image pankapu episode 1Caractéristiques

Test

S’il est un regret que nous avons sur Culturellement Vôtre, c’est de ne pas assez parler de la scène vidéoludique indépendante. Qu’on se le dise, 2017 changera la donne : nous irons beaucoup plus vers cette production fourmillante proposant évidemment du bon (Furi, Downwell, Fenix Furia)… et du moins bon (Coffin Dodgers). En abordant Pankapu Épisode 1, premier soft sorti par le développeur français Too Kind Studio (composé de cinq personnes !), toute la question était de savoir où allait s’arrêter le curseur : un soft plein de qualités, ou blindé de tares ? La réponse se trouve pile au milieu…

Histoire : 3/5

Pankapu Épisode 1 se démarque de par sa narration d’une belle qualité. L’histoire, en elle-même, est plutôt classique : tout part de l’ébranlement d’un petit garçon nommé Djaha’rell, qui vient de vivre un tragique incident. Afin d’aider son fils à retrouver la paix intérieur, le père de cet enfant lui raconte un conte merveilleux, celui qui met en scène Pankapu. Dans le monde d’Omnia, le dieu des rêves Iketomi vient de créer ce petit gardien qui donne son nom au jeu, et la mission est simple : sauver cet univers d’un assaut de cauchemars terrifiant.

Pankapu Épisode 1 est donc un jeu qui donne à vivre une histoire dans l’histoire, avec une profondeur de lecture évidente. En effet, et sans vous en spoiler plus que de raison, un lien va se tisser entre le destin de Pankapu et celui de Djaha’rell, une attache évidente mais assez touchante pour créer l’émotion chez le joueur, sans pour autant le prendre en otage. C’est d’ailleurs là une des réussites de Too Kind Studio, qui évite le piège du « tire-sentiment ». Lequel, parfois, plombe certaines productions indépendante, il faut bien se l’avouer. On apprécie aussi la méthode de narration, qui fait appel tout autant au conteur qu’au fil conducteur interne au gameplay.

Comme vous l’aurez remarqué, Too Kind Studio a opté pour une division de son jeu en épisodes, deux pour être plus précis. Pankapu Épisode 1 se termine donc sur une fin qui appelle une suite, et cela peut créer un petit sentiment de frustration. La forme épisodique, si elle peut s’adapter à certains genres (encore que, on n’en est vraiment pas convaincu), est plutôt mal perçue pour un soft action-platformer, genre qui fait appel à la progression du joueur tout autant qu’à celle du récit. Dès lors, on ne peut s’empêcher de ressentir une sorte de privation alors que Pankapu Épisode 1 se termine, quand bien même on a vécu une bien belle première moitié d’aventure. La chose peut aussi se lire de la sorte : on est si bien dans le trip qu’en sortir prématurément est un regret.

Gameplay : 3/5

image test pankapu episode 1

D’une manière générale, Pankapu Épisode 1 se joue avec aisance. Les différentes features forment un système de jeu simple, peut-être un peu prudent, mais tout à fait fonctionnel et plaisant. Véritable action-platformer dans l’esprit, le soft permet évidemment de sauter, de donner des coups, et de se protéger grâce à un bouclier. Ces trois actions seront bientôt complétées par d’autres plus pointues : les coups spéciaux qui, contre un peu d’énergie magique, permettent par exemple de balancer notre arme dans un mouvement de boomerang apte à liquider des ennemis autrement inatteignables. Rien de bien original, mais c’est assez « carré » pour que le joueur ait le plaisir des sensations familières.

Alors que Pankapu Épisode 1 s’installe peu à peu dans un petit confort certes loin d’être désagréable mais tout de même flagrant, Too Kind Studio lance la transformation de notre avatar. Appelée Égide, son apparence peut donc changer et, dans le même temps, son équipement se renouveler. Ainsi, quand vous aurez débloqué la forme « Fougue », Pankapu ne sera plus armé d’une épée mais d’un arc, et le bouclier fera place à une esquive efficace. Attention, car certaines hitbox nous paraissent assez déstabilisantes, et il est clair qu’un manque de précision peut parfois se faire ressentir, notamment chez les blobs. Il va donc falloir jongler entre les transformations, au sein de niveaux au level design soufflant le chaud et le froid.

En effet, les niveaux de Pankapu Épisode 1 vont parfois se faire ressentir comme une véritable promenade de santé, puis devenir d’une difficulté beaucoup plus conséquente (sans ne jamais être hardcore, c’est à préciser). Le rythme en lui-même n’est pas spécialement critiquable, c’est plutôt la manière dont Too Kind Studio a pensé la progression qui pourra surprendre même si, au final, le joueur s’adapte très bien. La preuve ? On revient facilement visiter chacun des niveaux, avec un réel plaisir, histoire de trouver tous les Mudjins, parfois accessibles uniquement après avoir débloqué certains pouvoir. On apprécie ce petit côté Metroidvania, qui contribue à faire de Pankapu Épisode 1 un soft plaisant à jouer mais pas exempt de tout reproche.

Technique et ambiance sonore : 4/5

image too kind studio pankapu episode 1

Pankapu Épisode 1 a bien failli obtenir la note maximale, sans ces deux ou trois bugs rencontrés. Pas de quoi fouetter un chat certes, mais tout de même notables. De même, cela manque peut-être un peu de diversité dans les skins des ennemis et l’apparence des obstacles (ah, ces ronces). Maintenant qu’on a signalé ces légers accrocs, partons dans une envolée lyrique : Too Kind Studio rend un résultat d’une beauté de tous les instants. La direction artistique est maîtrisée d’un bout à l’autre, les couleurs flamboyantes sont un véritable plaisir pour les rétines. Les animations sont, elles aussi, caractéristiques d’un gros effort effectué sur ce pur aspect visuel, faisant du monde d’Omnia l’univers onirique qu’il se devait d’être. Les décors se renouvellent bien, et on apprécie ce travail sur les différents plans, ainsi que sur la profondeur. Pankapu Épisode 1 nous enchante du début à la fin.

Côté sons, comment ne pas signaler les partitions du duo formé par Ganaé (dont Pankapu est la première BO) et… Hiroki Kikuta, l’éternel compositeur du chef-d’œuvre Secret of Mana. On conseille de jouer à Pankapu Épisode 1 au casque, histoire de profiter des mélodies au calme, elles le méritent. Quant au doublage, écrivons que la voix du narrateur peut surprendre de par son intonation grave, mais globalement on est dans de l’ambiance sonore de qualité, avec juste ce qu’il faut de bruitages pour ne pas qu’ils deviennent trop intrusifs.

Durée de vie : 3/5

image steam pankapu episode 1

Le prix de Pankapu Épisode 1 (4.99 euros) fait que l’on obtient un rapport qualité-prix du contenu dans la moyenne de ce genre de soft. Pour en voir le bout à 100%, comptez sur quatre heures de jeu. Ce qui reste honnête sans non plus casser le plafond.

Note finale : 13/20

Premier jeu des frenchies de chez Too Kind Studio, Pankapu Épisode 1 compose avec ses défauts et ses qualités pour nous rendre un travail prudent mais pas exempt de tout reproche côté gameplay, et carrément enchanteur dans sa direction artistique. La décision de donner au soft un format épisodique porte atteinte à sa durée de vie, même si celle-ci se trouve bonifiée par un prix rikiki. Au final, ce premier épisode de Pankapu s’inscrit dans ce que le jeu indé peut typiquement nous apporter : une expérience certes parfois imparfaite mais tout à fait plaisante, et même attachante. Du coup, on attend la suite avec une certaine curiosité. 

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Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
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