Caractéristiques
- Titre : Proud
- Créé par : Karol Klementewicz et Monika Pęcikiewicz
- Avec : Ignacy Liss, Kamil Studnicki et Maria Sobocińska
- Saison : 1
- Année(s) de diffusion : 2026
- Chaîne originale : HBO Max
- Diffusion françaisee : HBO Max France
- Note : 7/10 par 1 critique
Récompensée par le Grand Prix et le prix du Meilleur acteur lors de l’édition 2026 de Séries Mania, Proud est une série polonaise créée par Karol Klementewicz et Monika Pęcikiewicz. Portée par Ignacy Liss, Kamil Studnicki et Maria Sobocińska, cette fiction en huit épisodes d’une quarantaine de minutes, diffusée à partir du 12 juin sur HBO Max, interroge la parentalité, les liens familiaux et la place des personnes LGBT dans une société où leurs droits demeurent vivement contestés.
Chronique d’une parentalité inattendue
Derrière son apparente assurance, Filip (Ignacy Liss) mène une existence faite d’excès et d’insouciance. Jeune mannequin, il enchaîne les fêtes, les rencontres d’un soir et les comportements impulsifs, persuadé que rien ne pourra bouleverser son quotidien. Mais lorsqu’un drame familial survient, il se retrouve brutalement confronté à une responsabilité qu’il n’avait jamais envisagée : prendre soin de sa jeune nièce d’un an, Tosia. Contraint de revoir entièrement ses priorités, il tente alors de concilier son besoin de liberté avec un rôle de parent improvisé auquel rien ne l’avait préparé.
La série prend le temps de montrer cette métamorphose sans jamais la rendre artificielle. D’abord présenté comme un personnage immature, agaçant et hermétique aux responsabilités, Filip accumule les erreurs. Il délègue constamment aux autres, se laisse dépasser par les événements et semble incapable d’organiser son quotidien. Son apprentissage de la parentalité est donc particulièrement chaotique, entre nuits écourtées, rendez-vous administratifs et visites de l’assistante sociale. Pourtant, derrière son arrogance se dévoile progressivement une profonde fragilité. À mesure qu’il apprend à s’occuper de Tosia, le jeune homme gagne en maturité et devient peu à peu un personnage auquel il est difficile de ne pas s’attacher.

Entre euphorie nocturne et vertige émotionnel
Cette évolution est portée par une mise en scène qui privilégie la proximité avec les personnages. La caméra à l’épaule accompagne leurs déplacements tandis que les très nombreux gros plans captent au plus près leurs émotions. Cette approche donne une grande intensité aux échanges entre Filip et Tosia, dont l’adorable complicité se construit avec beaucoup de naturel. Ignacy Liss livre une prestation tout en nuances, tour à tour charmeur, lumineux, ou maladroit, et rend parfaitement crédible l’évolution émotionnelle de son personnage.
Proud se distingue également par son importante dimension sensorielle. Les séquences en boîte de nuit, les lumières stroboscopiques, les corps qui se frôlent ou les scènes de sexualité explicites traduisent le mode de vie hédoniste de Filip avant que son existence ne bascule. La bande originale occupe une place essentielle, alternant morceaux planants et nappes sonores plus anxiogènes qui accompagnent les moments de doute. À plusieurs reprises, le mixage sonore isole le personnage du reste du monde, les voix s’effaçant au profit d’une bulle oppressante qui traduit son état psychologique. Cette mise en scène immersive s’accorde avec un rythme volontairement contemplatif, laissant respirer les scènes du quotidien, quitte à paraître parfois un peu étiré. Si cette lenteur permet de s’attacher davantage aux personnages, elle se fait en effet parfois au détriment d’une narration plus efficace et resserrée.

Une œuvre profondément politique sur la famille que l’on choisit
Au-delà de son récit intime, Proud s’inscrit dans un contexte politique particulièrement sensible. En choisissant pour héros un homme gay souhaitant obtenir la garde d’un enfant, la série aborde de front la question des droits LGBT dans une Pologne où ils restent largement remis en question. Filip comprend rapidement que son affection pour Tosia ne suffira pas. Pour espérer convaincre les institutions, il lui faut devenir parfait. Les préjugés, l’homophobie ordinaire et les attentes disproportionnées auxquelles il est confronté rendent son parcours d’autant plus difficile. Une scène mémorable impliquant une assistante sociale résume parfaitement cette tension, oscillant avec habileté entre un humour grinçant et un profond malaise.
La série dépasse toutefois le simple plaidoyer militant pour proposer une réflexion plus large sur la notion même de famille. Presque tous les personnages portent les blessures d’un passé familial douloureux, entre abandon, foyers d’accueil et relations conflictuelles. Face à ces modèles défaillants, Proud défend l’idée qu’une famille ne se résume ni aux liens du sang ni aux normes sociales. Amis, voisins et proches forment autour de Filip un véritable réseau de solidarité, tandis que la relation qu’il construit progressivement avec Tosia, comme celle qui naît avec l’un des hommes de son entourage, dessinent une autre manière de faire famille. Sans apporter de réponses toutes faites, la série interroge ce qui fait réellement un bon parent et rappelle qu’aimer, protéger et être présent comptent davantage qu’un modèle familial normé.
Portée par une mise en scène immersive et l’interprétation remarquable d’Ignacy Liss, Proud livre une réflexion sensible sur la parentalité, les familles choisies et la place des personnes LGBT dans une société encore profondément conservatrice. Malgré une certaine lenteur, cette fiction polonaise touchante et profondément humaine s’impose comme l’une des belles découvertes sérielles de l’année.




