Caractéristiques
- Titre : The Christophers
- Réalisateur(s) : Steven Soderbergh
- Avec : Ian McKellen, Michaela Coel, James Corden, Jessica Gunning...
- Distributeur : Dulac Distribution
- Genre : Comédie, Drame
- Pays : Grande-Bretagne
- Durée : 100 minutes
- Date de sortie : 10 juin 2026
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- Note du critique : 8/10 par 1 critique
Nouveau long-métrage réalisé par Steven Soderbergh (Présence), The Christophers raconte l’histoire de Julian Sklar, ancienne figure majeure du pop art londonien qui est devenu misanthrope et n’a plus rien peint depuis des décennies. Ses enfants, avides d’héritage, engagent Lori, restauratrice et ex-faussaire, pour se faire passer pour son assistante. Sa mission : finir en secret une série de huit toiles inachevées, les « Christophers », et en tirer une fortune.
Soderbergh et l’art du dispositif
Avec The Christophers, Steven Soderbergh poursuit son exploration d’un cinéma de dispositif, où tout repose sur la mécanique des échanges, la précision des dialogues et un jeu constant autour des faux-semblants. Mais là où certains de ses films récents (The Insider) pouvaient donner le sentiment d’un exercice un peu froid, celui-ci trouve un équilibre plus engageant, notamment grâce à son duo d’acteurs et à un ancrage thématique plus immédiatement lisible. Le point de départ reste volontairement simple : une affaire d’imposture dans le monde de l’art, où la notion d’auteur devient rapidement instable, presque insaisissable.
À partir de cette base, Soderbergh construit un récit qui avance moins par coups d’éclat que par déplacements subtils. L’intrigue se déploie progressivement, à travers une série de confrontations où chaque personnage ajuste sa position, affine son discours et révèle, par petites touches, ses véritables intentions. Il ne s’agit pas ici de surprendre à tout prix, mais plutôt d’installer un climat de doute permanent, où la parole devient un outil de manipulation. Ce choix donne au film une fluidité certaine, mais aussi une forme de retenue qui pourra en laisser certains à distance, tant le cinéaste refuse toute montée dramatique trop appuyée.

Jeu de dupes et mise en abyme
Le film trouve sa véritable richesse dans la manière dont il interroge la fabrication de la valeur artistique. Qui décide de ce qui a de la valeur ? L’artiste, le regard extérieur, ou le système qui encadre et valide ? Soderbergh s’amuse avec ces questions sans jamais chercher à les figer. Il préfère multiplier les points de vue, brouiller les pistes, et installer une ironie constante qui traverse l’ensemble du récit. Cette approche évite toute lourdeur démonstrative, mais elle révèle aussi une limite : à force de rester dans le jeu, le film donne parfois le sentiment de contourner ses enjeux plutôt que de les affronter pleinement.
Cette ambiguïté se retrouve dans les personnages eux-mêmes, jamais totalement définis, toujours en mouvement. Ian McKellen domine largement le film avec une performance tout en nuances, oscillant entre charme, malice et manipulation. Il impose un rythme, une présence, presque une autorité naturelle qui structure l’ensemble. Face à lui, Michaela Coel adopte une approche plus intériorisée, plus opaque, mais tout aussi essentielle. Leur dynamique repose sur un déséquilibre constant qui nourrit la tension et empêche toute lecture trop évidente. L’alchimie entre eux devient le véritable moteur du film, tant leurs personnages se répondent avec une précision presque naturelle.

Une mise en scène du contrôle
Comme souvent chez Soderbergh, la mise en scène se distingue par sa discrétion. Les cadres sont épurés, le montage d’une grande fluidité, et le rythme soigneusement calibré. Rien n’est laissé au hasard, mais rien ne cherche non plus à s’imposer. Ce minimalisme formel fonctionne parfaitement dans les scènes de confrontation, où chaque regard et chaque silence prennent du poids. Le cinéaste filme ses acteurs avec une précision presque clinique, laissant émerger les tensions sans jamais les souligner. Mais ce choix esthétique a aussi ses limites : à force de contrôle, le film donne parfois l’impression de se brider lui-même. Là où certains échanges pourraient gagner en intensité, Soderbergh privilégie systématiquement la retenue.
Cela participe à l’élégance de l’ensemble, mais peut aussi créer une forme de frustration, comme si le film refusait d’exploiter pleinement son potentiel dramatique. Cette sensation est renforcée par un rythme très linéaire, qui privilégie la cohérence à la surprise. La direction artistique, des décors (notamment la maison Julian) aux costumes, reste dans une sobriété assumée et ancre le récit dans une forme de réalisme maîtrisé. Petite réserve en revanche du côté de la musique de David Holmes, qui alterne entre électronique et classique sans toujours trouver un équilibre totalement convaincant, surtout dans la première partie du métrage.
Au final, The Christophers est un film élégant, porté par deux excellents acteurs, qui trouve un équilibre efficace entre comédie noire et satire du monde de l’art. Sans atteindre les sommets de la filmographie de Steven Soderbergh, il s’impose comme l’une de ses propositions récentes les plus solides : un film maîtrisé, intelligent, et plaisant dans sa manière de jouer avec les faux-semblants.




