Caractéristiques
- Titre : Toy Story 5
- Réalisateur(s) : Andrew Stanton & McKenna Harris
- Scénariste(s) : Andrew Stanton & McKenna Harris
- Avec : (les voix originales de) Tom Hanks, Tim Allen, Joan Cusack, Greta Lee...
- Distributeur : The Walt Disney Company France
- Genre : Animation, Famille, Aventure
- Pays : Etats-Unis
- Durée : 1h42
- Date de sortie : 17 juin 2026
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- Note du critique : 8/10 par 1 critique
Après un 4ème volet assez convenu, répétitif et faiblard en 2019, Buzz l’Eclair, Woody, Jessie et leurs amis sont de retour dans Toy Story 5, réalisé par Andrew Stanton et McKenna Harris. Un nouveau volet qui marque également les 30 ans de la saga, l’une des plus prolifiques du cinéma d’animation, et signe un retour aux sources salvateur.
Fini le récit éclaté révélateur d’un scénario écrit par de trop nombreuses mains et l’émotion artificielle jouant sur la redite. Ici, l’équipe de Pixar revient aux fondamentaux et à une émotion plus pure, tout en s’intéressant à un sujet on ne peut plus d’actualité : la dépendance de plus en plus grande des enfants aux écrans dès le plus jeune âge via les jouets connectés.
Panique à bord ! Les jouets connectés débarquent
Toy Story 5 s’ouvre sur une armée de Buzz l’Eclair de dernière génération échoués au milieu de nulle part après qu’un carton de jouets soit tombé d’un camion. Ces jouets connectés partent immédiatement en mission de reconnaissance en se coordonnant grâce à leurs toutes nouvelles fonctionnalités. Cette ouverture donne le ton de ce nouveau métrage, entre aventures drôles et bien ficelées aux côtés des jouets et danger potentiel représenté par les nouvelles technologies pour les enfants. L’imagination des plus jeunes serait-elle menacée par une homogénéisation des pratiques de jeux, soudain dominées par des jeux en ligne pas toujours très intelligents, mais très populaires ? Et les enfants en âge d’avoir une tablette connectée peuvent-ils lutter sans être stigmatisés et mis à l’écart du groupe ?
Le scénario se penchera sur ces questions dans une partie de l’histoire à travers le personnage de Bonnie, toujours très attachée à ses jouets qu’elle met en scène dans des histoires toutes plus folles les unes que les autres, mais de plus en plus isolée de ses camarades, qui possèdent tous des tablettes de jeu connectées à travers lesquelles ils s’affrontent, discutent, et se donnent rendez-vous IRL (en vrai). Le reste de la trame narrative se focalisera sur Jessie et son histoire douloureuse de jouet autrefois abandonné. En effet, les parents de Bonnie, inquiets pour leur fille, ne tardent pas à lui acheter la tablette de jeu la plus populaire du moment, Lilypad, dans l’espoir qu’elle se rapproche des enfants de son âge. La petite fille est immédiatement hypnotisée par Lilypad, qui se place en rivalité directe avec Jessie, Buzz et la bande, faisant craindre à Jessie que Bonnie se détourne définitivement d’elle.
Un retour aux sources bienvenu pour Pixar
S’il ne réinvente à aucun moment la roue, Toy Story 5 marque un retour aux formes qui fait du bien pour Pixar et sa saga phare, dont on avait craint, après le 4, qu’elle se perde en développements inutiles, prétextes à relancer la machine sans que la vision et l’émotion soient véritablement au rendez-vous. Dans ce nouveau film, l’équipe parvient à se pencher sur une thématique actuelle (les nouvelles technologies) et à la traiter de manière drôle et intelligente, évitant tout poncif conventionnel et toute conclusion facile sur le sujet.
A travers cette trame, on ressent la solitude de Bonnie, qui commence à se sentir marginalisée car trop créative et bouillonnante d’émotions face à des enfants normatifs au possible. Elle adore toujours autant s’immerger dans des histoires et jouer « pour de vrai » tandis que les autres enfants forment un groupe homogène fondé sur la popularité, qui considère que jouer à autre chose qu’avec une tablette ou une console est réservé aux « bébés ». Cette évolution tient évidemment à l’âge de la petite fille et elle est traitée de manière très réaliste, indépendamment du sujet des nouvelles technologies.
