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[Critique] First Cow : Le fascinant rêve Américain

Caractéristiques

  • Réalisateur(s) : Kelly Reichardt
  • Avec : John Magaro, Orion Lee, René Auberjonois, Toby Jones, Ewen Bremner et Scott Shepherd
  • Distributeur : Condor Distribution
  • Genre : western, drame
  • Pays : Américain
  • Durée : 121 minutes
  • Date de sortie : 9 juillet 2021 sur MUBI et le 27 octobre 2021 au cinéma

Les pionniers malheureux de l’Amérique

Septième long-métrage de la réalisatrice Kelly Reichardt (Certaines Femmes, Old Joy) et adaptation de The Half-Life de Jonathan Raymond (aussi co-scénariste avec Reichardt de ses cinq derniers films), First Cow se déroule au début du XIXe siècle, sur les terres encore sauvages de l’Oregon. Cookie Figowitz, un humble cuisinier, se lie d’amitié avec King-Lu, un immigrant d’origine chinoise. Rêvant tous deux d’une vie meilleure, ils montent un modeste commerce de beignets qui ne tarde pas à faire fureur auprès des pionniers de l’Ouest, en proie au mal du pays. Le succès de leur recette tient à un ingrédient secret : le lait qu’ils tirent clandestinement chaque nuit de la première vache introduite en Amérique, propriété exclusive d’un notable des environs.

Le scénario de Reichardt et Raymond nous transporte dans l’Oregon du début du 19ème siècle, ces terres n’ont pas encore été civilisées. La plupart des gens dorment dans des tentes ou dans des petites maisons faites de récups. Les deux scénaristes s’intéressent donc à l’amitié entre Cookie et King-Lu. Le premier est un pâtissier taciturne peu loquace qui veut gagner de l’argent pour vivre tranquillement, le second veut faire fortune et croit en l’Amérique. Cette amitié est parfaitement explorée, de sa naissance jusqu’à la fin. Aussi, ce ne sont pas les héros virils des westerns dits « classiques » : pendant que d’autres se bagarrent, Cookie garde l’enfant d’une des deux brutes. Ce sont des hommes normaux qui veulent faire leur petit chemin tranquillement.

C’est aussi le rêve de faire fortune dans une Amérique naissante (thème récurrent de la réalisatrice) qui est là disséqué. Certains le réalisent sans problème, d’autres doivent tricher pour y arriver et les autres échoueront. Que faut-il pour réussir ? Jusqu’où faut-il aller ? Des questions qui se posent encore aujourd’hui. Surtout que dans ce pays naissant, il faut bien connaitre la nature pour survivre. C’est là qu’on nous montre les difficultés de vivre dans la boue, de chasser, pêcher… Tout est fait avec subtilité et tout prend son temps, la vache (la First Cow du titre) étant le symbole de la réussite américaine. Seul reproche sur le scénario, la scène d’ouverture, qui nous montre le destin final des deux amis. Celle-ci aurait été plus pertinente et plus émouvante à la fin du film.

Un rythme lent, un film passionnant

image john magaro first cow

Sur la réalisation, Kelly Reichardt s’intéresse surtout aux petits détails, la pêche, la cuisine, la cueillette, etc. Les bagarres sont hors champ. Elle montre bien la vie à l’époque. Tout est boueux, tout vient de la récupération. Le tout filmé avec une belle lumière naturelle. Elle s’intéresse aussi et surtout à l’amitié de Cookie et King-Lu. Une amitié qui prend son temps, comme le film. Le rythme est lent et s’attarde sur des détails. C’est de l’anti-western traditionnel. Alors oui, sur les deux heures (Reichardt a également assuré le montage), il y a quelques petites longueurs, mais cela n’empêche pas le film d’être passionnant.

La musique de William Tyler est assez discrète, mais sait être poignante quand il faut. Enfin, il nous faut parler du format du film, le 1.37:1, qui est assez inhabituel. Avec ce format 4/3, la réalisatrice nous montre une fois de plus qu’elle a voulu faire un anti-western, le format anamorphique étant le plus souvent utilisé pour ce genre de film. Là, ce ne sont pas les grands espaces qu’elle filme, mais les hommes.

Concernant le casting, John Magaro et Orion Lee ont une belle alchimie à l’écran. Pour le premier, son interprétation passe surtout par son regard et ses gestes, tandis que le second apporte une interprétation plus joviale et optimiste. René Auberjonois est très peu présent et apporte un peu de folie et de sagesse. Toby Jones est toujours bon, avec une prestation plus que solide en notable. Ewen Bremner et Scott Shepherd apportent leur touche avec des interprétations sérieuses.

Telle la citation de William Blake qui ouvre le film, « L’oiseau a son nid, l’araignée sa toile, et l’homme l’amitié », First Cow est une ode à l’amitié, le rêve américain vu d’un microcosme de deux pionniers qui façonnent et fascinent. Un anti-western dramatique qui mérite d’être vu.

Auteur

  • Adore le cinéma en général, que ce soit les gros blockbusters ou les plus petits films, les séries TV et les jeux vidéo. Il réalise de nombreux tests de blu-ray et films en UHD 4K.

8/10

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