Caractéristiques
- Titre : Teenage Sex and Death at Camp Miasma
- Réalisateur(s) : Jane Schoenbrun
- Scénariste(s) : Jane Schoenbrun
- Avec : Gillian Anderson, Hannah Einbinder, Amanda Fix, Arthur Conti...
- Distributeur : MUBI
- Genre : Horreur, Comédie
- Durée : 1h52
- Date de sortie : 17 septembre 2026
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- Note du critique : 5/10 par 1 critique
Après I Saw the TV Glow, Jane Schoenbrun revient avec Teenage Sex and Death at Camp Miasma, son troisième long-métrage. Présenté en avant-première mondiale en ouverture de la section Un Certain Regard du Festival de Cannes 2026, où il a remporté la Queer Palm, le film bénéficie d’une sortie limitée dans une vingtaine de salles françaises, avant son arrivée sur la plateforme de streaming MUBI.
Plongée sanglante au Camp Miasma
Après plusieurs suites de moins en moins inspirées et une popularité en berne, la franchise de slashers Camp Miasma, née en 1980, est confiée à la jeune réalisatrice queer Kris Williams (Hannah Einbinder), chargée de lui redonner un nouveau souffle. Malgré le caractère transphobe du concept original, elle nourrit un véritable attachement pour cette série qui a marqué son enfance. Son travail la conduit à rencontrer Billy Presley (Gillian Anderson), ancienne star du premier film désormais recluse dans les anciens décors du tournage. Au cœur de la saga se trouve « Little Death », le fantôme d’un adolescent non binaire noyé par d’autres jeunes de son camp de vacances, qui ressort régulièrement du lac pour massacrer les occupants des lieux. La rencontre entre les deux femmes va progressivement faire basculer Kris dans un univers où se mêlent désir, violence et hallucinations.
Teenage Sex and Death at Camp Miasma annonce d’emblée son goût pour le kitsch avec un geyser de sang et un générique retraçant, à travers des images d’archives fictives, la naissance, le succès puis l’essoufflement de Camp Miasma. Les extraits du premier acte reprennent une esthétique très marquée par les productions horrifiques des années 1980 et 1990, entre grain très présent à l’image, musiques rétro et couleurs saturées. Les décors en carton-pâte, avec des fonds parfois littéralement peints, les costumes et les produits dérivés participent à cette reconstitution volontairement artificielle. Jane Schoenbrun tourne ainsi en dérision les franchises exploitées jusqu’à l’épuisement à coups de suites et de reboots, n’hésitant pas à citer quelques grandes sagas du genre comme Halloween ou Scream.
Un slasher qui préfère faire rire que trembler
Avec ses routes enneigées, son lac inquiétant et le chalet isolé où se déroule une grande partie de l’action, Teenage Sex and Death at Camp Miasma semble disposer de tous les ingrédients d’un huis clos horrifique. Jane Schoenbrun préfère cependant détourner systématiquement ces codes. Les apparitions de « Little Death », les séquences en caméra subjective accompagnées de sa respiration pesante ou les jumpscare ne cherchent guère à provoquer la peur. Au contraire, les musiques totalement décalées, les arrêts sur image kitsch et les effets spéciaux caricaturaux transforment les meurtres en véritables numéros comiques. Une longue scène de massacre, montée comme un clip musical, pousse ainsi cette logique jusqu’à l’absurde. Tout est volontairement excessif, du jeu très appuyé des actrices à la musique, en passant par la sensualité exagérée de certains plans. Dommage, car nous n’aurions pas dit non à quelques authentiques frissons !
Le film développe parallèlement une importante mise en abyme, Kris et Billy passant de longs moments à regarder ensemble des extraits de Camp Miasma. Des segments entiers du film original s’intercalent ainsi dans le récit, tandis que les changements de point de vue et les allers-retours entre les deux époques soulignent le dialogue entre les deux œuvres. La jeune Billy timide et inexpérimentée du premier film fait également écho à Kris, qui cherche elle aussi sa place dans l’univers du cinéma. Les longues scènes dialoguées opposent son approche très intellectuelle à la simplicité assumée de la franchise, avec de nombreuses discussions autour de la représentation, du « wokisme » et de la nécessité de réinterpréter une œuvre ancienne. Si l’idée est intéressante, cette dimension méta ralentit considérablement le rythme, tandis que la parodie, omniprésente, finit par manquer de finesse.
Désir, monstruosité et identité queer
La rencontre entre Kris et Billy fait progressivement naître une attirance, les deux femmes occupant presque seules l’écran durant la majeure partie du film. Jane Schoenbrun filme leur désir avec une sensualité volontairement excessive, multipliant les gros plans sur les bouches, les peaux qui se frôlent ou les respirations appuyées, jusqu’à transformer une dégustation de nuggets en scène érotique. Cette approche n’est pas sans rappeler le voyeurisme traditionnel du cinéma d’horreur, souvent construit autour du regard masculin porté sur des jeunes femmes dénudées. En plaçant deux personnages féminins et queer au centre de son récit, la réalisatrice tente ainsi de déplacer ce regard et d’interroger les rapports entre sexe, genre et identité. La relation entre Kris et Billy, sans doute à cause de ce décalage comique constant, manque toutefois de crédibilité et peine à susciter une véritable émotion.
À travers sa relecture de Camp Miasma, Kris – et, par son intermédiaire, Jane Schoenbrun – cherche à aborder la pansexualité, l’identité queer et l’émancipation féminine, tout en questionnant le caractère transphobe du concept original. Le personnage de « Little Death » devient alors une figure de la monstruosité associée au rejet de ses camarades. Mais les explications sont souvent trop appuyées et le film intellectualise tellement ses enjeux que son propos finit par devenir difficile à cerner. Après une première moitié intrigante, le récit se disperse de plus en plus et s’achève dans un grand déferlement d’absurde. Une expérience atypique, très graphique et parfois amusante, mais dont les idées ambitieuses finissent par se perdre derrière cette mise en scène volontairement excessive.
Teenage Sex and Death at Camp Miasma reste donc une œuvre singulière, graphiquement généreuse et souvent amusante. Cependant, ses ambitions thématiques et sa mise en abyme finissent progressivement par prendre le dessus sur l’efficacité du récit, laissant une impression de rendez-vous manqué malgré une proposition résolument atypique.






