[Critique] L’art du rap — Jean-Eric Perrin

Caractéristiques

  • Auteur : Jean-Eric Perrin
  • Editeur : Palette...
  • Date de sortie en librairies : 28 mai 2019
  • Format numérique disponible : Non
  • Nombre de pages : 76
  • Prix : 24,50€
  • Acheter : Cliquez ici

Alors que nous vous parlions tout récemment de son premier roman de fiction, Les meutes blanches, le journaliste musical Jean-Eric Perrin est de retour avec un beau livre illustré, L’art du rap aux éditions Palette, à destination des adolescents et leurs parents. L’occasion de plonger dans l’histoire de ce qui était au départ un art de rue, avec ses multiples courants, ses artistes fondateurs, et, bien entendu, ses nombreux paradoxes…

Le rap, un genre musical qui fait débat

Genre populaire dominant largement les charts depuis plusieurs années, le rap reste pourtant une musique soumise à de nombreux jugements, aussi bien d’une partie du public que de la critique et des médias. Les rappeurs et leur allure de gangsters aux Etats-Unis ou de “caillera” chez nous, avec leurs textes régulièrement misogynes et violents provoquent des réactions allant du mépris plus ou moins affiché à des craintes plus ou moins légitimes.

Et en effet, difficile de faire l’impasse sur les aspects négatifs que peut parfois revêtir le rap : les règlements de compte ayant mené à la mort un certain nombre d’artistes (Tupac Shakur, Notorious B.I.G.), les textes incendiaires et violents de rappeurs s’abritant derrière la fiction et le second degré, mais glorifiant au passage des actes violents et/ou un style de vie qui cause des ravages importants dans les banlieues (voir les polémiques autour de Nick Conrad)…

Pourtant, au-delà de ces polémiques, et au-delà des tubes standardisés (pour ne pas dire soupesques) d’une partie du rap mainstream (Maître Gims ou Black M, pour ne citer qu’eux), nier le talent de nombreux artistes français et internationaux relèverait de la mauvaise foi. Oui, le rap possède un élan créatif et peut surprendre autant qu’il peut parfois franchement nous irriter à d’autres. Même la critique rock l’a bien compris et adoube depuis une dizaine d’années ses talents : Kendrick Lamar, Kanye West, The Young Fathers…

Un livre pédagogique doublé d’un plaidoyer

L’art du rap de Jean-Eric Perrin tend à montrer en quoi le rap peut réunir plutôt que diviser. Le livre, tout en replaçant l’émergence du genre dans son contexte d’origine, celui des classes défavorisées à New-York dans les années 70, démontre avec pertinence et pédagogie comment le rap a su transcender les classes et s’imposer au cœur des cités comme au sein des beaux quartiers où les jeunes bourgeois rêvent eux aussi, désormais, d’une carrière à la Beastie Boys ou, plus près de nous, à la Orelsan.

Sans fermer les yeux sur ses paradoxes, l’auteur montre comment les MC sont parvenus à créer des sons innovants à partir de presque rien, à évoluer, à créer une communauté avant de gagner un plus large public. On sent la passion évidente de Perrin pour son sujet, notamment lorsqu’il parle du rap US — largement traité ici, même si le rap français est également exploré. A travers ce cours magistral qui est également un plaidoyer, on comprendra en quoi le rap implique en effet un travail créatif. Le chapitre, en fin de livre, sur les artistes émergents, désormais largement autoproduits, est intéressant car il montre la voie d’un nouveau système, où c’est l’artiste qui a le contrôle intégral de son art, sans devoir céder une large part de ses revenus à une maison de disques.

Paradoxes d’un art de rue se complaisant dans le culte de l’argent

En ce qui concerne les paradoxes de cet univers, l’auteur regrette la perte de vitesse du rap conscient et la domination d’un rap bling bling qui semble contredire le message et le sens qu’avait le genre à l’origine, mais sans néanmoins nier le talent que peuvent avoir un certain nombre de rappeurs « gangstas ». Il ne nie pas non plus la violence et la misogynie qui existent chez certains artistes, mais ne s’étend pas outre mesure sur cet aspect particulier du genre, probablement parce-qu’il s’adresse à un public jeune et leurs parents.

Malgré tout, la vision qu’il dresse du rap d’hier comme d’aujourd’hui est fidèle à la diversité de ce que le genre est capable de proposer, des deux côtés de l’Atlantique, mais aussi un peu partout dans le monde puisque, comme il le souligne lui-même, il n’est aujourd’hui pas un pays (ou presque) qui ne se soit emparé du rap.

Une excellente playlist pour accompagner votre lecture


Si on est plus mitigés sur le dernier chapitre du livre, une liste de 18 raisons d’écouter du rap aujourd’hui car, à notre sens, certaines des raisons listées («on n’a pas le choix », « ça fait vendre »…) ne constituent pas de bons arguments, heureusement, la longue playlist proposée tout au long des pages de L’art du rap parle pour Jean-Eric Perrin. Il y a là du très bon, des morceaux des années 80 que beaucoup de jeunes ne connaissent pas aujourd’hui et qui ont influencé le genre, mais aussi des sons des années 90 à nos jours sélectionnés avec soin. Chacun illustre le propos de l’auteur et pourra être écouté parallèlement à la lecture, afin d’avoir une vision complète de l’ouvrage.

L’art du rap est donc un livre à conseiller autant aux parents inquiets, aux jeunes qui découvrent le genre aujourd’hui qu’aux adultes désireux d’en apprendre plus sur un art musical qui reste encore sujet à une certaine méfiance culturelle.

Pour aller plus loin : pour un autre cours magistral sur le rap, découvrez l’excellente pièce jeunesse Master de David Lescot à travers notre critique.

7/10

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