[Test] Disaster Report 4 : un jeu aussi maudit que passionnant

Caractéristiques

    • PlayStation 4
    • Nintendo Switch
  • Développeur : Granzella
  • Editeur : Nis America
  • Date de sortie : 7 avril 2020
  • Acheter : Cliquez ici

Disaster Report 4 mérite mieux que des quolibets faciles

image gameplay disaster report 4
Disaster Report 4 vous plonge dans des situations alarmantes.

C’est un sacré cas que nous abordons avec Disaster Report 4 : Summer Memories. Il suffit de « googler » le titre de ce jeu pour tomber sur des dizaines d’articles qui n’y vont pas de main morte avec lui, tombant dans le jeu de mot parfois un peu facile mais pas totalement immérité. Un véritable casse-tête pour les rédacteurs des différents sites, une proie facile pour des youtubeurs en recherche de sensationnel un peu bas du front. Et au milieu de ça, un soft maudit. Oui, maudit, n’ayons pas peur des mots. Remontons le temps de presque dix ans : nous sommes en 2011, et la licence Disaster Report (ou SOS: The Final Escape, pour les intimes), très connue des amateurs de jeux nippons, s’apprête à sortir sa quatrième itération. Sauf que patatras, le Japon connaît à cet instant précis l’une des pires catastrophes naturelles de son histoire, avec un enchainement de tsunami et de tremblements de terre qui aura provoqué la fameuse crise nucléaire de Fukushima. Bien entendu, le titre fut reporté, et rentra dans un véritable development hell qui accouche aujourd’hui d’un résultat aussi passionnant que douloureux. Un véritable miracle, surtout que la sortie tombe en plein cœur d’une pandémie. Quand on a la guigne…

Après son report, Disaster Report 4 : Summer Memories n’est pas mort pour autant. Un véritable rescapé, qu’on vous dit ! Alors que le jeu initial devait sortir sur PlayStation 3, et exploiter les PlayStation Move, tout a été chamboulé par cette annulation. D’ailleurs, on pensait que le soft allait tout simplement disparaitre, et la licence revenir sous une autre forme, un autre titre. Ce qui aurait été dommage, les Disaster Report 1, 2 et 3 ayant été de bons souvenirs pour tout gamer qui a pu les approcher. Heureusement, Kazuma Kujo, le producteur, a pu récupérer les droits avec son nouveau studio, baptisé Granzella. Lequel a bossé sur une refonte total du contenu, en explorant plusieurs pistes, dont la réalité virtuelle. Quelques années plus tard, le jeu est enfin sorti, dans un état technique proche de la position latérale de sécurité. Mais il serait plus que regrettable que de s’arrêter à ce seul constat visuel.

Disaster Report 4 : Summer Memories vous propose d’incarner un personnage, masculin ou féminin, c’est à votre guise. Aussi, vous pourrez le personnaliser physiquement. Ce n’est pas anodin, on sent que Granzella a voulu donner au joueur la possibilité de se projeter dans son avatar, et pas simplement d’en vivre les aventures. C’est ce rapport entre le « ce que je ferais si » et les événements catastrophiques qui fait tout le sel de cet expérience. Après avoir décidé de l’apparence de notre représentant virtuel, le voilà dans un bus. Avant même que l’action ne débute, on fait face à un choix apparemment anodin : doit-on laisser notre place assise à une personne âgée ? Là encore, le studio nous signifie le nature de son bébé : ce sont bien nos choix moraux qui vont déterminer notre rapport à l’avatar, et même certaines de ses péripéties. Ne vous y trompez pas, on ne fait pas face à un jeu comme Detroit Become Human, avec des embranchements de partout. C’est plus linéaire, mais cela fait tout de même son effet. Par exemple, qui ne sera pas tiraillé quand il devra encaisser les achats des clients d’une boutique dont le caissier est en état de choc, et que la possibilité sera laissée de mettre l’argent dans notre poche ?

De manière étonnante, on peut qualifier Disaster Report 4 : Summer Memories de travail introspectif, plus que d’un jeu d’action. Oui, la catastrophe naturelle, ici une succession de tremblements de terre (on n’en dira pas plus), tient un rôle important, que ce soit en terme de narration ou de gameplay. Mais, pour nous, l’intérêt se situe aussi dans ces petites tranches de (sur)vie qui émaillent le jeu. On prendra le temps d’écouter les histoires des citoyens qui errent comme des âmes en peine, et l’on suivra aussi leur destin par le biais d’un menu qui rassemble toutes ces rencontres. On peut très bien choisir de ne faire attention à personne, par exemple de ne pas trop aider cette prof qui recherche ses trois élèves. Si vous vous sentez plus l’âme d’un rescapé solitaire, libre à vous. Le scénario ne vous laissera pas tomber, avec ce qu’il faut de cutscenes et d’événements immanquables. Par contre, on ne pourra que rire devant quelques évolutions de protagonistes, qui font parfois des retours fracassants après avoir disparu du récit. Quelques prises de décisions sont aussi de l’ordre de l’irresponsabilité, mais cela renforce aussi le côté foufou de l’expérience, qui n’est ici pas de refus. Sachez aussi que tous les textes sont uniquement traduits dans un anglais plutôt abordable.

Des faiblesses indéniables, mais aussi des qualités

image test disaster report 4
Techniquement,ce n’est pas la panacée. Mais le jeu a d’autres qualités.

