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[Food] Nous avons testé : la carte hivernale de la Brasserie de l’Isle Saint-Louis pour se réchauffer

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Un lieu authentique à la longue histoire

Véritable institution parisienne depuis 1953, la Brasserie de l’Ile Saint Louis a vu défiler trois générations de la même famille, chacune ayant à coeur de maintenir l’esprit insufflé à ce lieu chaleureux par Paul et Marthe Guépratte à travers une cuisine gastronomique française authentique et intemporelle, résistant aux nombreuses tendances et lubies culinaires qui sont aujourd’hui légion. Grâce à cette volonté, le restaurant a su maintenir sa réputation intacte et conserver une clientèle fidèle. Une véritable gageure alors que les abords de Notre-Dame-de-Paris ont été progressivement envahis de sandwicheries et attrape-touristes.

Il faut dire que, si le lieu existe sous son nom actuel depuis 1953, date à laquelle les époux Guépratte l’ont repris, l’emplacement a été occupé par la Taverne du Pont Rouge dès le XIXe siècle, puis par un restaurant nommé l’Oasis. A deux pas de la cathédrale Notre-Dame-de-Paris, de l’autre côté du pont, la Brasserie de l’Isle Saint Louis est donc, également, un lieu historique. Les serveurs sont d’ailleurs tout à fait disposés à raconter son histoire, tandis que les nombreuses photos en noir et blanc qui ornent les murs témoignent de sa réputation auprès de personnalités politiques, littéraires et artistiques qui sont souvent venues y déjeuner ou dîner. Idéalement situé dans l’un des quartiers les plus romantiques de Paris, proche de Saint Michel comme du Marais, c’est un peu de l’esprit de l’ancien Paris dans lequel nous sommes immergés en poussant la porte de cet établissement au cadre chaleureux, sur lequel le temps ne semble pas avoir de prise.

Vin chaud et Welsh rarebit pour entamer les festivités

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Vin chaud maison et carte hivernale de la Brasserie de l’Isle Saint Louis © Photo : Culturellement Vôtre

C’est donc par une froide soirée de janvier que nous nous rendons à la Brasserie de l’Isle Saint Louis pour y tester leur carte hivernale afin de nous réchauffer. Nous commençons par un vin chaud maison, concocté par une mystérieuse cuisinière qui le prépare en exclusivité pour le restaurant, et dont elle garde jalousement la recette. Avec ses notes épicées où l’on devine entre autres des touches de clou de girofle, de cannelle voire une note ronde plus vanillée, on en oublie aussitôt tous les mauvais breuvages bas de gamme achetés aux échoppes du marché de Noël des Champs Elysées, ou lors de diverses fêtes. La finesse du vin est réelle, de sorte que les différentes saveurs se succèdent en bouche. La boisson réchauffe aussitôt, réconforte et, last but not least, ne reste pas sur le ventre. Nous sommes alors fin prêts à choisir notre menu à la carte.

Le large choix proposé, de saison, impressionne et peut faire hésiter. En entrée, maquereaux et harengs sont à l’honneur, ces derniers étant proposés accompagnés de pommes tièdes, mais des entrées à base de charcuterie bien franchouillarde sont également présents, comme le museau de boeuf ou le cervelas en salade et pommes à l’huile. Finalement, un nom attire notre regard : Welsh rarebit maison. Une entrée galloise ? Mmm… Il s’agit en réalité, nous dit le serveur, d’un croque-monsieur gallois, cuisiné par la même personne qui prépare le vin chaud, et dont la particularité est la suivante : le pain de mie est recouvert de fromage fondu mariné à la bière. Adjugé vendu !

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Le Welsh rarebit (surnommé le « croque monsieur gallois ») servi à la Brasserie de l’Isle Saint Louis. © Photo : Culturellement Vôtre

Le résultat est aussi surprenant que savoureux, consistant (nous n’en sommes qu’à l’entrée, rappelons-le) et délicieusement réconfortant. Servi dans un petit plat en fer ovale, le Welsh rarebit déborde de fromage fondu, parfumé par la saveur ambrée de la bière, une petite pointe épicée (sans doute une pointe de moutarde) tandis que seule une fine tranche de pain de mie grillé se trouve tout au fond. Vous l’aurez compris, cette spécialité est très différente de notre bon vieux croque-monsieur avec sa petite portion de jambon et de fromage prise entre deux tranches de pain de mie ! Surtout présente dans les brasseries du Nord-Pas-de-Calais en France, cette entrée originale est bien plus difficile à trouver à Paris. La Brasserie de l’Isle Saint-Louis fait donc partie des rares établissements de la capitale à la proposer, en compagnie de quelques autres établissements de renom comme le Café de Flore (où il vous faudra néanmoins débourser 4,50€ de plus) ou des brasseries anglo-saxonnes.

