[Critique] Creation Of The Humanoids – Wesley Barry

image affiche creation of the humanoidsCaractéristiques

  • Réalisateur : Wesley Barry
  • Avec : Don Megowan, Erica Elliott, Don Doolittle, George Milan, Dudley Manlove…
  • Genre : Science fiction
  • Durée : 84 minutes
  • Sortie : 3 juillet 1962

Critique

Faisant partie du quatuor figurant dans l’incontournable coffret La guerre des robots (en compagnie d’Objectif Terre, Le maître du monde et Cyborg 2087), édité par Artus Films, Creation Of The Humanoids fait figure de sortie importante. En effet, le film, totalement inédit en France jusqu’alors, est connu pour être l’un de ceux cités par Andy Warhol quand on lui demandait sa liste de films préférés. On ne pouvait donc qu’être curieux de découvrir cette œuvre qui, effectivement, comporte des éléments bien singuliers.

Creation Of The Humanoids débute comme se termine Docteur Folamour : par une série d’explosions nucléaires, véritable catastrophe à grande échelle ayant emporté avec elle 92% de la population mondiale. Cela pose le contexte post-apocalyptique dans lequel vit désormais l’humanité qui, pour accélérer la reconstruction du monde, a créé la robotique avancée : des humanoïdes dont la peau bleue-grise, et l’absence de cheveux, permet de les différencier des humains. Un jour le docteur Raven met au point une solution pour transférer la mémoire d’un être humain récemment décédé dans un corps robotique… mais parfaitement identique au mort. Une découverte qui va créer un chamboulement philosophique.

Creation Of The Humanoids est autant un film fascinant qu’un véritable calvaire pour les nerfs. Voilà une œuvre qui n’a pas froid aux yeux : avec ses moyens certainement moindres que le budget taxi de l’INA, Wesley Barry arrive à planter un univers cohérent, et plutôt bien vu. La fin du monde n’aura pas été brutale, ce n’est pas la grande bombe et puis voilà. L’humanité a survécu, certes il y aura moins de monde à la caisse de Conforama mais elle est toujours là, et ses imperfections aussi. L’ouverture du film nous montre l’évolution du rapport entre les humains et les robots, la nécessité que ces derniers nous ressemblent en partie pour que des rapports quasi cordiaux se développent, puis vient sur le tapis le sujet que l’on sent tous poindre : quel est le véritable but ? Si ces robots ont été inventé pour nous faciliter la vie, ne sont-ils pas aussi en mesure de la sauvegarder ? De la préserver ? Voire même… de l’allonger ? Et quelle sera la réaction de l’espèce humaine face à ce changement majeur de paradigme ?

image creation of the humanoids

Autant de questions philosophique que se pose Creation Of The Humanoids, tout en distillant une ambiance SF hyper kitsch mais étrangement envoûtante. Gros travail sur la photo, que Dario Argento lui-même n’aurait pas renié. La bande son est aussi très étrange, manipulant des bruitages typiques de la science fiction « à papa » mais en ayant conscience du rendu synthétique de ceux-ci. Pour faire plus simple, Wesley Barry est conscient de ces éléments désuets, et s’en sert comme d’un artifice artistique prégnant. Le seul souci, et il est malheureusement de taille, provient de la réalisation en elle-même, plate au possible. Le film est ultra-dialogué, ce qui n’est pas un souci en soi (12 hommes en colère le démontre parfaitement), c’est surtout que les longues passes d’armes verbales sont enfermées dans un découpage sans passion. Les personnages demeurent statiques, dans des cadres sans vie, sans figuration en second plan. On comprend que le metteur en scène est absorbé par ce qui se dit, et ce n’est pas un reproche au fond, seulement on sent trop la prudence et, au final, on pourra sentir parfois l’ennui pointer le bout de son nez malfaisant.

Cependant, que l’on ne s’y trompe pas : Creation Of The Humanoids est un introuvable que l’on ne peut que vous conseiller si vous êtes du genre cinéphile. Wesley Barry fait preuve d’une certaine clairvoyance : l’intérêt pour l’immortalité, pour la perfection, et surtout ne tombe pas dans le piège du film à message. Pour preuve, tout le passage chez la sœur de Cragis, qui lâche un monologue sidérant sur sa préférence pour les robots. Sa définition de l’homme parfait fait froid dans le dos, et l’on ne sent jamais le réalisateur se cacher derrière cette tirade pour régler ses comptes avec le sexe masculin. Non, il en profite, surtout, pour bien démontrer à quel point l’univers est complexe, et tout le monde semble y perdre un peu les pédales. De même, si l’idée de vivre éternellement l’emporte à la fin, tant de questions restent en suspens qu’on ne peut pas vivre cette conclusion comme un véritable happy end. Creation Of The Humanoids questionne, il ne répond pas. Voilà une rareté pas dénuée de fond donc, parfois maladroite mais d’un intérêt supérieur.

image artus films creation of the humanoids

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato
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