En ce qui concerne ces dernières, les personnages des nouveaux jouets sont particulièrement réussis, qu’il s’agisse de la très hautaine Lilypad (qui agit davantage par ignorance que méchanceté) ou encore du jouet connecté abandonné de première génération, un « assistant de propreté » destiné à aider les enfants à aller seuls au pot, dont les répliques font mouche à chaque fois sans être de mauvais goût. A ce sujet, il est ici utile de mentionner que, une fois n’est pas coutume, nous avons découvert le film en VF et non en VO. Bien évidemment, les anciens et les « nouveaux » jouets devront finir par s’entendre et unir leurs forces respectives pour pouvoir venir en aide à Bonnie. Une logique simple, mais bien écrite et traitée, qui fonctionne parfaitement.
Une exploration tout en finesse du sentiment de solitude chez les enfants
Mais c’est au personnage de Jessie que l’on doit les plus beaux moments de Toy Story 5. Le scénario revient aux origines de l’histoire de Jessie, que nous avions découverte dans le 2 au moment de l’apparition du personnage, abandonnée par Emily, le premier enfant auquel elle appartenait, pour mieux la développer et nous permettre de comprendre l’impact émotionnel qu’un possible nouvel abandon pourrait avoir sur la cowgirl, qui succède à Woody (resté avec la bergère à la fin du 4) en tant que leader du groupe. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le résultat est tellement réussi qu’il est bien difficile de retenir ses larmes à plusieurs moments du film.
Une émotion dont l’intensité s’explique par une excellente écriture et une animation et une réalisation réussies. Surtout, le film s’intéresse, à travers la relation entre Bonnie et Jessie, mais aussi la relation de la petite fille au jeu, à cette période de l’enfance délicate où un enfant a encore besoin de jouer mais se sent de moins en moins autorisé à le faire, où il va commencer à rogner des parties de sa personnalité pour pouvoir s’intégrer – souvent au détriment de sa créativité. Les artistes de Pixar ont de toute évidence gardé un lien très fort à l’enfance, ce qui leur a permis de créer plusieurs chefs d’œuvres et, dans ce cinquième opus, ils parviennent à retrouver à la fois toute la pureté de cette période, mais aussi le sentiment de déception et la tristesse de constater que la sensibilité, l’originalité et l’imagination, autant de qualités qui constituent des forces, sont souvent considérées par les autres enfants comme une « bizarrerie » en grandissant – parce que eux-mêmes ressentent une pression grandissante à se conformer au comportement dominant. Comment un enfant peut-il oser aller vers les autres et nouer un lien authentique avec eux quand sa sensibilité semble être en décalage avec celle des autres enfants, surtout préoccupés par le fait d’être intégrés au groupe ?
Le retour de Jessie dans le passé et dans sa première maison sera également pour elle l’occasion de faire la paix avec son histoire et son traumatisme originel et, pour le film, de parler de transmission. Et d’évoquer l’importance de cette période dans la vie, dont on ne prend souvent conscience que bien plus tard, une fois devenus adultes, lorsqu’on devient soi-même parent (ou pas). Et c’est clairement là que le film est le plus bouleversant quand bien même, malgré ce qu’on a pu lire ici ou là sur les réseaux sociaux, le personnage d’Emily ne revient pas.
« You’ve Got a Friend in Me » : une ode à l’amitié
Et puis, évidemment, Toy Story 5 est encore et toujours une ode à l’amitié. L’amitié entre enfants, sujet source de souffrance quand un enfant est victime de rejet comme Bonnue ici, est montrée comme précieuse lorsqu’elle est sincère et authentique, fondée sur une véritable complicité. L’autre petite fille dont nous faisons la connaissance dans ce cinquième volet possède des qualités similaires à celles de Bonnie, et le fait que leur rencontre véritable soit retardée ne fait que renforcer l’émotion finale.
