[Critique] Star Wars : L’Ascension de Skywalker – La folle histoire de l’espace

Caractéristiques

  • Titre original : Star Wars: The Rise of Skywalker
  • Réalisateur(s) : J.J Abrams
  • Avec : Adam Driver, Daisy Ridley, John Boyega, Oscar Isaac, Lupita Nyong'o, Domhnall Gleeson, Anthony Daniels, Kelly Marie Tran, Mark Hamill, Carrie Fisher, Keri Russell et Billy Dee Williams.
  • Distributeur : The Walt Disney Company France
  • Genre : Science fiction, Aventure
  • Nationalité : Américain
  • Durée : 142 minutes
  • Date de sortie : 18 décembre 2019

Un épisode 9 décevant… encore !


Enfin, la longue traversée du désert de Tatooine se termine. Il appartient à Star Wars : L’Ascension de Skywalker d’achever non seulement la trilogie Disney, mais également l’ensemble narratif de la saga débutée en 1977, et spécifiquement liée à la célèbre famille Skywalker. D’un point de vue qualitatif, c’était presque mission impossible avec, comme boulets aux pieds, un septième épisode en forme d’odieux copié/collé de l’épisode 4 « Un Nouvel Espoir », et un épisode 8 « Les Derniers Jedi » certes plus risqué mais dont les initiatives tombaient toutes à plat, voire viraient parfois carrément au loufoque.

Les pontes de Disney ayant pris tardivement conscience (après tout le script était validé par leurs soins) que Rian Johnson avait réalisé un épisode qui coupait court à la plupart des pistes narratives, décident de réagir en abandonnant en cours de route l’idée d’un réalisateur unique par opus. Ils rappellent en urgence, pour ce Star Wars : L’Ascension de Skywalker, leur yes man de service, J.J. Abrams. Lequel figure également au scénario et à la production. Il faut reconnaitre cependant que la responsabilité qui pesait sur les épaules du réalisateur était lourde, et que c’est le genre de cadeau dont on se passerait volontier.

Néanmoins, si on ne peut imputer les causes de ce nouvel échec uniquement à J.J. Abrams, il demeure toutefois l’un des rouages importants d’une machine commerciale qui a transformé l’épopée de notre enfance en un McDo indigeste à la sauce bien-pensante. Kathlyn Kennedy, productrice depuis les débuts, possède elle aussi une grande part de responsabilité dans cette affaire, et semble désormais ne plus faire cas de la saga qui a pourtant fait son succès en validant systématiquement l’idéologie au détriment du scénario. Quant au studio aux grandes oreilles, lui, il se moque de tout et préfère continuer à appliquer sans cesse la même formule à tous ses films, tant que les oies du public ne seront pas gavées. Ce public, dont la lassitude commence tout de même à se faire ressentir, pris en étau à la fois entre le piège de la nostalgie et par le manque de propositions créatives d’un septième art en perte de vitesse.

Star Wars : L’Ascension de Skywalker est le dernier-né de ce triste constat car, encore une fois, lorsqu’on entend la célèbre partition de John Williams, l’on veut y croire. Puis lorsque l’introduction emblématique défile sous nos yeux, on veut toujours y croire. À la fin, le constat est sans appel : la forme est bien là mais le fond n’y est plus. Et c’est par la suite, avec amertume, que nous saisissons la plume pour en analyser les raisons.

La continuité en mode dérapage

image oscar isaac l'ascension de skywalker star wars
Une interprétation toujours aussi faible.

 

Tout d’abord, il faut reconnaitre à Star Wars : L’Ascension de Skywalker une véritable énergie visuelle. Les courses-poursuites et les batailles, au sabre comme au blaster, débutent dès les premières minutes et s’enchaîneront à une vitesse folle pendant plus de deux heures, sans jamais vraiment laisser souffler la spectateur. Comme conclusion d’une grande épopée cosmique, cette initiative pourrait passer pour une bonne idée, si cela n’était pas clairement destiné à masquer les vides béants de la narration, et les mauvaises interprétations de presque tout le casting. Le premier choc arrive dès le générique d’introduction (le plus court de la saga), qui se contente d’annoncer qu’un méchant emblématique qu’on croyait mort est de retour. Point !

