
Sorti en 2001, il y a tout juste 25 ans de ça, La revanche d’une blonde de Robert Luketic avec Reese Witherspoon est ressorti en juin dans les cinémas du monde entier, y compris en France, où l’on peut le découvrir ces jours-ci dans des cinémas d’art et d’essai (principalement) alors que la première saison de Elle, la série prequel du film culte, conçue par la société de production de Witherspoon, Hello Sunshine, a fait son apparition sur Amazon Prime le 1er juillet.
A cette occasion, on a décidé de se pencher sur cette comédie phare des années 2000, dont l’influence s’est fait sentir sur une partie de la production hollywoodienne jusqu’à aujourd’hui et de la revoir avec un œil à la fois frais et nostalgique – tout en la faisant dialoguer avec son extension contemporaine, Elle, qui permet de jeter un regard intéressant vers les années 90 et sa culture populaire avec un certain recul critique dénué de cynisme.
Apparition d’un personnage iconique
Le générique d’ouverture de La revanche d’une blonde donne le ton et annonce la couleur dès les premières secondes : la première image que nous voyons est un très gros plan de la chevelure blonde et ondulée de son héroïne, Elle Woods, qui se brosse méticuleusement les cheveux avant de se vernir les ongles dans une pièce rose bonbon, puis de se raser les jambes. Le découpage enchaîne les gros plans et très gros plans tandis que le montage alterne avec le trajet effectué par l’invitation de Elle à une grande fête parmi les filles de sa sororité, si bien que le dévoilement de son visage est volontairement retardée.
Et, lorsque nous la découvrons enfin, nous découvrons par la même occasion l’environnement dans lequel elle évolue : celui d’une sororité californienne que l’on pourrait tout aussi bien qualifier de « Barbie Dream House ». Si l’on ajoute à ça le tube délicieusement sucré de Hoku, « Perfect Day », qui rythme cette ouverture, le message est clair : nous nous trouvons dans un univers volontairement stéréotypé dans lequel l’héroïne, insouciante, évolue comme un poisson dans l’eau sans se douter que, bientôt, un grain de sable va venir gripper la machine et chambouler son monde « parfait ».

Legally Blonde et Barbie : même combat ?
En revoyant cette ouverture 25 ans après, l’influence de La revanche d’une blonde sur des films comme Barbie de Greta Gerwig (2023) saute aux yeux. L’ouverture des deux métrages, à bien y regarder, est assez proche, dans la mise en scène, les décors et la musique sucrée, même si l’élément perturbateur ne sera pas le même. Et comment s’en étonner ? Barbie, comme La revanche d’une blonde, est un film générationnel, qui peut certtes être apprécié de personnes de tous âges, mais parle plus particulièrement aux femmes qui ont grandi dans les années 90 avec une certaine idée de la féminité véhiculée par la mode et la pop culture. Une époque où l’on prônait l’épanouissement tant personnel que professionnel de la femme, sans toujours la ramener à un rôle d’épouse ou de mère, et sans chercher non plus à lui imposer d’adopter les méthodes brutales des hommes pour s’imposer face à eux professionnellement. Une époque positive et légère en apparence donc, mais marquée par des contradictions profondes comme nous en parlions dans notre analyse du Journal de Bridget Jones (sorti la même année), entre éloge du marketing roi et du « je consomme donc je suis » et des violences systémiques présentes mais davantage cachées derrière la volonté de prôner l’égalité pour tous.
Si bien que ce n’est que depuis quelques années que les séries et les films reviennent sur cette période avec un recul critique véritable qui n’empêche ni la tendresse ni la nostalgie pour cette décennie où différents genres musicaux et courants artistiques pouvaient joyeusement cohabiter au sein de la culture populaire.

Reese Witherspoon elle-même s’y était déjà penchée dans un style plus dramatique avec la mini-série Little Fires Everywhere en 2020, adaptée du roman de Celeste Ng et produite par sa société de production Hello Sunshine pour la plateforme de streaming américaine Hulu. Une œuvre entre thriller, critique sociale et récit initiatique prenante et sensible à mille lieux de l’univers de Legally Blonde, où l’actrice ne s’était pas attribué le rôle le plus aimable qui soit mais se révélait impressionnante par la complexité de son interprétation, entre dureté et vulnérabilité.
Car oui, depuis un peu plus d’une dizaine d’années, la star américaine est à la tête d’une entreprise de production très prolifique associant club de lecture en ligne et adaptations d’œuvres féminines au cinéma et à la télévision, dont beaucoup ont connu un joli succès, comme Big Little Lies ou Gone Girl de David Fincher, dont beaucoup ignorent qu’elle est à l’origine du projet. Un temps dans le creux de la vague après son Oscar en 2006 pour Walk the Line, l’actrice a elle aussi connu sa revanche en montrant que la voix des femmes continuait de compter quel que soit le genre et le sujet abordé.
Mais revenons à la manière dont La revanche d’une blonde se sert de l’apparence et du look de son personnage pour en faire une part intégrante du récit et de sa philosophie dans la deuxième partie de notre dossier.





