Caractéristiques
- Titre : Backrooms
- Réalisateur(s) : Kane Parsons
- Scénariste(s) : Will Soodik, sur une idée de Kane Parsons
- Avec : Chiwetel Ejiofor, Renate Reinsve, Mark Duplass, Finn Bennett, Lukita Maxwell, Avan Jogia...
- Distributeur : Metropolitan FilmExport
- Genre : Horreur
- Pays : Etats-Unis
- Durée : 1h51
- Date de sortie : 17 juin 2026
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- Note du critique : 8/10 par 1 critique
Backrooms n’est pas un film d’horreur ordinaire. Adapté de son propre univers né sur Internet, Kane Parsons transforme le creepypasta viral des couloirs jaunes infinis en une expérience cinématographique qui vous suit longtemps après la sortie de la salle.
Plongée dans une angoisse nouvelle
Le film met en scène Clark, un vendeur de meubles en détresse psychologique, qui découvre une porte vers cette dimension liminale, et Mary, sa thérapeute, qui part à sa recherche.
Depuis plusieurs années, le cinéma d’horreur puise dans les légendes numériques sans toujours parvenir à les dépasser, mais ici la curiosité Internet devient une plongée terrifiante dans l’angoisse existentielle de nos vies quotidiennes.
Avec Backrooms, Parsons relève ce pari avec une vraie ambition. Plutôt que de simplement effrayer, il installe une atmosphère étrange, un malaise qui s’insinue lentement.
Un film d’horreur à la réalisation faussement épurée
La mise en scène fait preuve d’une étonnante maturité : rythme mesuré, cadrages travaillés, tension qui monte sans surenchère, Parsons joue sur les cadres et les mouvements lents plutôt que sur la surenchère d’effets, confirmant une belle promesse de mise en scène.
Les couloirs vides et espaces artificiels composent un univers dérangeant qui semble défier toute logique et, à travers les Backrooms (véritable personnage principal du film), Parsons et son équipe recréent ces espaces avec un réalisme oppressant : moquette tachée, murs jaune moutarde, plafonds à dalles qui fuient, une lumière fluorescente…
Ce qui rend ces décors si efficaces, c’est leur familiarité perverse : on a tous vu ces bureaux temporaires, ces salles d’attente, ces couloirs d’hôtel qui n’appartiennent à personne, Le film les étire à l’infini et révèle leur vide fondamental, générant une vraie sensation d’égarement.
Une discrétion sonore habile
La bande-son reste discrète, privilégiant une tension durable plutôt que des effets immédiats car l’ambiance demeure le véritable moteur du film.
Le bourdonnement constant des néons, les gouttes d’eau qui tombent sans source, les couloirs qui se répètent sans fin créent une tension qui ne se relâche jamais complètement, Parsons maîtrise le rythme, il alterne entre des plans longs où rien ne semble se passer et des irruptions soudaines qui vous font sursauter. Le son, minimaliste et obsédant, en devient presque un personnage à part entière.
Cette approche originale de l’horreur contemporaine crée une angoisse plus psychologique que spectaculaire, ce qui fonctionne très bien.
Des personnages face à leurs démons intérieurs
Le jeu, sobre et crédible, ancre l’émotion dans un cadre pourtant abstrait.
Chiwetel Ejiofor incarne Clark avec une fragilité glaçante, son regard vide et son corps qui semble déjà à moitié absent traduisent parfaitement l’épuisement de quelqu’un qui a passé trop de temps dans des showrooms déserts.
Renate Reinsve, en Mary, apporte une humanité nécessaire. Elle n’est pas une héroïne d’action, mais une femme qui doute, qui craint de perdre son patient et, par extension, sa propre boussole. Mark Duplass et les autres seconds rôles complètent ce casting sobre, où chaque acteur semble jouer avec le sentiment d’être déjà un fantôme dans sa propre vie.
Des espaces liminaux, abstraction de nos sociétés modernes
Ce qui rend Backrooms particulièrement pertinent, c’est la manière dont il transforme l’angoisse moderne en horreur concrète.
Clark n’est pas un héros qui lutte contre un mal extérieur, c’est un homme qui s’est perdu dans la répétition de sa vie (métro, boulot, dodo) et qui a fini par franchir une porte invisible. Les monstres des Backrooms ne sont pas des créatures venues d’ailleurs : ils sont le produit de ce mal-être collectif, de cette sensation diffuse que nos environnements familiers nous sont devenus étrangers.
Le film suggère que nos sociétés occidentales, obsédées par la productivité et la consommation, ont créé des espaces qui ne sont plus habités par personne, seulement traversés. Clark n’a pas trouvé les Backrooms : il les a engendrées.
Un concept à poursuivre
Sans tout révolutionner, Backrooms montre qu’on peut encore créer une vraie angoisse avec une mise en scène rigoureuse, une direction artistique inspirée et une confiance assumée dans le pouvoir de la suggestion. C’est un film qui réussit là où beaucoup échouent : il prend un concept Internet et lui donne une profondeur cinématographique et philosophique.
Avec une mise en scène assurée, des acteurs justes et une ambiance qui vous colle à la peau, Parsons signe un premier long-métrage impressionnant. Le film ne se contente pas de faire peur, il nous regarde en face et nous demande si nous ne sommes pas déjà, sans le savoir, en train de nous perdre dans nos propres couloirs jaunes. C’est une proposition prometteuse qui est de bon augure pour la suite de la carrière de son réalisateur, et qui mérite d’être vue au cinéma, dans le silence et la lumière crue des projecteurs.







