Gaby Baby Doll de Sophie Letourneur (2014) : critique du film

Gaby Baby Doll de Sophie Letourneur (2014)Gaby (Lolita Chammah) est une jeune femme énergique et angoissée qui ne supporte pas de rester seule ne serait-ce qu’un instant. Pour se ressourcer et l’aider à affronter sa peur, son médecin lui demande d’aller se ressourcer quelques temps à la campagne et lui prête sa maison de vacances. La jeune femme arrive avec son petit-ami, qui la quitte bientôt lorsqu’il se rend compte qu’elle est surtout avec lui pour éviter d’être seule et elle se retrouve isolée dans cette grande maison à l’écart d’un petit village dont le centre névralgique est le bar du coin. Après avoir ramené chez elle tous les gars du village, un soir, perdue, elle se réfugie dans la cabane de Nico (Benjamin Biolay), le gardien solitaire d’un château abandonné. Un ours bougon qui a choisi de vivre comme un ermite et fait tous les jours la même balade. Gaby s’impose chez lui et une étrange relation va se nouer entre les deux…

Le nouveau film de Sophie Letourneur démarre sur l’idée très bobo (même si son héroïne ne l’est pas) qu’il n’y a rien de mieux pour se ressourcer pour quelqu’un de la ville que de se mettre au vert à la campagne. Sauf qu’à la différence d’un film comme Une hirondelle a fait le printemps, la campagne ne correspond pas du tout à un quelconque idéal pour l’héroïne ; au contraire, il aurait plutôt des airs d’enfer terrestre. La rencontre entre Gaby et son lieu de retraite provisoire ne se fera donc pas sans difficultés et on la sent résister… jusqu’à sa rencontre avec Nico, qui va peu à peu changer la donne.

La rencontre entre les deux se fait donc après une première partie assez drôle (bien qu’un peu exagérée) où la jeune femme, en proie à une angoisse viscérale, cherche à tout prix à avoir une présence rassurante à ses côtés en se tournant vers les seules personnes à sa disposition, des gars gentils mais un peu simplets de l’unique bar du village, qui, se sentant utilisés, finissent par la laisser tomber. Ce n’est qu’à partir de ce moment-là que le film semble vraiment démarrer, d’ailleurs, qu’il devient autre chose qu’une succession de moments sympathiquement burlesques autour d’un sentiment de solitude un rien poussif qui ne nous est que très peu expliqué au final. Nous découvrons les environs, la nature, ce château abandonné par son propriétaire…

Des airs de conte pour adulte

gaby-baby-doll-chammah-biolayLa femme-enfant esseulée, l’hermite dans sa cabane et le château abandonné sont autant d’éléments qui évoquent le conte ou la fable, notamment dans le retournement final qui verra (forcément) la réunion de ces deux êtres que tout semble opposer. Le problème, c’est que, comme dans les contes de notre enfance, les personnages sont laissés à l’état d’ébauche, ce qui est un peu problématique quand il s’agit d’un film s’adressant à des adultes. Alors certes, les personnages sont incarnés à merveille par leurs interprètes, notamment par Benjamin Biolay qui fait passer beaucoup de choses avec très peu de mots, mais cela ne parvient pas à faire tenir le film sur la longueur. Si on s’attache malgré tout aux personnages et qu’on sourit gentiment face aux situations, on peine à véritablement s’intéresser à l’histoire, qui patine pas mal et on a tendance à regarder sa montre alors même que le film dure moins d’une heure et demie.

Alors oui, il y a de jolis passages dans la nature. D’un jour à l’autre, la balade des deux héros varie subtilement tandis que leurs rapports évoluent. Cette mécanique de la répétition n’est de plus pas gratuite puisqu’elle correspond aussi au mode de vie campagnard du personnage de Nico, qui effectue tous les jours le même parcours. Et ce fonctionnement, à mille lieux de l’énergie bouillonnante et angoissée de Gaby, fait également du bien à celle-ci, qui gagne en autonomie. Mais l’artificialité du personnage, gentiment agaçante, demeure. Celle-ci parle beaucoup, Nico se tait et si la dynamique fonctionne, il y a des fois où c’est trop, on est comme le personnage de Nico : on voudrait qu’elle se taise, cette baby doll névrosée et égoïste dont la solitude semble surtout prétexte à filmer des scènes cocasses !

Une absence de magie

gaby-baby-doll-lolita-chammahL’atmosphère est nonchalante de manière tout à fait assumée et on finit par s’agacer un tantinet en attendant quelque chose qui ne vient pas. Peut-être parce-que malgré la nature et les paysages, la réalisatrice échoue à créer une véritable atmosphère, justement. On a beau sentir les deux se rapprocher malgré leurs différences, il n’y a pas cette magie silencieuse mais palpable qui se créé dans les meilleures comédies romantiques, comme dernièrement dans le très réussi Magic in the Moonlight de Woody Allen, autre exemple de film réunissant deux personnages on ne peut plus opposés, dont l’un bougon. On reste quelque peu sur notre faim et si le fait que le scénario nous laisse combler les trous du récit par notre imagination n’est en soi pas très gênant, l’ensemble paraît en fin de compte assez dérisoire, ce qui est renforcé par une mauvaise chanson de générique de fin qui résume en quelques paroles les personnages et tout le film, du début à la fin.

Pas déplaisant, Gaby Baby Doll s’apprécie avant tout par le charme de ses acteurs et la tendresse qui émane en creux de certaines scènes. Lolita Chammah possède un bel abattage et installe son personnage dès la première scène tandis que Benjamin Biolay apparaît touchant et crédible en hermite au coeur tendre. Mais le film, trop superficiel, échoue à mobiliser notre attention sur la durée et, malgré ses airs de conte pour adultes, quelque chose ne prend pas. Cela aurait pu être un bon moyen métrage, mais les 1h30 ont ici bien du mal à passer. Dommage !

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.
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