Jusqu’à fin juillet, la Cinémathèque Française propose une grande exposition autour de la légendaire Marilyn Monroe. Le parcours conçu par la commissaire d’exposition Florence Tissot propose de redécouvrir l’actrice et son talent de composition derrière la star, et la manière dont elle a su insuffler vie et intelligence à ses rôles, qu’ils soient comiques ou dramatiques. Mais aussi de s’interroger sur ce qui lui a permis d’accéder à ce statut de sex symbol et star planétaire – et de déconstruire certains des mythes et préjugés qui l’entourent depuis des décennies. Suivez le guide…
Focus sur le jeu de l’actrice hollywoodienne
Comme les livres de photographie et les biographies, on ne compte plus les expositions sur Marilyn Monroe, entre photos, parcours professionnel et personnel se terminant dans la tragédie le 4 août 1962. Cependant, l’exposition proposée depuis le 8 avril à la Cinémathèque Française à Paris change quelque peu du tout venant par son parti pris de replacer l’actrice et son travail de composition au centre. On a tout dit de Marilyn Monroe, mais trop d’auteurs et de journalistes sont tombés dans le travers de la confondre avec ses rôles de bimbo ingénue tombée du niz, dont les hommes se jouent et qui en souffre. Un raccourci trompeur et simpliste qui laisse à entendre que l’actrice n’avait que peu de mérite car se contentant d’être « elle-même » à l’écran. Pourtant, son apparence, sa démarche, sa gestuelle, sa voix, sa diction légèrement bégayante étaient clairement la création de Norma Jeane Baker alias Marilyn, et son travail méticuleux rendait chacune de ses performances uniques.
Marilyn Monroe, célèbre pour ses retards sur les plateaux de tournage, a aussi livré à plusieurs reprises un bras de fer avec la Fox – combat qui a tourné à son avantage à chaque fois et qui lui a permis, à partir de 1956, de produire certains des films dont elle était la star, elle qui souhaitait tant être reconnue comme une « actrice sérieuse » afin de sortir des rôles de bimbo que les studios s’acharnaient à lui confier. L’exposition de la Cinémathèque rappelle ainsi qu’à l’époque de ce que l’on nomme « l’âge d’or hollywoodien » (qui était en réalité l’âge d’or des studios), les stars étaient la propriété du studio avec lequel elles avaient signé : elles étaient contractuellement tenues d’accepter les rôles qu’on leur confiait sous peine de sanctions et les rares exceptions de « prêts » à un concurrent étaient âprement négociées.

Un parcours immersif pour mieux comprendre le succès de la star
La Cinémathèque Française a misé sur une scénographie immersive mais relativement simple, avec beaucoup d’espace pour permettre aux visiteurs de déambuler, admirer photos, costumes et accessoires et se poser devant les quelques vidéos projetées à chaque étape du parcours. Après être passé d’un format d’expositions longues avec beaucoup de textes à quelques expositions misant quasi intégralement sur la scénographie, le musée opte ici pour une approche intermédiaire très équilibrée puisque les visiteurs auront de la matière en termes de contenu, sans se retrouver pour autant submergés par des textes explicatifs.
En réalité, l’exposition ouvre des pistes de réflexion, mais se garde d’apporter toutes les réponses ou de rentrer dans des détails inutiles. Elle invite en revanche à remettre en question des idées reçues bien ancrées sur Marilyn Monroe, sa personnalité, sa vie et sa légende – libre ensuite aux visiteurs d’aller plus loin en se renseignant, en lisant des livres…
La grande intelligence de ce parcours immersif est de montrer comment Marilyn Monroe a touché un point sensible dans l’imaginaire collectif à une époque charnière pour la société américaine, partagée entre progrès et puritanisme. D’un côté, la libération sexuelle se faisait progressivement… mais principalement au profit des hommes, tandis que les femmes, ciblées plus que jamais par la société de consommation, souffraient d’être encore enfermées dans des rôles convenus, soit fée du logis, soit fille perdue. A travers ses rôles comiques, Monroe a souvent incarné un fantasme masculin, mais l’écriture de cinéastes tels que Billy Wilder et le jeu malicieux de l’actrice permettaient de le subvertir en partie et de le regarder avec distance et amusement. Elle apportait, outre un délicieux timing comique, une émotion qui rendront ses dernières performances dramatiques inoubliables, à l’image de The Misfits de John Huston, drame aux allures de western crépusculaire scénarisé par son bientôt ex-mari Arthur Miller.
