[Test – Playstation 4] Darkest Dungeon : une folie furieuse

image ps4 darkest dungeonCaractéristiques

  • Test effectué sur : Playstation 4
  • Existe aussi sur : Vita, PC, Mac, Linux
  • Genre : Donjon-RPG, Roguelike
  • Éditeur : Red Hook Studios
  • Développeur : Red Hook Studios
  • Sortie : 27 septembre 2016

Test

On continue de découvrir l’étendue de la récente production indépendante, avec un titre qui aura énormément fait parler de lui : Darkest Dungeon. Signé Red Hook Studios, une structure née de la rencontre de Tyler Sigman et Chris Bourassa, deux anciens de chez Backbone Entertainment, le jeu est passé par une longue phase d’accès anticipé sur Steam, s’est perfectionné avant d’enfin paraître, en version finalisée, en septembre 2016. Une gestation pas spécialement évidente, mais très suivie par une communauté active, et l’on va voir qu’ils ont bien fait d’être aussi fidèles…

Scénario : 4/5

image jeu darkest dungeon

Darkest Dungeon prend le temps de soigner son univers, et délivre même un background qui, sans être incroyablement développé, produit un effet mémorable. Le joueur n’incarne pas l’un des héros qui seront appelés à descendre dans les tréfonds du Hameau, l’endroit maudit qui sera le terrain de jeu toutes nos souffrances, mais un entrepreneur qui se doit de faire appel à ces aventuriers courageux. Si l’on revient vers cet endroit autrefois tranquille, c’est afin de réparer les erreur de notre ancêtre, dont les recherches très peu glorieuses l’ont mené à excaver sans mesure, et à mettre à jour ce qui pourrait bien mener le monde à sa perte. Vous êtes donc appelés à tenter de limiter les dégâts, et une fois sur place vous découvrez l’ampleur de la tâche…

L’ambiance de Darkest Dungeon est l’une des plus travaillées que l’on ait croisé dans la production vidéoludique indépendante. Sombre, le jeu l’est, lovecrafien aussi. On pense énormément à l’auteur de Providence tout du long, et notamment à Celui qui chuchotait dans les ténèbres, qui raconte aussi une histoire de monstruosités réveillées (à cause de rivières en crue). On pense aussi à Celui qui hantait les ténèbres, courte nouvelle de Lovecraft au sein de laquelle un écrivain visite une Église maudite… et réveille l’indicible horreur si chère à l’écrivain. Bref, une atmosphère sinistre, et surtout bien maîtrisée, notamment grâce à un narrateur au jeu de voix remarquable. Le tout est sous-titré en français, mais pas de facto : il faut passer par le menu des options et choisir la bonne localisation. Ne vous étonnez pas, donc, si la cinématique qui s’enclenche lors du lancement du soft n’est pas traduite lors de la partie initiale, elle le sera par la suite.

Darkest Dungeon ne se contente pas d’une situation bien installée dès le début, le jeu creuse son scénario, dévoile certains éléments au fur et à mesure. L’histoire de l’ancêtre n’est pas aussi claire que l’on aurait pu le penser au tout début, et les éléments scénaristiques jouent parfaitement la corde du dévoilement très prudent. Le récit en lui-même ne surprend pas vraiment, mais la source de la corruption de ces terres dévastées est une raison suffisante pour se prendre au jeu, et surtout avoir l’envie de véritablement découvrir ses véritables tenants et aboutissants…

Gameplay : 4/5

image playstation 4 darkest dungeon

Darkest Dungeon est un subtile mélange de Donjon-RPG et de roguelike, le tout relevé d’une sauce hardcore gaming bien piquante. Autant le dévoiler de suite à nos lecteurs : le soft est très, très ardu, et d’ailleurs il vous est demandé, dès les premiers instants, de ne pas trop vous attacher à vos recrues. Tout tourne autour de celles-ci : une fois arrivé au Hameau, après une introduction qui a le mérite de bien expliquer les bases, le premier groupe va pouvoir se frotter à la réalité du lieu, afin de se mettre en condition pour la véritable aventure. En effet, Darkest Dungeon se divise en deux parties bien distinctes : la préparation, et l’action.

La première phase a déjà tendance à bien nous mettre dans l’esprit de ce Darkest Dungeon. Les premiers contacts avec le Hameau risquent de vous être aussi obscurs que l’atmosphère qui s’en dégage, avec ses différents lieux qui couvrent toute une gamme de services. Par exemple, l’asile psychiatrique deviendra vite un véritable lieu de villégiature pour le gestionnaire que l’on devient. Il y a de tout dans ce lieu maudit, comme un cimetière, dans lequel on pourra venir se recueillir devant les tombes de nos héros tombés au combat. Ces courageuses âmes, vous pourrez les recruter via la diligence, qui vous proposera continuellement des candidatures. On ne peut que vous conseiller d’y avoir recours aussi souvent que possible, d’autant que la sélection effectuée par l’ordinateur est toujours très équilibrée. Notons aussi qu’il est possible d’améliorer chacun de ces services, et ainsi faire en sorte qu’ils suivent notre courbe de progression.

