[Critique] Noise : Mon voisin le fantôme

Caractéristiques

  • Titre : Noise
  • Titre original : Noijeu
  • Réalisateur(s) : Soo-jin Kim
  • Avec : Lee Sun-bin, Kim Min-seok, Kyung-soo Ryu, Ryu Kyung-soo, Han Su-a...
  • Distributeur : KMBO
  • Genre : Epouvante-horreur, Thriller
  • Pays : Corée du Sud
  • Durée : 93 minutes
  • Date de sortie : 24 juin 2026
  • Acheter ou réserver des places : Cliquez ici
  • Note du critique : 7/10

Premier long-métrage du réalisateur sud-coréen Kim Soo-jin, Noise est un thriller horrifique porté par Lee Sun-bin et Kim Min-seok, qui exploite avec intelligence l’une des angoisses les plus universelles du quotidien : le bruit.

Une mise en scène sensorielle maîtrisée

Après avoir perdu le contact avec sa sœur cadette Ju-Hee, Yu-Joung découvre que cette dernière a mystérieusement disparu de son appartement. Malentendante, la jeune femme se lance alors dans une enquête qui la conduit au cœur d’un immeuble où les habitants semblent terrorisés par le moindre bruit. À mesure qu’elle cherche à comprendre ce qui s’est produit dans le mystérieux appartement 604, des événements étranges se multiplient…

L’une des grandes réussites de Noise réside dans l’utilisation particulièrement maitrisée du son. Le handicap de son héroïne n’est pas un simple élément de caractérisation. Il devient le moteur même de la mise en scène. Grâce à ses appareils auditifs, Yu-Joung oscille constamment entre deux perceptions du monde, tantôt envahie par les sons, tantôt plongée dans un silence presque total. Le spectateur partage cette expérience fragmentée : sifflements, grincements et autres bruits perturbants prennent alors une importance démesurée, tandis que l’absence de son devient elle-même source d’angoisse. Refusant la surenchère de jumpscares qui caractérise souvent le genre, le film développe une tension plus diffuse, nourrie par les décalages de perception et l’incertitude qu’ils engendrent.

© 2025 FINECUT Co.,Ltd. ALL RIGHTS RESERVED

Enquête oppressante au cœur d’un cauchemar urbain

Kim Soo-jin installe dès les premières minutes une atmosphère énigmatique particulièrement efficace. L’enquête menée par Yu-Joung autour de la disparition de sa sœur progresse par petites touches, multipliant les interrogations sans jamais trop en dévoiler. Le mystère entourant l’appartement 604 constitue le cœur du récit. Plusieurs incidents inquiétants semblent y être liés, tandis que les voisins adoptent des comportements de plus en plus étranges. Parmi eux, un résident obsédé par le bruit laisse régulièrement des messages menaçants sur la porte de l’appartement, contribuant à alimenter un climat de paranoïa grandissante. Entre disparitions suspectes et témoignages contradictoires, le film entretient adroitement le suspense.

Dans un cadre résolument urbain, composé de tours d’habitation denses et impersonnelles, la proximité forcée entre les habitants nourrit les tensions. Le sujet des nuisances sonores entre voisins est en effet particulièrement sensible en Corée du Sud. Kim Soo-jin s’en empare et nourrit son horreur de cette réalité sociale. Les longs couloirs déserts, les espaces confinés et même un inquiétant sous-sol encombré de déchets abandonnés participent à cette sensation permanente d’oppression. Quant à l’architecture rigide et symétrique des lieux, elle renforce encore l’impression d’enfermement et de surveillance qui accompagne chaque déplacement de l’héroïne.

image kim min seok noise
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Entre drame intime et horreur surnaturelle

Au-delà de son intrigue fantastique, Noise accorde également une place importante aux blessures personnelles de Yu-Joung, et notamment à sa relation distendue avec sa sœur. Quelques flashbacks discrets, caractérisés par une image légèrement altérée, reviennent sur leur passé commun ainsi que sur l’accident qui a coûté la vie à leurs parents. Sans jamais insister lourdement sur le drame, le film laisse percevoir la culpabilité qui habite encore la jeune femme et qui influence sa quête de vérité. Lee Sun-bin se montre particulièrement convaincante, parvenant à transmettre à la fois la fragilité et la détermination de son personnage. On pourra cependant regretter que le petit ami de Ju-Hee reste en retrait tout au long du récit, alors que son rôle aurait mérité un développement plus approfondi.

Sur le plan horrifique, Kim Soo-jin privilégie l’atmosphère aux effets spectaculaires. Les vues subjectives, les images issues de caméscopes ou de caméras de surveillance, ainsi que l’utilisation fréquente de cadres serrés suivis d’un élargissement progressif de l’image, participent à un travail constant sur le regard. La peur naît souvent d’une silhouette immobile dans l’arrière-plan ou d’une présence discrète tapie dans l’obscurité. Les jumpscare sont peu nombreux, mais d’autant plus efficaces lorsqu’ils surviennent. Certes, la dernière partie du film, davantage orientée vers le registre du récit de fantômes, se révèle moins convaincante que l’enquête qui la précède. Certaines apparitions monstrueuses peinent à rivaliser avec l’angoisse créée jusque-là par la suggestion. Malgré tout, la tension reste solidement maintenue jusqu’au dénouement.

Noise est donc un thriller horrifique efficace et divertissant, qui parvient à renouveler les mécanismes de la peur grâce à une utilisation intelligente du son et de la perception. Malgré quelques réserves concernant son dernier acte, Kim Soo-jin signe un premier long-métrage maîtrisé et oppressant, dont la singularité formelle suffit à le distinguer de nombreuses productions horrifiques contemporaines.

Article écrit par

Lorsqu’elle n’enseigne pas l’italien, Lucie Lesourd aime discuter de sa passion pour le cinéma, le théâtre et les comédies musicales. Spécialisée en littérature young adult et grande amatrice de polars et thrillers, elle rejoint Culturellement Vôtre en février 2020 pour y partager ses avis lecture et sorties culturelles. Depuis, elle est également devenue une (excellente) critique de cinéma et parle régulièrement de cinéma de genre (avec une prédilection pour les films d’horreur) et de cinéma d’auteur.

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