[Critique] Mary et la fleur de la sorcière : Une jolie fable dans l’esprit Ghibli

Caractéristiques

  • Titre original : Meari to majo no hana
  • Réalisateur(s) : Hiromasa Yonebayashi
  • Distributeur : Diaphana Films
  • Genre : Animation, Fantastique, Aventure
  • Nationalité : Japonais
  • Durée : 1h43
  • Date de sortie : 21 février 2018

Un hommage à Miyazaki un peu trop appuyé…

Pour lancer le studio d’animation Ponoc, qu’il a co-fondé en 2015 en compagnie du producteur Yoshiaki Nishimura, le réalisateur Hiromasa Yonebayashi (Arrietty et le petit monde des chapardeurs, Souvenirs de Marnie) a décidé d’adapter un roman jeunesse de Mary Stewart faisant la part belle à la magie. Le résultat est à mi-chemin entre des oeuvres d’Hayao Miyazaki telles que Kiki la petite sorcière, Le château dans le ciel et Le voyage de Chihiro, mais aussi des univers plus occidentaux comme Harry Potter. Un mélange plutôt réussi, même si les adultes pourront regretter que l’hommage de cet ancien de Ghibli à son maître soit un peu trop appuyé, donnant par moments l’impression que le réalisateur japonais s’efforce de réunir tous les ingrédients faisant le charme du célèbre studio pour en retrouver la magie plutôt que de trouver une patte plus personnelle.

Ainsi, les designs du chat noir ou de Madame Mumblechook sont très proches de certains personnages de Miyazaki, tandis que de nombreux éléments d’intrigue (la cité flottante, la morale autour de la nature et le danger qu’il y a à la changer…) sont également directement extraits de son oeuvre, quoique retravaillés en fonction des besoins de l’histoire. Un petit manque d’originalité qui peut faire sourciller, mais qui est en partie rattrapé par la qualité réelle de l’animation et le charme qui se dégage de l’ensemble.

Un joli conte initiatique imprégné de magie

image fontaine madame mumblechook mary et la fleur de la sorcière
© Diaphana

A défaut d’être aussi drôle et poignant que les films qu’il prend en modèles, Mary et la fleur de la sorcière apparaît comme un charmant conte initiatique dans lequel une petite fille curieuse mais peu sûre d’elle (car complexée par sa chevelure rousse rebelle) aura l’occasion de vivre sa propre aventure le temps d’une journée. Elle parviendra à s’affirmer, à prendre confiance en ses capacités et, en fin de compte, à se prouver sa valeur, tout en portant secours à ses proches et à des animaux ensorcelés victimes des dangereuses expériences de sorciers ivres de pouvoir.

Après une impressionnante séquence d’ouverture dans laquelle une jeune fille rousse vole de mystérieuses graines au nez et à la barbe d’inquiétantes créatures qui s’élancent à sa poursuite, nous faisons ainsi la connaissance de Mary, une petite fille de 11 ans agitée et rêveuse, mais extrêmement maladroite, qui vit avec sa grand-mère et ses domestiques dans une belle maison de campagne. Alors qu’elle se promène dans la forêt malgré les mises en garde du jeune Peter, un couple de chats, Tib et Gib, la conduisent jusqu’à une prairie où elle découvre d’étranges et magnifiques fleurs bleues à clochette dont elle s’empresse de cueillir une tige. Le soir-même, des bruits étranges résonnent et la chatte grise disparaît mystérieusement tandis que son compagnon se réfugie chez Mary. Lorsqu’elle retourne dans la prairie le lendemain, la petite fille découvre un balai accroché à un arbre, qui se met à voler après qu’elle ait absorbé le pouvoir des fleurs magiques. Elle se retrouve alors par erreur dans la prestigieuse école de magie Endor, dans une cité flottante…

Une réflexion autour de l’impact de l’homme sur la nature

image mary peter tib gib mary et la fleur de la sorcière
© Diaphana

La présentation de l’école, qui dure une petite vingtaine de minutes, émerveillera à coup sûr les enfants : avec ses décors féériques et ses salles peuplées d’élèves lançant toutes sortes de sorts, la magie est bel et bien au rendez-vous. Mary se révèle être une sorcière extrêmement puissante grâce à ses pouvoirs nouvellement acquis, ce qui donne lieu à des scènes drôles et divertissantes, visuellement abouties. La trame plus inquiétante de l’intrigue (les expériences ratées avec les animaux) apparaît tout de suite après, si bien que l’on ne s’intéressera plus du tout à l’école de magie d’Endor par la suite, ce qui pourrait apparaître comme une fausse piste un rien frustrante. Une fois la véritable nature de ses professeurs révélée, Mary, qui a été démasquée, devra les affronter afin de sauver Peter et les animaux.

image vol balai mary et la fleur de la sorcière
© Diaphana

Le style naïf de l’oeuvre s’estompe alors en partie pour laisser place à une réflexion sur les transformations de la nature par l’Homme, qui finissent toujours par se retourner contre lui. Sans parvenir au même lyrisme qu’un Princesse Mononoké, Hiromasa Yonebayashi s’en tire avec les honneurs, grâce à des scènes de métamorphoses et d’affrontement visuellement marquantes, et des méchants suffisamment nuancés pour susciter notre intérêt. En effet, ces magiciens ne pensent qu’aux progrès que leurs découvertes pourraient apporter au monde, quand bien même les conséquences de leur utilisation de la magie sont catastrophiques. Ayant déjà échoué à plusieurs reprises, ils sont persuadés que le prochain essai sera le bon. Ce thème est traité avec justesse, de manière à être facilement assimilable par le jeune public. Cependant, en raison de la plus grande noirceur de la seconde partie, le film n’est pas conseillé aux enfants de moins de 6 ans.

Au final, Mary et la fleur de la sorcière est un joli film d’animation qui saura apporter du rêve et une certaine émotion aux petits comme aux grands. Si l’on regrettera certains partis pris arbitraires (la grand-tante de Mary est une sorcière, mais pas elle, par exemple) et la trop grande dépendance de la production vis-à-vis de l’oeuvre de Miyazaki — le studio Ponoc aurait-il peur de s’affirmer ? — le long-métrage de Yonebayashi, visuellement abouti et porté par des personnages attachants, augure de belles choses pour le jeune studio qui saura, on l’espère, bâtir son propre imaginaire au fil des années.

Retrouvez notre test Blu-ray de Mary et la fleur de la sorcière.

6/10

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