Caractéristiques
- Titre : Hope
- Réalisateur(s) : Na Hong-jin
- Scénariste(s) : Na Hong-jin
- Avec : Hwang Jeong-min, Jo In-sung, Jung Ho-yeon, Michael Fassbender, Alicia Vikander...
- Distributeur : Universal Pictures International France
- Genre : Action, Science Fiction, Thriller
- Pays : Corée du Sud
- Durée : 157 minutes
- Date de sortie : 28 octobre 2026
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- Note du critique : 8/10 par 1 critique
Après The Chaser, The Murderer et surtout The Strangers, Na Hong-jin revient avec un projet radicalement différent en apparence, mais qui conserve une constante : son goût pour les personnages ordinaires confrontés à une situation qui les dépasse totalement. Avec Hope, le cinéaste sud-coréen s’aventure cette fois du côté de la science-fiction et du film de créature, tout en refusant de se laisser enfermer dans un seul genre. Thriller, action, horreur, comédie noire et science-fiction se mélangent ainsi pendant près de 2h40 dans un véritable tourbillon cinématographique. Une proposition ambitieuse, parfois déconcertante, mais surtout particulièrement généreuse.
Bienvenue à Hope… ou pas
Tout commence dans la petite ville de Hope, où une série d’événements inquiétants vient bouleverser le quotidien des habitants. Alors que les moyens de communication sont coupés et que les renforts sont mobilisés ailleurs, le chef de la police Beom-seok (Hwang Jeong-min hilarant) et sa collègue Seong-ae (Jung Ho-yeon, qui en fait juste assez) doivent protéger la ville tandis qu’un groupe d’habitants, mené par Seong-ki (excellent Jo In-sung), part à la recherche d’une mystérieuse menace dans les montagnes. Très vite, la situation leur échappe complètement. Na Hong-jin prend son temps avant de dévoiler les véritables contours de la menace. Une grande partie du premier acte repose ainsi sur l’incertitude, la peur et la découverte progressive des conséquences de ce qui se passe.
Le cinéaste préfère montrer les traces du chaos plutôt que sa source, créant une tension particulièrement efficace. Corps mutilés, animaux massacrés, bâtiments éventrés, explosions et témoignages contradictoires nourrissent progressivement une inquiétude qui ne cesse de grandir. Cette construction constitue l’une des grandes forces du film. Hope ne cherche pas immédiatement à expliquer ce qui arrive et laisse le spectateur évoluer dans le même brouillard que ses personnages. Cette ignorance devient même l’un des moteurs du récit : chacun interprète les événements à partir de ce qu’il croit savoir, avec des conséquences de plus en plus importantes.

Des héros pas comme les autres
Le scénario joue également beaucoup sur les changements de perspective. Les personnages que l’on pourrait spontanément considérer comme les héros ne correspondent pas forcément aux figures héroïques traditionnelles. Na Hong-jin préfère des individus faillibles, parfois maladroits, souvent dépassés par les événements. Ce qui rend les personnages immédiatement attachants. L’humour naît d’ailleurs régulièrement de ce décalage entre l’ampleur de la menace et la manière très humaine dont les personnages tentent d’y répondre. Et c’est là aussi l’un des aspects les plus intéressants : une volonté de brouiller les repères. Hope ne cherche pas seulement à savoir comment une communauté va survivre à une créature : il s’intéresse à la manière dont les individus vont se comporter lorsqu’ils sont confrontés à quelque chose qu’ils sont incapables de comprendre. Le cinéaste conserve également un goût prononcé pour l’absurde et la satire. Certaines situations sont franchement drôles alors même que le contexte est extrêmement violent. Ce mélange peut sembler surprenant, mais il s’inscrit parfaitement dans la tradition du cinéma de genre coréen, capable de passer de l’angoisse au rire puis à la brutalité en quelques secondes.
Le film évolue cependant progressivement vers quelque chose de beaucoup plus vaste. Ce qui ressemblait au départ à une histoire de créature et de survie prend une dimension de science-fiction. Ce changement d’échelle est audacieux et permet à Hope de dépasser le simple spectacle de monstres, même si cette ambition rend également la seconde partie plus inégale, surtout dans son rythme. Le casting international, avec notamment Michael Fassbender, Alicia Vikander et Taylor Russell, participe enfin au changement d’échelle du récit. Leurs personnages permettent au film d’élargir progressivement son univers et de faire évoluer l’histoire bien au-delà de la petite communauté sud-coréenne dans laquelle elle commence.

Un chaos savamment orchestré
Côté mise en scène, c’est là que le film impressionne le plus. Na Hong-jin filme l’action avec une énergie considérable et une vraie volonté de mise en scène. La caméra est constamment en mouvement, les décors sont exploités dans toute leur profondeur et les séquences d’action ne donnent que rarement l’impression d’être de simples démonstrations techniques. La première partie est particulièrement réussie, le film entretenant longtemps le mystère autour de la menace grâce à une utilisation intelligente du hors-champ. On ressent sa présence avant même de véritablement la voir, les traces qu’elle laisse derrière elle étant parfois plus inquiétantes que ses apparitions. Le cinéaste alterne alors poursuites, fusillades, scènes de panique et passages franchement horrifiques, voire gores, tout en injectant régulièrement de l’humour. Une combinaison qui pourrait facilement devenir indigeste, mais que Na Hong-jin parvient à rendre cohérente grâce à une véritable personnalité visuelle. La photographie de Kyung-pyo Hong accompagne parfaitement cette approche : la forêt, les espaces ruraux et la petite ville deviennent progressivement un gigantesque terrain de jeu où chaque lieu peut se transformer en piège.
Les effets visuels sont en revanche plus discutables. Ils permettent certaines séquences spectaculaires et participent à l’ambition démesurée du projet, mais leur qualité reste variable. Plusieurs effets fonctionnent parfaitement tandis que certains plans plus exposés révèlent davantage leurs limites. La seconde partie se montre également un peu moins fluide : le film élargit considérablement son récit et multiplie les enjeux, au risque de perdre une partie de l’efficacité de son premier acte. Le rythme devient alors par moments légèrement plus longuet, même si les ambitions narratives et visuelles restent intactes. La musique de Michael Abels accompagne efficacement cette montée en puissance, alternant tension et envolées plus spectaculaires. Le travail sonore participe lui aussi pleinement à l’immersion et à cette sensation de chaos qui traverse progressivement le film.
Avec Hope, Na Hong-jin livre un film de genre ambitieux et imprévisible, mélangeant avec une belle liberté action, thriller, horreur, science-fiction et humour noir. Si la seconde partie se montre un peu plus inégale, avec quelques effets numériques perfectibles et un rythme légèrement plus longuet, l’énergie de la mise en scène, la richesse des personnages et l’audace du projet compensent largement ces défauts. Un spectacle monstrueux, généreux et imprévisible, qui ose mélanger les genres sans jamais perdre son identité. Un film imparfait, mais suffisamment fou et ambitieux pour laisser une véritable empreinte.




