[Test] Indivisible : un action-RPG audacieux mais insuffisant

Caractéristiques

    • PlayStation 4
    • Xbox One
    • PC
  • Développeur : Lab Zero Games
  • Editeur : 505 Games
  • Date de sortie : 11 octobre 2019
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Des bonnes idées, mais…

image gameplay indivisible
L’agile Ajna st agréable à diriger.

Quatre longues années se sont écoulées depuis le lancement d’une campagne Indiegogo consacrée à Indivisible. Oui, le nouveau titre de Lab Zero Games, studio entouré d’une bonne réputation depuis l’effectivement réussit Skullgirls, allait devoir passer par  une phase de financement participatif. Couronnée de succès, celle-ci a aussi été synonyme de rapprochement avec un éditeur qui, signalons-le, ne manque pas de courage : 505 Games. Après avoir appuyé la petite bombe Control, les voilà lancés pour nous procurer de l’action-RPG en 2D, baigné des musiques d’un compositeur culte : Hiroki Kikuta, que vous connaissez obligatoirement pour Secret Of Mana.

Débutons par une évidence : Lab Zero Games louche du côté de la production vidéoludique japonaise. Si Indivisible s’inspire largement de l’ambiance de l’Asie du Sud-Ouest, l’esprit qui l’habite vient du Pays du Soleil Levant, et ce du scénario jusqu’aux mécaniques de gameplay. Le récit se lance sur un grand classique : on incarne Ajna, une adolescente au caractère bien trempé, qui suit l’entrainement drastique de son père. Un jour, ce dernier est tué, et son pacifique village brûlé. Ni une, ni deux, la jeune fille part en quête de vengeance, loin de ce qui fut un paisible quotidien. Elle va voir le monde, traverser des villes plus ou moins accueillantes, mais aussi rencontrer des alliés qui rejoindront son for intérieur. En effet, le traumatisme vécu a débloqué un pouvoir quelque peu inattendu : celui d’absorber des gens, lesquels rejoignent l’esprit d’Ajna mais aussi son équipe de combat. Un principe un peu glauque quand on y réfléchit bien, pas loin de l’enrôlement sectaire. Mais ça permet de construire l’une des bonnes idées du jeu : le hub transportable.

Si l’histoire d’Indivisible n’est pas spécialement mémorable, d’ailleurs le cheminement est plus passionnant que les quelques rebondissements un peu trop convenus (mais très dans l’air du temps), le gameplay nous a bien plus intéressé. Lab Zero Games s’est clairement inspiré du game design à la japonaise : on retrouve de l’action-RPG par ici, du Metroidvania par là, et même un peu de phases de plateformes. Ce mélange, qui vendait du rêve sur le papier, fonctionne effectivement bien, du moins superficiellement. L’addition des mécaniques provoque un résultat pertinent, et intuitif. C’est dans les détails que le Diable se cache, comme nous allons le voir. L’exploration en 2D se révèle agréable : Ajna répond au doigt et à l’œil, sa démarche est rapide juste ce qu’il faut, et les sauts, notamment avec appui contre les murs, s’avèrent précis après un petit temps d’adaptation. Malheureusement, le level design n’est pas à la hauteur des ambitions du studio : contrairement à la direction artistique, cela manque d’identité, de surprises, de secrets. Et le backtracking (le fait de revenir sur ses pas afin d’atteindre de nouveaux segments) a été sous-traité : c’est parfois décourageant, et l’absence d’un voyage rapide se fait rapidement sentir. Sans oublier la map, qui manque un peu de lisibilité, qui n’arrange rien.

Du mieux dans la mécanique de combat, et dans la musique

image test indivisible
Certains combats cristallisent une courbe de difficulté mal maitrisée.

Indivisible n’est pas un mauvais jeu pour autant, loin de là. On apprécie certaines idées, comme ce hub transportable. Ajna absorbe des êtres humains, lesquels se retrouvent dans son for intérieur, lieu mystique qu’elle peut visiter à tout moment. On peut taper la discute avec des personnages (dont celui qui a tué le père de l’adolescente, presque comme si de rien n’était…), mais aussi avoir accès à quelques améliorations. Pendant vos pérégrinations, vous amasserez des Ringsels, sorte de joyaux rougeâtres dont l’effet est d’augmenter la puissance. Cela participe d‘un aspect RPG qui, là encore, est aussi séduisant que parfois déroutant. Chaque combat vous rapporte de l’expérience, ce qui provoque évidemment une montée de niveau. Un grand classique, sauf qu’ici la courbe de progression est directement impactée par le scénario. Voilà un fait saugrenu, qui imprime un challenge qu’on a du mal à déchiffrer. On fait parfois face à des pics de difficulté incompréhensibles, notamment contre certains boss, et particulièrement l’un des premiers (maudite araignée !).