Comme le capitaine du navire censé tenir la barre de la cohésion narrative entre chaque opus s’est pendu depuis longtemps dans sa cabine, il n’est pas étonnant que J.J. Abrams décide juste d’énoncer un fait sans se soucier que jamais aucun indice ne l’ait révélé dans les précédents opus. Le but avoué est donc clair d’emblée, c’est juste du divertissement alors ne vous prenez pas trop la tête, mangez votre pop corn et ne faites pas trop attention au fait que tout ça n’a pas beaucoup de sens.

Malheureusement comme il s’agit du dernier opus consacré aux Skywalker, on va quand même prendre le risque d’être un peu exigeant et d’analyserStar Wars : L’Ascension de Skywalker. Et là comme disait l’autre, c’est le drame. La première demi-heure saoule déjà gravement, tant elle délivre de nombreuses informations trop rapidement, destinées à recréer les liens perdus avec l’opus précédent. Le tout ponctué par l’entrainement de Rey, qui en profite pour reproduire celui jadis appliqué à Luke. Mais en mieux bien sûr, féminisme oblige. Là où Luke peinait à soulever une pierre, Rey en soulève une dizaine facile, là où Luke transpirait en courant, Rey se contente de briller au soleil avant de rentrer au bercail et d’appeler sa préceptrice Leïa « Maître », pour bien rappeler que Luke, lui, ne méritait pas ce titre. Ce mélange d’action placebo et de féminisme va, hélas, nous poursuivre tout le long d’un long métrage qui, comme les précédents de cette trilogie, semble se moquer éperdument de son casting au-delà du duo Rey/Kylo Ren.

Les mêmes et on recommence

image daisy ridley l ascension de skywalker star wars
C’est parfois loin d’être moche, mais seulement visuellement.

 

La direction d’acteur est, d’ailleurs catastrophique dans ce Star Wars : L’Ascension de Skywalker, et les performances de la plupart du casting n’aident toujours pas à s’attacher. Poe Dameron (Oscar Isaacs) est toujours un sous Han Solo javellisé pour ne pas paraître trop machiste, mais juste un peu con. Finn (John Boyega), lui, ne sert toujours presque à rien, hormis jouer l’amoureux transi de Rey qui l’ignore totalement en retour. Et oui, pour être féministe et passer haut la main le Test de Bechdel, il faut être asexué de nos jours. D’un autre côté, on peut aussi la comprendre car, au-delà de son charisme d’huitre, Boyega ne pourrait prétendre au statut de sex-symbol que dans une oeuvre de Picasso. Adam Driver, dans le rôle de Kylo Ren, s’avère encore une fois le seul qui parvient à tirer son épingle du jeu, grâce à son interprétation à la fois agressive et vulnérable. Il ne sera jamais pour autant parvenu à faire oublier que sa tête de girafe ne correspondra pas à l’idée qu’on se serait fait du fils de Solo et Leïa. Erreur de casting physique mais seule performance crédible à l’écran, un vrai paradoxe.

Ce n’est pas en revanche le cas de Daisy Ridley, qui pourrait en un mot résumer un sentiment qui imprègne l’ensemble de L’Ascension de Skywalker : gênant. Si on ajoute aux acteurs principaux les seconds rôles, elle ne sera pas la seule concernée par ce sentiment de gêne, le Général Hux en tête. Mais c’est elle, en tant que personnage principal et omniprésent, qu’on voit le plus à l’écran. Comme ce film est un adieu (provisoire certainement) à l’univers Star Wars, il est normal que les enjeux narratifs soient très portés sur l’émotion et révèlent davantage que les précédents opus, le jeu extrêmement limité de certains, dont celui de Daisy Ridley qui passe le film à serrer les dents, froncer les sourcils, et parfois chouiner lamentablement. C’est simple, en fait les robots C3PO, R2D2, BB8, sans oublier le wookie Chewbacca, sont plus touchants que les personnages principaux, et plus en phase avec leurs émotions « humaines ». Un comble !

Un feu d’artifice creux

image adam driver star wars l ascension de skywalker
Une girafe trempée.

