[Critique] Arrietty, le petit monde des chapardeurs : Une fable charmante pour un Ghibli mineur

Caractéristiques

  • Titre original : Kari-gurashi no Arietti
  • Réalisateur(s) : Hiromasa Yonebayashi
  • Distributeur : The Walt Disney Company France
  • Genre : Animation, Famille
  • Nationalité : Japonais
  • Durée : 1h34
  • Date de sortie : 12 janvier 2011

Un léger goût d’inachevé

Arrietty et sa famille sont des “petites personnes”, des êtres humains miniatures qui vivent cachés des grandes personnes qui pourraient leur nuire s’ils venaient à être découverts. Ils vivent dans une maison de poupée aménagée avec des objets récupérés chez les humains à leur insu. Alors qu’elle récupère une feuille de shiso dans le jardin, Arrietty est aperçue par Sho, un adolescent gravement malade qui vient d’arriver chez sa grand-mère. A l’insu de ses parents, qui s’inquiètent à l’idée d’être découverts, elle va se lier d’amitié avec lui…

Un nouveau dessin animé des studios Ghibli, comme dans le cas de Pixar, donne toujours l’impression d’un cadeau de Noël : on est excités à l’idée de le découvrir, toujours surpris et presque à coup sûr emballé. Bien qu‘Arrietty, le petit monde des chapardeurs n’ait pu être réalisé par Hayao Miyazaki en raison de son âge, nous l’attendions donc de pied ferme.

Et, si nous avons dans l’ensemble bien aimé ce dix-huitième long-métrage des célèbres studios, dans lequel on retrouve toute la finesse visuelle et la sensibilité qui caractérisent leurs oeuvres, Arrietty reste malheureusement en deçà de nos attentes. L’histoire, charmante, tourne un peu court, et n’est pas aussi intense qu’un chef d’oeuvre tel que Le voyage de Chihiro (2001). On s’intéresse malgré tout aux personnages et Arrietty, comme toutes les héroïnes Ghibli, est intelligente, espiègle et son amitié improbable avec le jeune Sho, un adolescent gravement malade, est des plus prenantes et émouvantes… Mais on ne peut s’empêcher de penser, pendant la majeure partie du film, qu’il manque un petit quelque chose pour que la magie opère véritablement.

Petites faiblesses narratives pour une jolie fable

image petite fille derrière feuille arrietty le petit monde des chapardeurs studios ghibli

Pour commencer, le film regorge de dialogues trop explicites qui rendent l’honorable message écologique conventionnel et un brin gnan-gnan. Ponyo sur la falaise (2008) était aussi une fable environementale adressée à un plus jeune public, mais la métaphore était autrement plus développée, moins martelée. Est-ce en raison de l’implication des studios Disney, qui auraient pu faire pression en ce sens ? On l’ignore, en tout cas, le message du film ne méritait pas d’être surligné ainsi, l’intrigue le rendant déjà perceptible de manière assez subtile.

image fillette minuscule vieille femme arrietty le petit monde des chapardeurs ghibli

Un autre élément qui nous a laissé sur notre faim concerne la motivation de la “méchante”, la bonne de la famille, qui cherche à mettre la main sur les petites personnes (Arrietty et sa famille) pour les capturer. Ce personnage est très bien animé, drôle et donne lieu à de beaux moments de suspense dans la dernière partie du film, mais on ne saura jamais pourquoi il se comporte ainsi. Pense-t-elle pouvoir retirer de l’argent de ces créatures mythiques, les exposer à la vue de tous ? Ou bien agit-elle de la même manière qu’un enfant face à des insectes : cruelle et curieuse à la fois, elle se plaît peut-être à exercer son pouvoir et sa supériorité sur des êtres sans défense qui ressemblent à des poupées ?

image garçon arrietty le petit monde des chapardeurs ghibli

Nous penserions plutôt pour cette deuxième option, en effet intéressante, mais l’intrigue est conduite de telle manière que cette absence de motivation, d’explication, fait tâche et frustre le spectateur. Après que la vieille dame ait enlevé la mère d’Arrietty pour l’enfermer dans un bocal dans son placard de cuisine et fait appel à des dératiseurs pour débusquer le reste de la famille, la tension étant à son comble, on s’attend logiquement à une révélation de type : elle traque en fait les petites personnes depuis des années, et a capturé les familles qui avaient disparues peu après la naissance d’Arrietty pour constituer une effrayante collection de créatures captives. Cela n’est cependant même pas le cas, et il est difficile de ne pas penser que les nombreuses possibilités narratives et dramatiques de l’histoire n’ont pas été utilisées à leur plein potentiel.