Il est temps d’aborder les combats. Indivisible s’appuie sur un système intelligent, qui mixe là encore les saveurs. Quand on rencontre un ennemi, le combat s’enclenche en semi-temps réel. Pas de tour par tour donc, mais une sorte d’ATB qui ne dit pas son nom, et une forte propension à l’action, carrément frénétique dans la seconde partie de l’aventure. Vous devrez constituer une équipe de quatre personnages (parmi un casting très étoffé), lesquels ont tous des spécificités qui les caractérisent, ce qui en fait des archétypes. Dès lors, on vous conseille de toujours avoir avec vous, et en retrait, un soigneur. Les protagonistes sont associés à une touche, qu’il faudra presser afin de lancer son offensive. Plus on évolue, plus on pourra multiplier les coups, et ce non sans mettre de côté la notion d’enchainement. Certains ennemis vous forceront même à maitriser votre plan d’attaque, en étant plus sensibles par exemple au jonglage. Il faudra dès lors associer la direction Haut à la touche, ce qui aura pour effet de soulever le vilain. La défense, elle, se lance soit au cas par cas, là encore en pressant la bonne touche, soit en pressant une gâchette afin de protéger l’ensemble du groupe. Le rythme du déclenchement est important : les coups adverses peuvent voire leurs dégâts drastiquement amoindris. Autre subtilité, la jauge d’Idhi. Un conseil : apprenez très vite à vous en servir, car certains boss ne peuvent être vaincu sans une utilisation subtile de celle-ci. Si elle est remplie, elle permet de lancer une attaque spéciale dévastatrice. Mais attention : les frappes ennemies la font baisser. Autant vous prévenir : les premiers instants sont brouillons, mais au fil du temps on maitrise mieux le timing.

Les combats d’Indivisible sont l’une de ses plus grandes forces, et vous pousseront à venir à bout de cette aventure longue d’une bonne vingtaine d’heure. Ajoutez-en une grosse dizaine afin de tout voir. Un contenu tout à fait satisfaisant. La technique, elle, souffle le chaud et le froid. Là encore, le premier abord est excellent : les textures s’avèrent fines, et l’on n’a pas croisé une seule baisse de framerate. Pareil pour les animations : elles sont convaincantes. C’est quand on gratte qu’on s’aperçoit que quelques bugs ternissent le tableau, que la traduction française connaît des baisses de régime, et que certaines situations (comme le contact avec l’eau) auraient pu être un peu plus soignées. Par contre, la direction artistique se tient bien. Et même mieux : elle offre parfois de vrais bons instants de poésie. Les décors dégagent un charme fou. On a juste un peu plus de mal avec un chatacter design qui manque de peps, mais on est tout de même séduit. Quant à la musique de Hiroki Kikuta, elle est à la hauteur de nos attentes. On retrouve son style si particulier, généreux en rythmes entêtants. C’est, d’ailleurs, la plus grande force de cette expérience, plutôt agréable mais imparfaite.

Note : 13/20

Indivisible est un jeu audacieux, courageux. Et comme toutes les prises de risques, le résultat n’est pas obligatoirement satisfaisant dans son ensemble. On a du mal avec certains éléments, comme le backtracking lourd, la courbe de difficulté maladroite, quelques bugs pas spécialement gênants mais à relever, ou encore une carte mal fichue. L’histoire, quant à elle, aurait gagné à se faire moins légère : on a parfois du mal à s’attacher aux personnages secondaires, et certaines relations amicales nous ont pour le moins étonné. Au-delà de ces retenues, on est tout de même séduit par le système de combat, la solidité de la durée de vie, et cette magnifique bande originale. Au final, voilà une expérience imparfaite certes, mais tout de même à découvrir à l’occasion.

6/10

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