[Analyse 2/3] La revanche d’une blonde 25 ans après : Cinquante nuances de nuances de rose ?

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Après être revenus sur le début de La revanche d’une blonde et sa dimension générationnelle, voici la suite de notre analyse, où l’on s’intéresse à l’apparence de Elle Woods, aux préjugés qu’elle provoque et, surtout, de quelle manière le film et la série se servent de la « rose attitude » de l’héroïne pour faire passer le message de la franchise.

Elle Woods : une héroïne en décalage avec son environnement

Le film de Robert Luketic, scénarisé par deux femmes (Karen McCullah et Kirsten Smith) adapté du roman d’Amanda Brown, une autrice elle-même blonde ayant fait ses études dans de prestigieuses facs de droit, se présente comme une comédie satirique et une fable féministe légère dont la morale serait qu’il ne faut jamais se fier aux apparences. Contrairement à d’autres films se déroulant au sein d’une fac et mettant en scène un personnage principal vu comme « différent » et « en décalage » avec cet environnement, voire « discriminé » (on peut citer Le Brio d’Yvan Attal, dans une veine politique et sociale, mais il y en a d’autres), le « handicap » de Elle n’est pas social ou ethnique, mais capillaire, vestimentaire et culturel. En gros : celle que tout le monde est tenté de considérer avec condescendance comme une « blonde idiote » en dehors de son microcosme de Beverly Hills devra prouver son intelligence et son talent et, surtout, prendre confiance en elle pour prendre sa place au sein du monde.

Le premier acte du film dépeint Elle Woods en jeune étudiante californienne qui ne semble penser qu’à la mode et à s’amuser avec ses amies en attendant que son « prince charmant », Warren, qui se destine à une carrière d’avocat pour marcher dans les traces de son père, la demande en mariage. Sauf que, au moment fatidique, tragédie : l’indélicat la plaque au milieu de ce qui devait être un dîner romantique au restaurant en lui annonçant que, s’il veut devenir sénateur avant 30 ans, il se doit d’épouser « une Jackie, pas une Marilyn ». Le monde de Elle s’effondre mais, après des jours passés à se goinfrer de crème glacée devant des soap operas, elle reprend du poil de la bête et décide de passer le concours pour entrer à Harvard en fac de droit, prête à reconquérir son beau et à lui donner tort. Contre toute attente, elle réussit son pari mais, très vite, le « prince charmant » s’avère être un benêt en plus d’un lâche.

Comme dans la série des années 90 Felicity finalement, Elle agit au départ pour suivre un homme, mais elle poursuit in fine ses études envers et contre tout car cela lui plaît et qu’elle découvre sa véritable vocation.

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La mode comme arme et outil d’affirmation

En revanche – et c’est là que réside la force du film et de son univers – à la question philosophique « L’habit fait-il le moine ? », le film adopte une approche différente puisque la relation de l’héroïne à la mode est essentielle pour elle puisqu’elle lui sert d’arme, d’armure et de moyen d’expression et d’affirmation de sa personnalité optimiste et sensible envers et contre les esprits chagrins et cyniques qui l’entourent. Ce qui donne lieu à une succession de looks tous plus incroyables, pétillants et excentriques les uns que les autres ce qui – avouons-le – participe aussi au plaisir pris à regarder le film, d’autant plus que les changements de tenues du personnage sont tous utilisés avec à propos au sein de l’intrigue et son développement.

En anglais, il y a cette expression très imagée, « dressed to kill » qui correspond tout à fait au personnage (et non, on ne se réfère pas au thriller de De Palma) : Elle Woods est à la fois émotive et pragmatique, et ses choix de tenue varient en fonction du contexte, de ses émotions comme de ses objectifs. Qu’elle joue sur l’exubérance ou essaie de s’adapter à sa manière au look « preppy », cela contribue à rendre le personnage mémorable tout en jouant sur le comique de situation et le décalage avec les autres.

Pour la petite histoire, Reese Witherspoon, sentant l’importance de ce rôle dans sa carrière et pressentant son succès à venir, négocia contractuellement pour pouvoir garder l’ensemble de la garde-robe de son personnage (chaussures et accessoires compris) à la fin du tournage.

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Jouer avec les codes pour renverser les rôles et remettre l’ordre en question

La revanche d’une blonde joue volontairement à fond sur les clichés et les archétypes pour la quasi-totalité des personnages, ce qui donne lieu à une caractérisation très stylisée et à toute une série de répliques percutantes dont beaucoup sont devenues cultes. Mais il a aussi le bon goût de ne jamais regarder ses protagonistes de haut – sauf lorsqu’il s’agit de se moquer de ce benêt de Warren ou de dénoncer le comportement de prédateur du professeur de droit vers la fin.

La série Elle va d’ailleurs plus loin à cet égard-là, en développant davantage et de manière plus juste et crédible ses différents protagonistes – notamment ses personnages secondaires – afin de leur rendre véritablement justice et d’affiner, grâce au recul, à une durée plus longue (8 épisodes de 45 minutes) et à une focale différente, l’observation et le message qui étaient déjà au centre du film : au sein d’un groupe donné, il y a des codes dominants et des rôles attribués, chacun étant jugé à partir des codes et de la culture dominante pour la « répartition des rôles ». Néanmoins, le rôle qu’on a tendance à nous attribuer spontanément n’a souvent que peu de choses à voir avec ce que nous sommes vraiment ou notre valeur, et il n’appartient qu’à nous de défier les attentes et de faire front commun pour renverser les règles et faire bouger les lignes.

Et La revanche d’une blonde, comme sa série prequel Elle, de finir par nous montrer son héroïne, non plus comme une Candide au pays des intellos, mais comme une rebelle derrière son sentimentalisme, sa maladresse et ce que l’on aurait pu prendre pour du conformisme de sa part. Car, au final, elle entend, à sa manière, remettre en question l’ordre établi, quand bien même le film (surtout) comme la série (un peu moins) présentent des personnages évoluant dans un milieu globalement privilégié voire très privilégié à quelques exceptions près. 

Dans la dernière partie de notre analyse, nous parlerons de l’une des inspirations du film (Clueless), de néoféminisme et de la manière dont la société des années 90-2000 considérait les femmes et plus particulièrement les adolescentes et leurs références culturelles.

Article écrit par

Cécile Desbrun est une auteure spécialisée dans la culture et plus particulièrement le cinéma, la musique, la littérature et les figures féminines au sein des œuvres de fiction. Elle crée Culturellement Vôtre en 2009 et participe à plusieurs publications en ligne au fil des ans. Spécialiste de la femme fatale dans l'œuvre de David Lynch, elle effectue également un travail de recherche approfondi sur les artistes américaines Tori Amos et Taylor Swift. Directrice de publication du site, elle en corrige également les articles, au-delà de leur validation.

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