maison de poupées enfants vieille dame arrietty studios ghibli

De plus, alors qu’on a l’impression que le suspense vient à peine de démarrer et qu’on est d’appétit pour un climax bien palpitant, le film s’arrête là. Bien sûr, nous ne reprochons pas aux studios de ne pas avoir donné au public la fin qu’il aurait pu espérer – à savoir qu’Arrietty et les siens puivent vivre éternellement dans la chambre de Sho en parfaite harmonie avec les humains dans une adorable maison miniature – car cela aurait été à l’encontre du message du film, dans un sens. Les petites personnes, toutes mignonnes, sont des êtres vivants et non des poupées.

Nous avons eu beaucoup de plaisir à les suivre durant tout le film dans leur univers miniature très proche du nôtre où certains objets quotidiens sont détournés de manière astucieuse, cependant, ils ne sont pas humains et leur dépendance à ces derniers est la raison pour laquelle ils sont en voie d’extinction. Le dénouement se devait donc d’en tenir compte. Mais il est dommage que le film, mal équilibré au niveau de l’évolution de l’intrigue, laisse quelque peu le spectateur en plan.

Un univers visuel toujours aussi riche

image héros arrietty le petit monde des chapardeurs ghibli

Malgré cela, Arrietty comporte suffisamment de qualités pour qu’on puisse passer un agréable moment. L’univers visuel est comme toujours très riche et les décors, plus particulièrement, sont sublimes avec des arrière-plans qui sont comme autant de peintures. Par leur taille, la famille de la jeune fille est obligée de s’aventurer chez les humains pour chaparder à leur insu des choses de moindre utilité pour eux, mais vitales pour les petites personnes : des kleenex, une aiguille, du sucre en morceaux, des feuilles de shiso… Au début du dessin, Arrietty, qui a quatorze ans, accompagne pour la première fois son père dans sa chaparde nocturne, ce qui donne lieu à une scène remarquable, très inventive et pleine de suspense. La manière dont la maison de la grand-mère de Sho devient un véritable terrain d’aventures rocambolesques est tout à fait jouissive. Une simple aiguille devient une épée redoutable contre les cafards et rongeurs et des clous plantés à intervalles réguliers dans une poutre se transforment en dangereux pont.

image grenier arrietty le petit monde des chapardeurs ghibli

L’animation en elle-même est à la hauteur : j’ai déjà évoqué celle de la bonne, bluffante (il faut la voir marcher avec ses énormes chaussons en traînant des pieds ou chanceler), il faut rajouter celle de la mère d’Arrietty, craintive, dont les mimiques et la gestuelle effarée sont à se tordre de rire. Le chat dodu de la famille, comme tous les animaux présents dans les dessins Ghibli, est lui aussi très drôle et son animation, très réaliste, est un vrai ravissement. On pourra cependant regretter la trop grande simplicité des traits de Sho, qui rappelle un peu certains dessins animés japonais (par ailleurs très bons) destinés au marché occidental qui passaient à la télé dans les années 80-90. Cela ne nuit pas, cependant, à la crédibilité de la relation entre l’adolescent et Arrietty.

image arrietty se coiffe dans une goutte de rosée film ghibli

Au final, Arrietty, le petit monde des chapardeurs est un bon dessin animé, réalisé avec soin, mais qui ne s’élève pas au niveau des oeuvres précédentes des studios Ghibli. L’intrigue, pleine de tendresse, est moins complexe et moins aboutie qu’à l’accoutumée et la fin, cohérente mais abrupte, laisse le spectateur sur sa faim. A voir, mais sans en attendre un chef d’oeuvre du calibre du Voyage de Chihiro.

6/10

Réactions (3)

  1. Je vais essayer de le voir aussi avant qu’il sorte de l’affiche.

    A noter que c’est Cécile Corbel, une chanteuse/harpiste française qui a composé la BO de ce nouveau film du studio Ghibli.

  2. Oui tu as soulevé les points qui m’ont également un peu gêné (surtout certains dialogues trop explicites ou moralisateurs).

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