article coup de coeur

[Test] Onikaki : un action-RPG mélancolique et efficace

Caractéristiques

    • PlayStation 4
    • Nintendo Switch
    • PC
  • Développeur : Tokyo RPG Factory
  • Editeur : Square Enix
  • Date de sortie : 22 août 2019
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Tokyo RPG Factory à la hauteur de nos espoirs

image square enix oninaki
L’histoire contient bien des moments poignants.

Et de trois pour Tokyo RPG Factory, l’un des studios de Square Enix mais aussi l’un de nos espoirs vidéoludiques. Assez malmenée à l’occasion de ses deux premiers softs, cette entité est pourtant de premier intérêt quand, comme nous, l’on suit de près l’évolution du jeu de rôle à la japonaise. Car ces développeurs sont plutôt atypiques, à notre époque : ils s’inscrivent clairement dans une volonté de faire resurgir des saveurs qu’on pensait vouées à nos seules mémoires, alors que l’industrie ne jure plus que par l’action et le multijoueur. Ainsi, I Am Setsuna, malgré des défauts de jeunesse, pouvait compter sur un récit émouvant, que l’on aurait cru tout droit issu d’un JRPG des années 1990. Il lui manquait un gameplay intéressant, ce qu’a tenté l’injustement boudé Lost Sphear. Là encore, on relevait quelques anicroches, mais surtout une progression de la part du studio. Oninaki se devait de symboliser une nouvelle étape, et le résultat rejoint nos espérances.

Premier élément à signaler: la présence de Takashi Tokita à la supervision d’Oninaki. Jusqu’à quel point ce grand producteur fut présent pendant le développement ? On ne saurait être très précis, mais voilà un nom qui donne une tendance. Si vous êtes férus de RPG japonais, vous savez que le pédigrée du monsieur est du genre costaud : Parasite Eve, le méconnu mais très original Live A Live, et surtout l’immense Chrono Trigger. Ce palmarès donne un indice quand à la personnalité d’Oninaki : on doit s’attendre à un scénario plus sombre que ceux des précédents titres signés Tokyo RPG Factory. Et dans les faits, cela se confirme, d’une manière assez surprenante. Les premières minutes du soft se révèlent sombres, nous présentent un monde au sein duquel la mort n’est qu’une étape vers la réincarnation, le tout dans un cycle de la vie bien plus torturé que celui du Roi Lion, à n’en pas douter.

Une ambiance mélancolique à souhait

image boss oninaki
Bien entendu, on croisera quelques boss.

Dans Oninaki, nous incarnons Kagashi, un jeune Gardien dont la tâche est de conduire les âmes vers les vies suivantes. Du coup, il faut s’attendre à une dose de noirceur assez étonnante, même si le résultat n’est pas dépressif pour autant, ni même ultra violent. Il règne surtout de la mélancolie, pas mal de tristesse, surtout quand il est question de venir en aide aux Égarés, des esprits tourmentés, encore attachés à leur existence précédente, tant elles sont accablées d’émotions négatives. S’ils errent trop longtemps, ils se transforment en Déchus, des fantômes qui attaquent tout ce qui les approche. Il faut donc leur venir en aide avant qu’il ne soit trop tard, en traversant le Voile pour rejoindre l’Au-delà, une sorte de dimension parallèle. Dans cet univers, vous allez croiser des personnes qui ne croient pas en le cycle de la réincarnation, qui sentent bien que quelque chose ne tourne pas rond. Ces sectaires devront être combattus. Mais ce quotidien sera bientôt brisé par l’intervention d’une jeune fille spectrale, que Kagashi semble reconnaître, sans savoir réellement pourquoi. Aussi, un tueur au doux sobriquet de Diable de la nuit refait son apparition, des années après avoir fait parler de lui… Le récit d’Oninaki constitue l’un de ses intérêts majeurs, nous ne pourrons donc pas vous en dévoiler d’avantage. Simplement, vous aurez remarqué qu’on reconnaît un peu de la personnalité de Takashi Tokita, qui n’est certes pas le scénariste, mais dont l’intérêt pour les dimensions parallèles fait pleinement parti du trip ici proposé.