Une carte hivernale riche et variée, des mets simples et savoureux

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Le jarret de porc grillé, marmelade de pommes de la Brasserie de l’Isle Saint Louis, servi avec sa crème fraîche. © Photo : Culturellement Vôtre

Pour le plat principal, le choix est là encore vaste, entre la traditionnelle choucroute garnie, le cassoulet, coq au Riesling, tripes au Riesling, foie de veau poêlé à l’anglaise, du poisson… Nous optons finalement pour deux plats forts différents : jarret de porc grillé à la marmelade de pommes d’une part, et onglet de boeuf à la fondue d’échalotes, servi avec des frites et quelques feuilles de salade. Si vous choisissez comme nous de découvrir le Welsh rarebit en entrée et que vous n’avez pas un appétit illimité, nous ne pouvons que vous conseiller ce premier plat, bien plus léger, ou bien du haddock, de la raie ou  encore de la sole — que nous n’avons pas goûtés ceux-là — qui se révèleront plus adaptés pour ne pas caler avant le dessert.

Le jarret de porc grillé, servi sur un lit de « marmelade » de pommes et accompagné de crème fraîche, pourra peut-être étonner, sur le papier, les personnes peu habituées au sucré-salé, mais le plat est d’une douceur et d’une simplicité étonnantes en bouche, à même de séduire les plus réfractaires de ce type de mélanges de saveurs. Le jarret de porc peut sembler imposant en assiette lorsqu’on vient de manger beaucoup de fromage fondu, mais la viande est en réalité très tendre et se déguste sans le moindre problème. La marmelade, qui n’est autre qu’une compote de pommes maison, est délicieuse et parfaitement adaptée au plat car douce —ce qui vient équilibrer la saveur salée du porc — et peu sucrée. Pas d’excentricité donc, mais un plat terriblement simple et authentique, que l’on déguste accompagné d’une crème fraîche d’excellente qualité. A noter que cette spécialité française possède également des variantes nord-américaines : les Américains nappent leur viande de sirop d’érable en plus de la servir avec de la compote, les Canadiens rajoutent des airelles.

L’onglet de boeuf est quant à lui plus copieux et non moins savoureux, avec une viande de qualité, rehaussée par une fondue d’échalotes qui vient lui apporter une pointe d’acidité bien dosée tout en conservant une certaine douceur en bouche, et de bonnes frites maison. Enfin, parmi la carte des desserts, où l’on trouve aussi bien les incontournables mousse au chocolat, tarte Tatin ou Mont Blanc que glaces et sorbets, nous nous laissons convaincre par les conseils du serveur et commandons le baba au rhum, qui a eu beaucoup de succès ce soir-là. Un choix que nous ne regretterons pas : fin et équilibré, ce dessert maison n’écoeure pas le moins du monde et s’avère bien plus léger que ce à quoi nous nous attendions après un repas aussi copieux.

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Onglet de boeuf à la fondue d’échalotes de la Brasserie de l’Isle Saint Louis, servi avec des frites maison. © Photo : Culturellement Vôtre

C’est donc avec le ventre bien rempli que nous sortons de la Brasserie de l’Isle Saint Louis pour affronter le froid hivernal, charmés par sa cuisine simple et authentique centrée autour de spécialités régionales, son cadre typique du Paris des années 50-60 et la gentillesse de ses serveurs et de son propriétaire. Si vous souhaitez dîner dans une vraie bonne brasserie parisienne proposant autre chose que des plats surgelés et une carte vue et revue, dans un cadre agréable et chaleureux après une longue ballade, nous ne saurions que trop vous recommander cet établissement qui, depuis 1953, résiste encore et toujours face à la prolifération d’attrape-touristes et enseignes de restauration rapide. Alors certes, il vous en coûtera quelques euros de plus (12,50€ pour le Welsh rarebit, 22€ pour le jarret de porc grillé, 26€ pour l’onglet de boeuf), mais vous en sortirez repus et satisfaits, en ayant savouré de bons plats mitonnés avec soin.

Brasserie de l’Isle Saint Louis, 55 quai de Bourbon, 75004 Paris. Ouvert de 12 à 22h30, fermé le mercredi. Pas de réservation. M° Pont Marie (ligne 7), Saint Paul (ligne 1). Prix moyen d’un repas entrée-plat-dessert à la carte sans boisson : 40 à 45€ par personne. Carte du moment (sans les boissons, ni indications de prix) disponible sur le site Internet de la brasserie.

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.

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