[Critique] Supergirl : une héroïne forte dans un film trop formaté

Caractéristiques

  • Titre : Supergirl
  • Réalisateur(s) : Craig Gillespie
  • Avec : Milly Alcock, Eve Ridley, Matthias Schoenaerts, David Krumholtz, Emily Beecham, Ferdinand Kingsley et Jason Momoa.
  • Distributeur : Warner Bros. France
  • Genre : Action, Fantastique, Science Fiction
  • Pays : Etats-Unis
  • Durée : 108 minutes
  • Date de sortie : 1er juillet 2026
  • Acheter ou réserver des places : Cliquez ici
  • Note du critique : 5/10

Après sa petite apparition dans Superman, Kara Zor-El, alias Supergirl a son propre film. La super héroïne, lorsqu’un adversaire aussi impitoyable qu’inattendu menace son monde, fait équipe à contrecœur avec un improbable compagnon et s’engage dans un périple intergalactique en quête de vengeance et de justice.

Entre adaptation fidèle et retour aux standards du blockbuster

Craig Gillespie adapte, avec Supergirl, le comics Supergirl: Woman of Tomorrow avec une ambition assez nette : proposer une version de Kara Zor-El en rupture avec l’imagerie habituelle du personnage, et plus largement avec la tonalité souvent très lisse des productions super-héroïques contemporaines. Le matériau d’origine de Tom King offrait pourtant un terrain idéal pour cela : un récit de western spatial, très épuré dans sa narration, centré sur la survie, la colère et la reconstruction d’une héroïne profondément marquée. Sur le papier, tout était réuni pour une proposition singulière. Dans les faits, le film oscille constamment entre cette ambition initiale et un format beaucoup plus classique de blockbuster.

Le premier tiers du film fonctionne plutôt bien. Il pose rapidement une Supergirl différente de Superman, plus instable, plus instinctive, parfois même guidée par une forme de brutalité émotionnelle qui la rend immédiatement intéressante. Le récit s’installe dans une logique de trajectoire personnelle, presque de fuite, avec une dimension de survie qui rappelle par moments l’esprit du comics Woman of Tomorrow. Mais cette dynamique initiale ne tient pas sur la durée. À partir du deuxième tiers, le scénario bascule vers une construction beaucoup plus conventionnelle. La structure devient plus attendue, presque mécanique dans son enchaînement, avec des étapes narratives classiques du blockbuster super-héroïque. On perd progressivement ce qui faisait la singularité du point de départ, notamment cette sécheresse émotionnelle et cette approche plus elliptique proposée par le matériau original.

image eve ridley supergirl
Copyright Warner Bros.

Entre personnage marquant et antagoniste fonctionnel

Là où le comics jouait sur le non-dit, les ellipses et une montée en tension très organique, le film opte pour une narration beaucoup plus linéaire, qui dilue l’impact émotionnel. Le résultat reste globalement fluide et lisible, mais sans véritable aspérité. Le troisième tiers confirme cette impression : un déroulé propre, efficace par moments, mais qui ne parvient jamais à retrouver une vraie intensité dramatique. L’antagoniste, Krem des Collines d’Ocre (interprété par Matthias Schoenaerts), reste assez générique dans sa construction et n’aide pas à renforcer l’ensemble, accentuant cette impression de récit balisé. Le principal atout du film reste sans conteste Milly Alcock. Elle impose une Supergirl immédiatement identifiable, très éloignée des représentations habituelles du personnage. Sa Kara est nerveuse, parfois sarcastique, souvent sur la défensive, avec une fragilité qui affleure sans jamais totalement se stabiliser.

C’est probablement ce qui fonctionne le mieux dans le film : cette impression d’un personnage encore en construction, pas totalement maîtrisé, ni par lui-même ni par le récit. Le personnage de Ruthye Marye Knoll, incarné par une Eve Ridley convaincante, aurait pu avoir un rôle plus important. Si le duo Kara/Ruthye fonctionne plutôt bien grâce aux interprètes, la relation reste survolée alors qu’elle aurait pu constituer le véritable cœur émotionnel du film. Enfin, Jason Momoa en Lobo constitue une très bonne idée de casting. Même dans un rôle secondaire, il apporte une énergie brute, plus chaotique, qui tranche avec le reste du film. Ses apparitions introduisent une forme de liberté bienvenue dans un ensemble assez rigide.

image milly alcock supergirl
Copyright Warner Bros.

Une direction visuelle entre ambition et formatage

Craig Gillespie propose une mise en scène globalement propre, avec une vraie volonté de donner une identité visuelle au film. L’univers spatial est traité avec une approche relativement “sale”, moins lisse que dans beaucoup de blockbusters récents, avec un travail sur les textures et les environnements qui cherche à s’éloigner d’un space opera trop standardisé. Par moments, cette intention fonctionne réellement. Certaines séquences installent une ambiance intéressante, avec une tonalité presque western dans la manière d’aborder les déplacements et les environnements hostiles. Mais cette direction visuelle ne parvient pas à compenser l’évolution du récit. Plus le film avance, plus la mise en scène accompagne un scénario de plus en plus conventionnel, sans réussir à lui redonner de relief.

Le contraste entre le premier tiers, plus inspiré, et la suite du film, plus balisée, se ressent aussi dans le rythme et la mise en images. On peut également regretter une certaine influence des productions DC récentes, qui gomme parfois la singularité du film, notamment dans quelques plans séquences très « James Gunn ». Les effets spéciaux sont globalement de bonne tenue, même si quelques plans laissent apparaître des incrustations plus visibles. La musique de Claudia Sarne manque d’un thème réellement marquant, mais accompagne correctement l’ensemble. Le rythme, lui, reste maîtrisé : on ne s’ennuie jamais vraiment sur ces 1h48.

Supergirl reste un film traversé par une contradiction nette entre ses intentions et son exécution. Le premier tiers laisse entrevoir une proposition intéressante, portée par une vraie identité de personnage et une ambiance visuelle assumée. Milly Alcock en constitue clairement le principal point fort, tout comme la volonté d’un space opera plus rugueux. Mais cette promesse s’effrite rapidement au profit d’une structure beaucoup plus classique de blockbuster, qui finit par lisser l’ensemble et atténuer sa singularité. Un film inégal, parfois convaincant, mais globalement trop formaté pour pleinement convaincre.

Article écrit par

Adore le cinéma en général, que ce soit les gros blockbusters ou les plus petits films, les séries TV et les jeux vidéo. Il réalise de nombreux tests de blu-ray et films en UHD 4K et couvre l'actualité cinématographique en salles.

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