Tout cela fonctionne très bien, Disaster Report 4 : Summer Memories peut s’appuyer sur un concept solide. Le souci vient de la finition, et ce dans tous les domaines. En bon jeu maudit, celui-ci multiplie les indices quant à son développement difficile. Le gameplay n’y échappe pas, même si ce n’est pas la catastrophe annoncé. Oui, l’avatar est raide comme un piquet, et beaucoup trop lent quand il ne court pas. Et les phases de combat contre certains tarés, heureusement peu nombreux, ne relèvent absolument pas le niveau. Cependant, on apprécie tout de même l’idée, malheureusement sous-exploitée, de nous faire prendre en considération les besoins vitaux du personnage. Il doit faire ses besoins, boire, se nourrir. Mais sans trop de danger si ces tâches ne sont pas effectuées, ce qui retire fatalement de l’intérêt à la mécanique. C’est aussi le même constat pour les points de moralité : on ne capte pas trop l’impact que cela peut avoir sur le cheminement de l’avatar, même si l’on prend plaisir à agir en conséquence. Pour notre part, on s’est lancé dans une aventure guidée par les bonnes intentions, mais on a remarqué pas mal de possibilités pour qui voudrait succomber au côté obscur.

Disaster Report 4 : Summer Memories met plus le paquet sur la survie d’après la catastrophe, que sur celle qui se déroule pendant celle-ci. Mais cela ne signifie pas qu’il est permis de faire n’importe quoi, sans risquer sa peau. Quand vous vagabondez dans les décombres, il se peut que vous soyez témoin d’une alerte : les arbres commencent à frémir, le sol craque, la Dual Shock 4 vibre. Dès lors, ne faites pas le kéké et mettez vous en position de sûreté en pressant la touche appropriée. Si vous ne le faites pas, il ne faudra pas vous étonner de vous retrouver les quatre fers en l’air, et d’en prendre plein de coccyx. Aussi, c’est bien beau de se protéger, encore faut-il que ce ne soit pas à proximité d’un élément qui peut vous tomber dessus, comme un lampadaire ou… un immeuble. C’est pour cela que, pendant les quelques rapides secondes avant que la secousse ne soit trop intense, il faut faire preuve de discernement, et bien regarder autour de vous (malgré une caméra beaucoup trop lente à notre goût). Une barre d’énergie vous permet de garder l’œil sur votre santé, et quand elle est réduite au néant c’est le game over. Aussi, faites très attention à l’environnement. Heureusement, des points de sauvegarde sont disséminés ici ou là.

Non, Disaster Report 4 : Summer Memories n’est pas l’immonde daube décrite ici ou là, du moins pour qui a l’habitude de composer avec des failles parfois criantes. On pourra se rapporter aux Earth Defense Force, ou aux Onechanbara, de véritables nanars vidéoludiques qui dégagent une sympathie hors du commun. Par contre, on ne peut que constater une technique pour le moins défaillante. Pourtant, on apprécie grandement la direction artistique, avec un vrai travail sur la colorimétrie et l’éclairage, qui donne à l’ensemble un aspect réaliste de bel effet. Par contre, tout le reste rappelle la PlayStation 3 de début de vie. Les textures, les phases de tremblement, les effondrements d’immeubles, tout cela n’est pas au niveau de l’actuelle génération de consoles. Le framerate s’avère souvent aux fraises, les temps de chargement trop longs, et les animations peu travaillées. Par exemple, il n’y a pas de liaison entre la marche et la course, ce qui, à l’écran, se traduit de manière très raide. Aussi, les habitants semblent comme étrangers aux événements en cours : aucun ne se met en position de sûreté, et personne ne se retrouve projeté. Par contre, on remarque un vrai effort sur le sound design. Là aussi, il y a des ratés (c’est quoi ce grillon, un Godzilla qui s’ignore ?), mais on apprécie particulièrement tout ce qui se rapporte aux catastrophes. Aussi, le doublage japonais est soigné.

Terminons ce test de Disaster Report 4 : Summer Memories par une pensée positive pour l’éditeur NIS America, et le distributeur Koch Media. Si l’actualité vidéoludique se concentre de plus en plus sur les productions de luxe, qui coûtent un pognon de dingue, on est très ému par leur travail en faveur de la pluralité du secteur vidéoludique. Si l’on a très peur de voir ce genre de sortie encore plus se raréfier lors de la prochaine génération de consoles (c’est déjà le cas actuellement, des éditeurs comme D3 Publisher ont quasiment disparu), on ne peut que goûter au courage de ces deux entités. Un travail éditorial très précieux donc, qui mérite un immense respect. Aller, croisons les doigts pour que City Shrouded in Shadows, un autre jeu de catastrophe mais faisant intervenir des monstres géants, toujours signé Granzella (édité par Bandai Namco au Japon), puisse lui aussi avoir un jour l’honneur d’une sortie occidentale…

Note : 12/20

Il faudra faire preuve de patience, et d’esprit, pour apprécier les qualités bel et bien réelles de Disaster Report 4 : Summer Memories. Sous une tonne de défauts techniques, qui fait passer le jeu pour à peine digne d’une PlayStation 3 en début de carrière, ce soft réserve des moments parfois « what-the-fuckesques » mais étrangement passionnants. Plus axé sur les réactions du joueur face à l’après-catastrophe que sur la catastrophe en elle-même, le cheminement nous oppose des choix moraux prenants, et l’on s’étonne du degré d’intérêt qu’on a pu y trouver. C’est donc que Granzilla a au moins en partie su retomber sur ses pattes, accouchant d’un titre certes maudit, mais aussi plus sympathique que bien des grosses productions pourtant adoubées…

Auteur

  • Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015. Manque clairement de sommeil.

6/10

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