L’un des autres grands intérêts d’Oninaki n’est autre que son genre. Fichtre, que c’est agréable de se lancer dans un action-RPG, on ne cessera de le rappeler. Tokyo RPG Factory livre un soft au système bien assuré : on tape en temps réel (pas de tour par tour), on engrange de l’expérience, on évolue, on devient plus fort. Cela, c’est le socle. Tout autour de ce dernier, les développeurs brodent plusieurs mécaniques. La plus importante, c’est indubitablement celle liée aux Démons. Qu’est-ce donc ? En tant que Gardien du Voile, Kagashi peut manipuler ces esprits, lesquels se matérialisent sous forme d’une arme. Voilà une idée qui va donner lieu à plusieurs répercussions savoureuses. Tout d’abord, ces Démons ont tous droit leur propre arbre de compétence, avec des bonus à débloquer grâce à des Pierre d’Âmes, récupérées pendant les combats contre les Déchus. On pourra gagner de nouvelles attaques, des bonus indispensables, mais aussi des souvenirs. Ceux-ci s’avèrent des bribes de mémoires des démons, ainsi on en apprend plus sur elles ou eux, ce qui ajoute une sorte de proximité pas désagréable. Par exemple, Aisha, qui accorde au joueur une épée standard, se révèle en fait l’âme de la princesse d’une petite nation, morte des suites d’une histoire d’amour tragique. Une très bonne chose, donc, et nous vous conseillons très fortement de jouer au moins en mode de difficulté Normal. Sinon, vous vous contenterez d’effectuer le cheminement avec le Démon qui vous convient le mieux. Alors qu’une bonne partie de la sève est là : dans la possibilité de passer de l’un à l’autre, grâce aux quatre raccourcis du stick gauche, afin de varier les offensives en fonction des patterns des ennemis.

Le système de combat est efficace et énergique

image gameplay oninaki
Lui, il va prendre cher…

Vous l’aurez compris : Oninaki demande au joueur de s’impliquer dans l’évolution des Démons. Du grinding, donc, que ce soit pour l’évolution de Kagashi, celle de ses compagnons, mais aussi afin de posséder des armes de plus en plus puissantes. On en récupérera ici ou là, pendant les batailles. Leurs capacités diffèrent, deviennent de plus en plus puissantes, mais leur véritable potentiel ne se déploie que grâce à l’armurier. Celui-ci propose de sertir vos instruments de combat avec des Ombreroches, dont le principe est le lointain cousin des Matérias de Final Fantasy 7. Le but est de voir s’ajouter des effets, comme une plus grande force contre les monstres géants, ou l’amoindrissement des effets négatifs (ou débuffs) sur votre avatar. Les possibilités sont très nombreuses, il suffit d’avoir à votre disposition une arme avec un (ou plusieurs) slot. Et ce n’est pas tout ! L’armurier offre deux autres services indispensables : l’Amélioration et la Transformation. Dans la première, vous devrez associer définitivement des armes à celle que vous désirez améliorer, et ce dans une limite imposée. On vous conseille de bien faire attention aux statistiques qui s’ajoutent, elles sont indiquées et ont un impact direct sur le résultat. La Transformation porte son nom avec la plus grande des cohérences : le vendeur vous propose trois objets, et pour les forger il est nécessaire de poser un poids imposé. Celui-ci sera atteint avec des armes, ou des ombreroches selon les cas.

