[Critique] Suprêmes : un bon biopic sur NTM ?

Caractéristiques

  • Titre : Suprêmes
  • Réalisateur(s) : Audrey Estrougo
  • Avec : Théo Christine, Sandor Funtek, Félix Lefebvre, César Chouraqui, François Neycken et Vini Vivarelli.
  • Distributeur : Sony Pictures France
  • Genre : Biopic, Musical
  • Pays : France
  • Durée : 112 minutes
  • Date de sortie : 24 novembre 2021
  • Note : 6/10

Un scénario classique, mais auquel il manque le contexte politique

Nouveau long-métrage d’Audrey Estrougo (La Taularde, Une Histoire Banale), écrit par la réalisatrice et Marcia Romano avec la collaboration de JoeyStarr, Kool Shen & DJ S, Suprêmes est le biopic sur le groupe NTM, en attendant la série Le Monde de Demain de Arte/Netflix.

Le film se déroule en 1989. Dans les cités déshéritées du 93, une bande de copains trouve un moyen d’expression grâce au mouvement hip-hop tout juste arrivé en France. Après la danse et le graff, JoeyStarr et Kool Shen se mettent à écrire des textes de rap imprégnés par la colère qui couve dans les banlieues. Leurs rythmes enfiévrés et leurs textes révoltés ne tardent pas à galvaniser les foules et … à se heurter aux autorités. Mais peu importe, le Suprême NTM est né et avec lui, le rap français fait des débuts fracassants.

Côté scénario, il y a pas mal de choses à redire. Suprêmes se déroule de 1989, à la création du groupe, jusqu’à leur premier Zénith en 1993. Une période quelque peu courte pour montrer le commencement du groupe jusqu’à sa célébrité. Si les personnages sont bien définis, Kool Shen étant le plus sérieux et Joey Starr, désireux de prouver des choses à son père, le plus imprévisible et chaotique, le problème est qu’il y a un manque flagrant de contexte politique.

Si le contexte social est bien présent car une bonne partie des scènes se déroulent dans des cités, le contexte politique est limite oublié, à part l’utilisation d’archives télévisées. L’ennui, c’est que l’arrivée du hip-hop et du rap en France ainsi que les textes du groupe sont très politiques. Cet oubli est donc fort regrettable, car il aurait constitué un appui non négligeable au propos tenus à travers le film, d’autant plus que ces derniers sont encore d’actualité.

Une version édulcorée des personnages

Autre problème, c’est que les personnages ont été très édulcorés, en particulier celui de Joey Starr. On connait tous les frasques de la star du rap  mais ici, cette dimension est très secondaire. On préfère se concentrer sur sa relation avec son père, ce qui n’est pas un mal. Cela permet de comprendre le personnage et sa violence au vu de l’enfance qu’il a eue, mais on ne voit pas ses frasques, à une exception près. On parle là de choses illégales – et non de petites choses qu’il aurait pu faire comme tout adolescent. En tout cas, en ce qui concerne le contexte social et la présentation des personnages, leur évolution est bien traitée mais, comme nous le disons, il manque un petit quelque chose.

Et ce petit quelque chose se ressent également au niveau de la réalisation. Si Audrey Estrougo a de bonnes idées de mise en scène par moments, avec des plans séquences bien sentis (surtout lors des concerts), il y a des scènes qui font très téléfilm. On retiendra tout de même une bonne lumière sur les scènes de nuit, surtout la scène du concert en plein cité avec pour seul éclairage les phares des voitures. La récréation des années 80 est également bien gérée, que ce soit dans les décors, mais surtout les costumes et coiffures.

On notera aussi une bonne utilisation des chansons de rap de l’époque. Le rythme de Suprêmes est également bon dans l’ensemble. On ne s’ennuie pas malgré certaines transitions peu convaincantes d’une séquence à l’autre.

Une réalisation en demi-teinte et des acteurs impliqués

Du côté des acteurs, Théo Christine et Sandor Funtek s’en sortent plutôt bien dans les rôles de Kool Shen et Joey Starr. Même s’ils n’ont pas la présence mythique de ceux qu’ils interprètent, ce sont quand même de belles prestations. Sandor Funtek s’avère aussi touchant dans quelques scènes. Le reste du casting est aussi bon, à commencer par Félix Lefebvre et César Chouraqui, qui font bien vivre leurs personnages, ceux de Sébastien Ferran et Franck Chevalier.

Suprêmes est donc un biopic qui a ses défauts et ses qualités, que ce soit au niveau du scénario ou de la réalisation, mais avec des acteurs impliqués. Les fans du groupe, ou de rap français en général, trouveront sûrement ici ce qu’ils recherchent. Les autres verront un film imparfait, qui permet néanmoins de passer un bon moment.

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Adore le cinéma en général, que ce soit les gros blockbusters ou les plus petits films, les séries TV et les jeux vidéo. Il réalise de nombreux tests de blu-ray et films en UHD 4K.

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