les garçons et Guillaume à table de Guillaume Gallienne (2013)Après le raz-de-marée des Césars (le film a remporté 5 des trophées les plus prestigieux dont Meilleur Film et Meilleur Acteur), Les garçons et Guillaume, à table ! est ressorti pour l’occasion au cinéma. L’occasion de combler mon retard et de voir enfin ce film dont tout le monde parlait en des termes élogieux. Et si j’ai en effet beaucoup aimé ce récit initiatique plein d’humour, de tendresse et d’auto-dérision sur un homme à la recherche de son identité, j’ai malgré tout trouvé que toute cette agitation avait été un peu gonflée mine de rien et le film surévalué – ce qui ne lui enlève aucunement ses qualités, réelles.

Tout sur ma mère… et moi

les-garcons-et-guillaume-a-table-guillaume-gallienne

Guillaume est un adolescent timide et maladroit qui vit dans les jupes de sa mère, une grande bourgeoise au fort caractère, l’admirant à tel point qu’il l’imite et se réjouit constamment qu’on trouve des ressemblances entre eux. A l’heure où tout ado est à la recherche de son identité, Guillaume, efféminé et amoureux d’un garçon, ne se considère pas comme homosexuel. Non, il se considère plutôt comme une fille et prend exemple sur les femmes qui l’entourent, malgré la réprobation de son père. Le film montre le difficile et touchant apprentissage du jeune homme qui devra se dissocier de sa mère tant aimée pour se trouver tout en faisant fi du regard des autres? Guillaume Galienne interprète à la fois son propre rôle et celui de sa mère, en faisant un véritable festival Galienne à lui tout seul, assez impressionnant soit dit en passant puisque drôlerie et justesse de ton s’allient dans cette comédie qui aurait pu sombrer dans le cabotinage entre d’autres mains (on imagine bien une version américaine bien lourde et vulgaire, par exemple).

Le film, qui s’ouvre sur l’acteur s’apprêtant à monter sur scène pour son one-man show autobiographique, reste toujours simple : Guillaume nous raconte son histoire et celle-ci s’achève lorsque passé et présent se rejoignent et qu’il monte sur scène pour la première fois pour son spectacle, sa mère assistant à celui-ci et ayant l’occasion pour la première fois d’entendre l’influence qu’elle a eu sur son fils de la bouche même de celui-ci. Entre-temps, Guillaume, que l’on ne voit pas vieillir (c’est un élément théâtral, en fin de compte, que celui-ci reste tel qu’il est dans le passé et dans le présent, même lorsqu’il est censé être adolescent), traverse tout un tas d’épreuves comme la rencontre d’un premier amour, des séjours en pensionnat et les relations parfois compliquées avec les proches. L’écriture est fine, c’est souvent drôle, toujours touchant et on ne s’ennuie pas. Tous les éléments sont donc réunis pour passer un bon moment et le film parvient toujours à faire sourire, même lorsque certains gags emportent moins l’adhésion. L’utilisation de la musique est par ailleurs brillante, on retiendra par exemple une excellente utilisation de la chanson « Don’t Leave Me Now » de Supertramp.

Une fin touchante mais un peu trop simple ?

les-garcons-et-guillaume-a-table-guillaume-gallienne-2013

Reste la fin : on a l’impression de quitter Guillaume un peu trop tôt et du coup, la fin, cohérente mais un peu trop simple, laisse quelque peu sur la faim. Et puis cet arrêt sur image très moche sur la carte que lui laisse sa maman avant qu’il monte sur scène n’est pas du meilleur effet. Bref, c’est sans doute tout à l’honneur de Guillaume Gallienne que j’ai trouvé le film un peu court, mais je persiste à penser que cette fin aurait mérité d’être davantage fignolée.

Comme vous l’aurez compris, Les garçons et Guillaume, à table ! est un film des plus attachants mais qui, à mon humble avis, ne méritait pas autant d’honneurs aux Césars, en particulier un doublé Meilleur Premier Film (justifié) et Meilleur Film, qui a laissé sur le carreau d’excellents films qui ne se sont pas vraiment distingués durant la cérémonie alors qu’ils le méritaient tout autant voire plus. Ce qui m’a gênée, en fin de compte, c’est que pour un film aussi acclamé, je n’ai pas été aussi emballée que ça ou ne trouve pas tant de choses à dire que ça si ce n’est qu’il s’agit d’une comédie attachante, bien écrite et bien jouée… ce qui n’est déjà pas si mal que ça. Le coeur du film est bien là, mais, si la déclaration d’amour finale à sa maman est simple et touchante, j’aurais aimé être davantage emportée par une fin plus travaillée. Reste dans tous les cas un bon film.

  

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.