire Sommers (Robin McKee), blonde à peu près incendiaire dont le manque de crédibilité est maîtrisé, qui finira emballée par le héros, et l’on obtient une lointaine saveur du Temple Maudit pas spécialement désagréable.

Le plagiat va, cependant, accélérer pour atteindre des cimes assez embarrassantes. On trouve de tout dans ADN – La Menace. Terminator 2 et son personnage qui, blessé, se fait exploser. Jurassic Park avec des plans de la séquence d’ouverture carrément repompés sur celle du classique de Spielberg, et la scène de la sécurité à briser par ordinateur calquée. Alien 3 et sa fameuse poursuite est presque recréée (presque, parce que bon, William Mesa n’est pas David Fincher). Mais le plus incroyable reste la grosse louche de Predator. On vient du bis, on aime la production italienne des années 1980, alors ce genre de recours ne nous est pas inconnu. Mais là, là… Il ne manque plus que des dreadlocks au Balakai. Que ce soit dans sa gestuelle, ses spécificités (ah, tiens, il peut se fondre dans son environnement, comme c’est étonnant), ou la mise en scène dont il est l’objet, tout nous rappelle l’éternel monstre du  film de McTiernan. Le climax restant ce qu’il y a de plus gênant, tant le scénario ne cherche même plus à faire semblant : Ash Mattley doit régresser pour faire face à la bête.

ADN – La Menace est évidemment débile comme c’est pas permis, mais on n’espérait pas autre chose à ce niveau. Les incohérences éclatent de partout, notamment pendant ce final complètement raté, avec une tribu locale qui apparaît comme un cheveu sur la soupe, sans aucune logique spatio-temporelle. Mais ça, on est prêt à le pardonner : le spectacle reste assuré. Le long métrage n’est pas du tout avare en séquences d’action remuantes, et on ressent même un peu de suspens ici ou là. C’est loin d’être totalement satisfaisant, entendons-nous bien, on pensera au gros regret qu’est le traitement de l’antagoniste humain, Wessinger, qui parvient pourtant à être détestable grâce au jeu de l’appliqué Jürgen Prochnow, une véritable gueule qu’on ne voit plus trop, et c’est bien dommage. Le casting est sur la même longueur d’onde, c’est très correct. Quant aux SFX, ils s’en tirent plutôt bien, même si l’on regrette de ne pas voir assez la bestiole, pourtant bien énervé quand elle passe à l’action, avec quelques effets gores plutôt sympatoches. Voilà qui termine de faire d’ADN – La Menace une bobine certes bourrée de plagiats problématiques, mais pouvant assurer une soirée détendue. Et n’était-ce pas son objectif, après tout ?

6/10

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