Caractéristiques
- Titre : Singin' in the rainSingin' in the rain
- Genre : Comédie Musicale
- Ecriture : Livret de Betty Comden et Adolph Green
- Musique : Nacio Herb Brown et Arthur Freed
- Chorégraphie : Rebecca Howell
- Mise en scène : Robert Carsen
- Avec : Ashley Day, Maddie Waller, Charlie Waddell, Natasha O'Brien, Julius D'Silva, Russell Wilcox, Daniele Coombe2222
- Durée : 2h30 avec un entracte de 25 minutes
- Lieu(x) de représentation : Théâtre du Lido
- Dates : 30/09/2026 au 10/01/2027
- Note : 7/10 par 1 critique
Déjà présenté à Paris, au Châtelet, il y a une dizaine d’années, Singin’ in the rain revient sur la scène parisienne dans une nouvelle production mise en scène par Robert Carsen. Inspirée du célèbre film de Stanley Donen et Gene Kelly sorti en 1952, cette comédie musicale de Betty Comden et Adolph Green, sur des musiques de Nacio Herb Brown et Arthur Freed, est proposée en version originale sur-titrée au Lido de Paris depuis le 17 septembre.
Quand le cinéma s’invite sur scène
L’action se déroule en 1927, alors que le cinéma muet règne encore sur Hollywood. Don Lockwood et Lina Lamont sont deux stars dont le public imagine qu’elles forment un couple à la ville comme à l’écran. Il n’en est pourtant rien : si Lina est éperdument amoureuse de son partenaire, Don ne partage absolument pas ses sentiments. L’arrivée de The Jazz Singer, premier grand film parlant, va alors bouleverser leur quotidien. Leur prochain long-métrage, The Duelling Cavalier, doit désormais intégrer le son, obligeant toute l’équipe à s’adapter à cette nouvelle technologie. Une situation d’autant plus délicate que personne ne connaît réellement la voix de Lina, dont le timbre particulièrement haut perché et la diction ridicule risquent de mettre à mal son statut de star. C’est dans ce contexte que Don rencontre Kathy Selden, une jeune actrice de théâtre qui porte un regard bien moins admiratif sur les vedettes du cinéma…
Avec cette nouvelle production musicale, Robert Carsen joue pleinement avec les origines cinématographiques de l’œuvre et fait constamment dialoguer grand écran et spectacle vivant. Les scènes de tournage sont ainsi réalisées en direct, tandis que les comédiens viennent parfois se superposer aux images projetées. Le générique d’ouverture, présenté en noir et blanc comme un film d’époque, annonce d’emblée cette mise en abyme, prolongée par des extraits de films, notamment lors des flashbacks consacrés à la jeunesse de Don et de son meilleur ami Cosmo. Les entrées et sorties des artistes par la salle renforcent encore cette impression d’immersion, tout comme les séquences reproduisant les avant-premières et les applaudissements du public de cinéma. Une manière habile de brouiller les frontières entre ce qui se déroule à l’écran et ce qui se joue sur scène.
Du grand spectacle… et quelques longueurs
Entièrement composé d’écrans LED, le décor permet de recréer avec faste le Hollywood des années 20 et de multiplier les changements de lieux avec une grande immédiateté, d’une salle de cinéma aux jardins d’un château, en passant par les différents espaces de tournage. On pourra, certes, regretter un léger manque de profondeur lié à l’omniprésence des écrans, mais quelques imposants éléments de mobilier viennent heureusement compléter l’ensemble au fil des scènes, à l’image de cette caravane servant de loge aux différents acteurs du film. L’esthétique Art déco, les dorures, les paillettes et les magnifiques costumes contribuent à cette atmosphère éclatante. La production réserve évidemment quelques effets spectaculaires, à commencer par la véritable pluie qui tombe sur scène pendant « Singin in the Rain ». Les spectateurs installés aux premiers rangs sont d’ailleurs invités à prévoir quelques éclaboussures ! Attention, également, pour les non anglophones : les sur-titres, placés de part et d’autre de la scène, ne sont pas toujours faciles à suivre lorsque l’action se concentre au centre.
La mise en scène de Robert Carsen puise tout d’abord dans les codes du cinéma muet pour en accentuer la dimension comique : les interprètes adoptent des expressions et des mouvements volontairement excessifs, dont l’exagération assumée fonctionne particulièrement bien et participe largement au caractère divertissant du spectacle. L’orchestre, installé sur deux balcons de part et d’autre de la scène, accompagne les nombreux tableaux avec une formation réunissant cordes, cuivres, vents, piano, batterie et synthétiseur, sous la direction musicale d’Alan Berry, et les chorégraphies de Rebecca Howell contribuent au dynamisme et à la beauté des différents numéros, à l’image de l’excellent « Good Morning ». Malgré cette richesse, le rythme aurait cependant gagné à être davantage resserré. Les différents actes s’étirent un peu trop, certaines transitions manquent de fluidité et la reprise de « Beautiful Girl », présentée sur écran après avoir été chantée une première fois en direct, donne une impression de redondance maladroite. Avec une durée totale de trois heures, quelques passages finissent ainsi par sembler longuets, alors que la vivacité des interprètes et l’énergie des numéros auraient pu emporter davantage le spectateur.
Une troupe virtuose et polyvalente
Cette nouvelle production de Singin’ in the rain peut cependant compter sur un casting anglo-saxon particulièrement convaincant. Ashley Day apporte à Don Lockwood une aisance chaleureuse et un charme décontracté tandis que Maddie Waller prête à Kathy Selden une élégance et une voix aérienne aux accents délicieusement rétro. Charlie Waddell se montre particulièrement amusant dans le rôle de Cosmo, avec une gestuelle agile et une énergie communicative. Sa prestation dans « Make Them Laugh » constitue d’ailleurs l’un des moments les plus réussis du spectacle. Natasha O’Brien s’en donne quant à elle à cœur joie dans le rôle de Lina Lamont, dont la voix de crécelle et les maladresses savamment exagérées en font rapidement l’un des personnages les plus comiques de l’ensemble. Tous les interprètes font preuve d’un réel investissement et se montrent aussi l’aise dans le jeu théâtral que dans le chant et la danse.
Les grands classiques de la comédie musicale sont ainsi portés par une troupe d’une vingtaine d’artistes, accompagnée par des musiciens dont la précision et la virtuosité sont à souligner. Les chansons aux accents jazzy s’intègrent naturellement au sein d’un spectacle qui conserve une place importante au dialogue. Quant aux numéros de claquettes, ils apportent une énergie supplémentaire tandis que les chorégraphies, précises et entraînantes, donnent lieu à de magnifiques tableaux. De « Make Them Laugh » à « Good Morning », jusqu’au célèbre « Singin in the rain », les incontournables de l’œuvre retrouvent ainsi toute leur saveur. Une partition musicale et des performances scéniques qui constituent sans doute l’un des principaux atouts de cette nouvelle production.
Singin’ in the Rain offre ainsi une plongée foisonnante dans le Hollywood de la fin des années 1920, où Robert Carsen mêle avec inventivité les codes du cinéma aux possibilités du spectacle vivant. Malgré quelques longueurs et un décor reposant presque exclusivement sur des écrans, le faste de la mise en scène et le talent d’une troupe pleinement investie donnent à l’ensemble une énergie communicative, qui fait toute la générosité du spectacle.