Tout cela construit un résultat très accaparant. Oninaki parvient à plus nous passionner que les précédents jeux de Tokyo RPG Factory, et c’est aussi grâce à ses combats à la fois efficaces et énergiques. Précisons ici que la vue est de trois-quart, et le joueur ne peut pas influer sur elle. Tant mieux, surtout que les développeurs laissent au joueur le choix de l’éloignement (proche, moyenne ou éloignée). C’est, donc, grâce à cette caméra que vous surveillerez les Déchus, pour mieux les envoyer définitivement vers l’Au-delà. Avec Carré, on enchaine des coups normaux. Avec Croix, on a droit à l’action du Démon, comme l’accélération d’Aisha. Rond, Triangle, R1 et R2 sont dédiés aux compétences. Avec L2, on peut traverser le voile, donc passer d’une dimension à l’autre. Enfin, sachez que frapper les ennemis fait gonfler la jauge de Manifestation. Une fois à son maximum, appuyez sur L1 pour vous mettre en transe, et vos offensives deviendront surpuissantes pendant un laps de temps. Le tout avec une patate de tous les diables : on ressent bien les coups, et l’on se prend à vite gagner en skill. La gestion des recharges de capacités, car il faut quelques secondes pour pouvoir les réutiliser, mais aussi les points faibles des ennemis, tout devient de plus en plus agréable au fil du temps, après un petit délai d’apprentissage un peu rude dans les premières minutes. Voilà typiquement le genre de soft que l’on finit par parcourir avec un sourire béat, proche de la fameuse zone.

Des sous-titres français inégaux

image test oninaki
Les environnements traversés ne manquent pas de charme.

Est-ce pour autant qu’Oninaki est un jeu parfait. Non, et quelques défauts nous sautent au yeux. Tout d’abord, les sous-titres français s’avèrent étrangement inégaux. Si la première partie de l’aventure n’est pas trop touchée, la seconde emploie un phrasé trop approximatif. C’est un regret, car le récit, l’ambiance qu’il dégage, peut en pâtir. Mais, en même temps, on salue l’effort de Square Enix pour nous proposer une VF, ce que l’éditeur japonais ne faisait pas systématiquement, voilà plus de quinze ans, sur ce genre de production. L’autre retenue est posée sur la durée de vie : il vous faudra tout au plus vingt-cinq heures pour boucler l’histoire principale (en prenant votre temps). Ce n’est pas un chiffre honteux, mais on apprécie tellement cet univers qu’on trouve le voyage trop rapide. Après la fin, il reste quelques besognes, comme finir de découvrir les souvenirs des Démons, raccompagner les âmes égarées vers l’Au-delà, et surtout traverser le Sanctuaire de la Réincarnation afin d’obtenir un élément qu’on vous laisse découvrir. De quoi faire tout de même, mais on en voudrait encore plus. Un peu comme pour le level design d’ailleurs, un peu trop prudent à notre goût. Aussi, on se demande pourquoi l’on peut briser des vases et autres tonneaux un peu partout, si l’on n’y récolte rien…

Côté visuel et sonore, Oninaki est largement satisfaisant sur PlayStation 4. On a bien quelques temps de chargement un peu long, mais rien de bien grave. Surtout l’expérience se révèle d’une belle fluidité, et les modèles 3D ont cette personnalité tout droit issue des JRPG des années 1990. D’ailleurs, ils sont soutenus par des artworks au pouvoir évocateur certain. Au niveau des textures, ça se répète un peu. Mais la direction artistique rattrape le coup : elle joue un rôle primordial dans l’atmosphère du jeu. Enfin, les musiques sont signées par deux compositeurs : Shunsuke Tsuchiya et Mariam Abounnasr. Tous les deux sont signés chez Procyon Studio. Si vous aimez les OST de jeux, vous connaissez sûrement cette boîte de production, puisqu’elle a été créée par Yasunori Mitsuda. Un grand nom que l’on retrouvait sur… Chrono Trigger ! Voilà, la boucle est bouclée, encore fallait-il que ses collègues soient à la hauteur. Et c’est plutôt le cas. Cela manque de thèmes immédiatement mémorables, mais les morceaux finissent tout de même par nous marquer. On pensera aux cordes touchantes d’Oni Priestess, ou à la mélodie énergique accompagnant les boss.

Note : 15/20

Avec Oninaki, Tokyo RPG Factory signe un action-RPG de belle qualité. On pourra toujours regretter la durée de vie un peu courte en regard du potentiel de cet univers, ou pointer du doigt des sous-titres français étrangement inégaux. Mais on a tout de même pris beaucoup de plaisir, notamment grâce à des combats qui ont un sacré peps, des mécaniques classiques mais fichtrement efficaces. Le récit, mélancolique à souhait, nous reste bien en mémoire, tout comme la direction artistique. Tout cela forme l’une des sorties importantes de cette rentrée 2019.

7/10

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