 

Si, comme nous l’avons déjà dit précédemment, l’action est constante dans Star Wars : L’Ascension de Skywalker, la variété des décors traversés et leur mise en scène constituent sans nul doute le point fort (le seul ?) de cet opus. Certains, trop connus, sentiront un peu le réchauffé. D’autres, en revanche ,impressionnent par leurs proportions dantesques symbolisant souvent leur caractère dangereux. Un épique combat au sabre (les acteurs ont enfin suivi des cours pour cet opus) sur une planète aux flots déchaînés et un final au coeur d’un immense champ de bataille aérien, constituent les deux moments forts du film. Sans nul doute l’opus canonique le plus abouti niveau richesse visuelle, avec l’imparfait mais généreux spin off Solo. C’est néanmoins trop peu pour faire oublier l’avalanche de niaiserie qui infecte la pellicule et ce jusqu’à ses moments phares.

Ceux qui se souviendront, dans l’excellent Les Indestructibles, de la « théorie du monologue » qui veut que le méchant, ivre de puissance, se parle presque à lui-même au lieu d’achever rapidement son adversaire pour in-fine perdre bêtement, en riront sans doute en voyant Star Wars IX : l’Ascension de Skywalker. On peut rire, oui. Mais cela démontre aussi que, si Star Wars se veut moderne idéologiquement (féminisme, minorités, baiser gay, etc.), il est en revanche moisi narrativement car recyclant de vieilles recettes sans aucun recul ou réinterprétations avisées (comme le costume très kitch et caricatural du Protecteur dans la BD puis série The Boys, qui dissimule en réalité son âme noire). Entre effets spéciaux à gogo, fan service et bestiaire marketing, on peut dire que sur la forme la machine tourne toujours à plein régime, dommage néanmoins qu’elle tourne à vide.

La fin d’une ère

image carrie fisher l ascension de skywalker star wars
« Le calvaire est enfin terminé, dans mes bras »

 

À présent que l’ensemble de la nouvelle trilogie est bouclée, et définitivement inscrite dans l’histoire de la saga, nous pouvons en récapituler ses défauts majeurs. Tout d’abord, une cohésion narrative frisant l’amateurisme, et qui n’a jamais donné l’impression que les scénaristes savaient où ils allaient en commençant l’aventure. Ensuite un casting mal choisi, et aux interprétations souvent faibles voire pire. L’ensemble semble structuré autour d’une opération strictement commercial, et non d’une ambition artistique. L’idéologie bien pensante, et en particulier féministe, participe aussi à impacter la richesse de ces longs métrages, car relevant davantage d’une revanche aigrie que d’un besoin de créer une cohérence égalitaire. La preuve, s’il en est, l’interview récente d’une « chercheuse en cinéma » (ndlr : elle trouvera d’abord son cerveau, espérons-le), Célia Sauvage, qui trouve que dans l’épisode 8 « Les Derniers Jedi », la seule scène où Luke fait quelque chose en combattant Kylo Ren est encore une scène de trop car Rey est en retrait (sic !).

Pour conclure, nous dirons queStar Wars : L’Ascension de Skywalker est à l’image du souvenir que laissera cette trilogie : bancal, trop commercial et pas assez audacieux. Ceux qui seront surpris par la fin de la saga, ou ses péripéties, ne devront jamais jouer à Cluedo, au risque d’une rupture d’anévrisme. Le casting ne restera pas non plus dans les mémoires. Il est même probable que certains ne survivront pas à l’expérience, et trouveront rapidement leurs carrières derrière eux. Rappelons de plus que, par arrogance, Disney a préféré créer sa propre version de Star Wars que d’utiliser les suites jadis officielles (à présent relégués à la simple mention Legends), comme La saga de Thrawn et L’Empire des ténèbres, pour mieux finalement y piller les idées qui les intéressaient et les mélanger sans la moindre once de génie. Tout ça pour ça. Restera quelques beaux décors et mises en scènes efficaces, mais qui n’empêcheront pas le spectateur de penser avec le recul que nous venons surtout d’assister à un beau gâchis.

2/10

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