[Critique] Le crime de l’Orient-Express : Tous en scène !

Caractéristiques

  • Titre original : Murder on the Orient Express
  • Réalisateur(s) : Kenneth Brannagh
  • Avec : Kenneth Brannagh, Penelope Cruz, Willem Dafoe, Michelle Pfeiffer, Johnny Depp, Judy Dench, Daisy Ridley...
  • Distributeur : 20th Century Fox France
  • Genre : Policier, Drame
  • Nationalité : Américain
  • Durée : 1h54
  • Date de sortie : 13 décembre 2017

Plus de quarante ans après l’adaptation cinématographique de Sydney Lumet avec Albert Finney et Lauren Bacall, le chef d’oeuvre de la littérature policière d’Agatha Christie a droit à une nouvelle interprétation, par sir Kenneth Brannagh cette fois-ci. Alors que la romancière a déjà été maintes fois adaptée à travers le monde, l’enjeu pour l’acteur-réalisateur, qui campe également le célèbre Hercule Poirot, était d’apporter un regard neuf et suffisamment de tension pour que les spectateurs, même familiers de l’histoire et son dénouement, se prennent au jeu.

Un Cluedo aux airs théâtraux

image michelle pfeiffer le crime de l'orient-express kenneth branagh

De ce point de vue-là, Le crime de l’Orient-Express version 2017 est fort réussi. Kenneth Brannagh, qui est notamment connu pour avoir appartenu à la Royal Shakespeare Company, a traité l’espace du train comme une scène de théâtre où chacun joue un rôle distinct, façon Cluedo, et le résultat, fort efficace, trouve sa plus belle illustration dans la scène où l’inspecteur belge découvre le train, ses compartiments et ses passagers pour la première fois. Filmée de manière admirable en un long travelling latéral, cette séquence montre l’intelligence de la mise en scène du Britannique, tout en instaurant une tension certaine, qui ira crescendo.

Nous ne sommes pas, dans ce cas précis, dans ce que nous pourrions appeler du “théâtre filmé” : l’approche de Branagh est définitivement cinématographique, mais parvient à incorporer certains principes théâtraux qui viennent enrichir sa lecture et son impact. Il y a ainsi une dimension véritablement ludique à découvrir chacun des personnages peuplant les différents compartiments, même lorsque l’on connaît pertinemment la clé du mystère. C’est là aussi que le scénario de Michael Green (Logan, Blade Runner 2049…) fait preuve d’intelligence puisqu’il parvient à réinjecter un peu de nouveauté en actualisant et en développant véritablement bon nombre des personnages originaux.

Une émotion omniprésente

image hercule poirot kenneth branagh le crime de l'orient-express film kenneth branagh

Parmi le casting 5 étoiles, on saluera tout particulièrement Kenneth Branagh, plus vrai que nature en Hercule Poirot, mais aussi la prestation de Michelle Pfeiffer, à laquelle on doit à la fois de très beaux moments de comédie, mais aussi les pics d’émotion les plus intenses du film. Sans retouches aucune, l’actrice apparaît par ailleurs magnifique du haut de ses 59 ans, et, si cela peut faire un peu magazine féminin que de le faire remarquer, il faut préciser que cela était véritablement nécessaire au rôle, qui demandait beaucoup de pétulance, mais aussi de pouvoir jouer une femme vieillissante et fatiguée. Au final, la performance de Pfeiffer est tellement intense qu’elle nous tire facilement des larmes !

C’est aussi ça, la grande surprise de ce Crime de l’Orient-Express : au-delà de la dimension policière très bien gérée et son aspect ludique, il s’agit d’une oeuvre où l’émotion est bien présente et va là aussi crescendo. On aurait pu craindre une débauche sentimentale et manichéenne de ce point de vue-là, mais Kenneth Branagh atteint ici un certain équilibre qui permet d’éviter trop d’excès. Comme les faits sont analysés à travers le regard d’Hercule Poirot, cela permet de conserver une certaine distance quant au dénouement, sans pour autant empêcher l’émotion, bien au contraire. On pourra peut-être regretter que la chanson du générique, chantée d’une belle voix frêle par Michelle Pfeiffer, tire un peu trop sur la corde sensible, mais le film en lui-même se montre plus subtil.

Une belle réactualisation malgré quelques facilités

image johnny depp le crime de l'orient-express kenneth branagh film

La seule vraie réserve tiendrait peut-être à certaines ficelles dans les réactions ou le comportement de certains personnages, ou encore le fait que le sous-texte historique, peu après l’accession au pouvoir d’Hitler, soit abordé de manière trop superficielle, donnant lieu à quelques facilités qui peuvent alors donner une impression de manichéisme à certains endroits. C’est d’autant plus dommage que faire référence à ce contexte était une bonne idée sur le principe; la mise en oeuvre pêche simplement quelque peu. L’intérêt du film réside véritablement ailleurs.

Avec son casting alignant les stars, de Daisy Ridley à Johnny Depp, en passant par la grande Judy Dench ou Penelope Cruz (un peu trop lisse par ailleurs), Le crime de l’Orient-Express aurait pu se contenter d’être un film policier choral adaptant de la manière la plus lisse possible un classique de la littérature anglaise. Heureusement, Kenneth Branagh est parvenu à s’approprier cette grosse machine pour lui apporter une vision personnelle, et surtout une mise en scène pertinente empruntant au théâtre (sans jamais tomber dans les travers du théâtre filmé) dans la gestion d’une partie de l’espace, la présentation des personnages et la manière même de laisser éclater l’émotion dans le dernier tiers.

Du coup, même si l’on a vu le film de Lumet et/ou lu le chef-d’oeuvre d’Agatha Christie (publié en 1934, rappelons-le), on se laisse prendre à cet irrésistible imbroglio criminel, à la fois tendu et émouvant. On pardonnera du coup les quelques petites facilités hollywoodiennes pour saluer le travail de réactualisation effectué par l’Anglais.

7/10

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