Les amours célèbres de la star ont fait couler beaucoup d’encre au fil des ans, mais l’exposition ne s’y intéresse pas vraiment, et, en ce qui concerne Miller, donne deux versions des faits : celle donnée par le célèbre auteur, à savoir que Monroe était une femme fragile et terriblement perdue qui avait besoin d’un sauveur et qui a beaucoup fait souffrir son mari… mais aussi celle qu’il aurait vu dans leur union une opportunité de gagner en popularité et de se rapprocher d’Hollywood. L’actrice, elle, avait confié dans son journal intime, publié il y a une quinzaine d’années, que Miller avait volontairement laissé ouvert son propre journal intime dans son bureau, où il analysait au scalpel et de manière péjorative son épouse quant à ses capacités intellectuelles et velléités en la matière, par pure cruauté envers elle.
Un vibrant hommage à la plus célèbre blonde du 7ème art

De manière générale, l’exposition suit le parcours de Marilyn Monroe dans l’ordre chronologique, analyse son jeu, son travail sur les films et la manière dont elle a construit son image et une partie de sa légende de manière stratégique. Les visiteurs peuvent admirer certaines des robes portées dans ses films, mais aussi des corsets, bustiers et autres accessoires de tournage, comme des scénarios avec des annotations par sa coach Paula Strasberg. La manière dont elle a appris à jouer, chanter avant même qu’elle ne devienne célèbre est mis en avant – ce qui est assez rarement le cas – et l’exposition cite aussi des études et recherches qui permettent de comprendre comment la société patriarcale de l’époque a façonné une vision assez misogyne de l’actrice et ses problèmes, qui a ensuite traversé le temps. L’influence de la psychanalyse est notamment mis en avant.
Enfin, l’exposition s’intéresse à l’influence et à l’héritage de Marilyn Monroe dans la pop culture ou auprès de la communauté queer et montre comment la mode, la musique et le cinéma ont rendu hommage à la plus célèbre blonde du 7ème art.
Au final, l’exposition Marilyn Monroe à la Cinémathèque Française est une agréable surprise, qui permet de s’immerger dans la filmographie et le parcours de la star avec un regard fin, précis et sensible. Si les aficionados de l’actrice n’y apprendront pas nécessairement autant de choses que ça, les costumes et accessoires et le regard intelligent porté sur sa carrière, mise en parallèle avec son époque, son inconscient, ses paradoxes et évolutions sociétales, font toute la différence et rendent l’expérience très agréable. Ceux qui ne connaissaient qu’assez peu l’actrice derrière la star de papier glacé en auront quant à eux une image bien plus fidèle – et en ressortiront sans doute avec l’envie de se pencher davantage sur sa filmographie.
Informations pratiques
Exposition jusqu’au 26 juillet 2026 à la Cinémathèque Française, 51 rue de Bercy, 75012 Paris. Métro Bercy (ligne 14).
Ouvert de 12h à 19h les lundi, mercredi, jeudi et vendredi et de 11h à 20h le week-end.
Tarif plein : 14 €, tarif réduit : 11 €, moins de 18 ans : 7 €, Libre Pass : gratuit. Visite guidée possible le week-end à 16h30. Visite guidée en langue des signes française le 13 juin et 9 juillet.
Réservation en ligne sur le site de la Cinémathèque.