L’univers de Toy Story étant évidemment centré sur les jouets et leur point de vue, la thématique autour de l’amitié est également davantage développée à travers leurs rapports, qu’il s’agisse des jouets réunis autour de Buzz et Jessie chez Bonnie ou du rôle de Woody, qui a quitté le groupe à la fin du 4 avant de revenir leur donner main forte ici. C’est du coup aussi l’occasion pour les scénaristes d’aborder des questions qui peuvent toucher les enfants comme les adolescents (et, évidemment, les adultes), comme les liens que l’on garde avec certains amis lorsque ces derniers s’éloignent ou déménagent ou encore le passage de l’amitié à l’amour. Le tout de manière légère, drôle et attachante, même si le gros du scénario et des enjeux de ce 5ème métrage est concentré sur la rivalité entre jouets traditionnels et connectés et le parcours émotionnel de Jessie.
Cette focalisation sur le personnage de la cowgirl et sa peur d’être considérée comme « inutile » est par ailleurs cohérente avec la thématique des nouvelles technologies puisque le film pose la question : les jouets traditionnels (poupées et figurines « lambda ») sont-ils véritablement dépassés et destinés au rebut à cause de la dépendance grandissante des enfants aux technologies numériques ? Ni naïf ni bêtement alarmiste, le film sait poser des questions pertinentes et mettre en valeur les dynamiques de groupe chez les enfants en parlant de sujets importants comme le harcèlement, sans jamais tomber dans la facilité de décrire la jeune génération comme « stupide ». En ce sens, le film devrait parler aux enfants de 8-11 ans et sa vision pourra être l’occasion pour les parents d’ouvrir le dialogue à ce sujet.
Un film d’animation plus intimiste
Côté réalisation, Toy Story 5 retrouve là aussi une vraie cohérence après le 4. Il ne cherche à aucun moment l’innovation, ce qu’on pourrait difficilement lui reprocher : les 3 premiers films formaient une trilogie solide qui a permis à Pixar beaucoup d’explorations et expérimentations formelles, avec des hommages inoubliables au cinéma de genre si bien que, dans la forme, il serait difficile d’aller plus loin. Cependant, Andrew Stanton garde le parti pris de rendre hommage à différents genres cinématographique en se plaçant à hauteur d’enfant. La différence la plus notable, ici, tient à une certaine hybridation comique des genres puisque Bonnie et l’autre petite fille adorent jouer en mélangeant les registres dramatiques. On passe ainsi du film d’espionnage à la tragédie, sans oublier la comédie romantique infusée de vaudeville.
La dimension aventure est quant à elle toujours bien gérée mais, pour ce cinquième volet, Pixar a fait le choix de rester sur une tonalité plus intimiste qui fait que, de facto, la réalisation ne cherche pas l’esbroufe ni à se faire plus épique que nécessaire – ce qui est une excellente chose.
Enfin, on saluera de nouveau le travail de Randy Newman sur la musique, toujours aussi réussie, et la chanson du film, « I Knew It, I Knew You » écrite et interprétée par Taylor Swift, qui représente ici un pendant lumineux à la très mélancolique « When She Loved Me » par Sarah MacLachlan dans Toy Story 2.
Ode à l’enfance, à l’amitié et à la créativité qui en découle, Toy Story 5 signe un joli retour aux sources pour la saga de Pixar à l’occasion de ses 30 ans. L’intensité de l’émotion de l’histoire de Jessie n’a d’égale que la drôlerie des répliques et la justesse du propos autour des nouvelles technologies et du comportement des enfants lorsqu’ils grandissent, ce qui en fait le 3ème meilleur opus de la saga derrière le 1 et le 3. Après la baisse de régime relevée sur Toy Story 4 (premier opus sans John Lasseter), l’équipe de Pixar semble avoir retrouvé l’inspiration en se penchant sur ce qui leur a probablement donné envie de faire ce métier, et cela se ressent dans ce film pétri de tendresse et de nostalgie.









