Contagion de Steven Soderbergh : critique du film

contagion-affiche1Soderbergh repousse l’heure de sa retraite

Cinéaste éclectique à la filmographie aussi diverse qu’impressionnante, Steven Soderbergh ne s’était encore jamais penché sur le film catastrophe. C’est désormais chose faite avec Contagion, thriller anxiogène des plus efficaces qui vient tirer le réalisateur de sa pré-retraite (il avait déclaré l’an dernier vouloir arrêter la réalisation pour se consacrer uniquement au montage). Avec son casting quatre étoiles (Marion Cotillard, Matt Damon, Laurence Fishburne, Jude Law, Gwyneth Paltrow et Kate Winslet…excusez du peu !) et son thème toujours d’actualité, le film a de quoi attirer les spectateurs en quête de divertissement de qualité, bien que critique et public se soient montrés assez réservés au sujet de cette dernière mouture du réalisateur d’Oceans Eleven.

Le sujet est certes des plus classiques et la promo révèle quelques ficelles (notamment qui est la première tête d’affiche à mourir), cependant, Contagion impressionne par sa maîtrise et sa réalisation immersive, belle et brute, aussi implacable que nerveuse. On est loin des blockbusters standard de type Alerte ! (1995), Soderbergh parvenant à conserver son esthétique « indé » pour la mettre au service de cette histoire hollywoodienne en diable. L’évolution du virus est présentée au fil des jours et des semaines (jour 2, jour 90…) avec un calme presque clinique qui n’en rend le film que plus angoissant.

Petits gestes du quotidien et paranoïa

 

contagion21Les chercheurs d’élite chargés de trouver une solution au fléau tentent de remonter jusqu’à la source du mal et visionnent des vidéos de surveillance pour guetter les moindres gestes de la première personne à avoir succombé au virus. C’est là que la caméra se fait la plus immersive et sensorielle, avec une approche documentaire des plus intéressantes. Il aurait été facile de garder la distance qu’implique la caméra de surveillance, tout comme il aurait été très conventionnel de tomber dans le cliché du flashback nostalgique où le tragique de la disparition du personnage central est appuyée. Il n’en est rien et ces petites séquences furtives et pleines de vie font partie des meilleures idées du film.

 

contagion61S’il reste très classique en ce qui concerne la propagation catastrophique du virus en lui-même, Contagion se montre extrêmement efficace lorsqu’il met l’accent sur les gestes les plus anodins du quotidien (se passer la main sur le visage après avoir touché un objet, grignoter des cacahuètes mises à disposition sur une table, s’accrocher aux barres métalliques des transports en commun…) pour faire monter l’angoisse et on peut dire qu’il s’agit là de son principal atout pour se démarquer. A tel point qu’on ne saurait que trop conseiller aux hypocondriaques, déjà en pleine panique au moment de la grippe H1N1, de ne pas aller voir le film. Le moindre geste, le moindre objet, le moindre contact est accentué et source de paranoïa. L’origine du virus et le geste ayant permis la transmission, eux, ne nous serons révélés qu’en toute fin, lors d’une séquence muette omnisciente qui nous fait enfin remonter au jour 1.

Un film catastrophe classique et maîtrisé

 

contagion71Sans être aussi abouti et maîtrisé que Traffic (2001), l’aspect choral de Contagion fonctionne très bien et ne fait jamais artificiel. Chaque personnage a sa complexité et ses moments marquants, il n’y a pas de véritable « star » malgré une affiche des plus impressionnantes. Le seul reproche que l’on pourrait faire de ce point de vue là est que la partie avec Marion Cotillard soit finalement trop mise en retrait et pas assez détaillée, alors que l’histoire et les enjeux demeurent complexes. Du coup, le spectateur finit par s’en détacher et reste sur sa faim quant à la conclusion de ce pan du récit, ce qui nuit un peu à l’ensemble.

 

contagion jude lawAprès un début choc très noir et anxiogène, le thriller retombe un peu plus sur les sentiers balisés du film catastrophe avec mise en quarantaine de la population, scènes de panique collective et morts par millions, mais cela ne constitue pas forcément une faiblesse. Il y a suffisamment de finesse et de bonnes idées pour que l’on reste assez loin des clichés et si le milieu du film n’est pas forcément bien innovant, la sensation de déjà-vu ne le plombe jamais. Le contre-emploi de Jude Law en blogueur conspirationiste et ambigu est même plutôt bien trouvé et donne lieu à des scènes que l’on ne trouve pas forcément dans les autres films du genre. Après, on pourra toujours regretter que la tension ne soit pas tout à fait aussi forte d’un bout à l’autre, mais dans l’ensemble, Contagion tient plus qu’honorablement ses promesses et constitue un exercice de style des plus plaisants pour Soderbergh. Sans être le film de l’année, il s’agit d’un excellent divertissement qu’on aurait tort de bouder.

 

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.
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