Vous vous en rendrez compte assez vite : bien avoir en tête les bonus et malus de telle ou telle classe vous sauvera les miches plus d’une fois pendant les phases d’action. Jouer à Darkest Dungeon demande un véritable effort d’attention, de réflexion et de stratégie, et c’est avant tout grâce aux subtilités que les classes provoquent. Avant de se lancer aux devants du grand danger qui guette, il faut donc sélectionner un groupe non seulement en fonction des compétences de chacune des âmes qui me composent, mais aussi en faisant attention à quelle place vous allez octroyer à chacun des personnages. En effet, les phases de gameplay se déroulent en 2D, en vue de côté, et la bande se présente en file indienne. Quand des monstres apparaissent, ils sont eux aussi organisés l’un après l’autre, et la notion de distance est prise en compte. Les combats qui se déclarent sont au tour par tour, avec un grand recours à la stratégie. Ainsi, un Croisé va préférer être en première ligne, afin d’attaquer les belligérants les plus proches. Tandis que l’arbalétrière préférera demeurer en retrait et profiter de sa redoutable arme à distance. D’ailleurs, il faut ici souligner l’incroyable profondeur que provoquent toutes ces classes : vous en rencontrerez beaucoup, et chacune d’elles est véritablement accompagné d’un style de jeu qui lui est propre. Aussi, chaque ennemi liquidé laissera derrière lui un cadavre (sauf dans certains cas très précis), qu’il faudra penser à virer du champ de bataille car l’encombrement provoqué doit aussi être pris en compte. Profondeur de gameplay, vous dîtes ?

On abordait, plus haut, l’ambiance lovecraftienne de Darkest Dungeon. Cette référence est aussi très ressentie au sein même du gameplay. Vous allez vite apprendre que les ténèbres, ainsi que les diverses rencontres (monstres, trésors suspects), influent directement sur le moral des troupes, et ce jusqu’à les rendre complètement marteau. Ces afflictions psychologiques vont devoir être prises en compte en permanence, soignées entre chaque mission, car les effets pourront s’avérer assez handicapantes. Le stress est partout, pour les héros comme pour le joueur, et chacun de vos soldats pourront réagir différemment. Certains vont perdre les pédales, et refuseront d’obéir tandis que d’autres, au contraire, pourront très bien réagir et trouver de quoi se sublimer. En tout cas, de retour au Hameau il faudra quasi obligatoirement passer à l’hospice et à la taverne qui, contre de l’argent, offriront de quoi remettre tout le monde d’aplomb, du moins si vous avez choisi le bon remède. Sachez, aussi, que laisser un héro dans ces établissements vous fera perdre la possibilité de l’enrôler à la partie en cours. Et, si vous regrettez le placement, vous pourrez tout à fait sortir le personnage de ces endroits, mais en ayant perdu la somme investie…

Darkest Dungeon regorge de subtilités très utiles afin de se faciliter un chouïa la tâche difficile qui attend le joueur. Par exemple, la gestion de la lumière est intéressante : si vous vous promenez avec une torche fière et luminescente, alors les combats seront très légèrement plus aisés. Par contre, s’aventurer dans l’obscurité est certes plus dangereux, mais aussi récompensé en sympathiques trouvailles. Il faudra aussi rester très alerte sur la carte de la mission en cours, afin de ne surtout pas passer à côté d’un secret, ou pour anticiper toute rencontre pas vraiment désirée. Et tout cela en priant de ne pas trop perdre de plumes au passage. Darkest Dungeon ne ménage pas les héros, et bien souvent vos préférés seront balayés d’un revers de la main si vous ne maîtrisez pas vos efforts. Il est bien entendu possible d’améliorer ces personnages mais, comme il est impossible d’envoyer un héros de haut niveau dans des missions de moindre importance, n’espérez pas trouver des solutions palliatives au péril permanent qu’est le soft. C’est donc carrément hardcore, pas simple à digérer dans un premier temps, mais c’est surtout très bien articulé…

Technique et ambiance sonore : 5/5

image gameplay darkest dungeon

Darkest Dungeon nous a carrément sidéré quant à sa partie technique, son style élégamment gothique qui contribue grandement à créer une véritable mélancolie omniprésente. La 2D est une véritable splendeur, les quelques cutscenes pourraient très bien figurer dans un long métrage d’animation, et le soft ne souffre pas d’une once de ralentissement (à l’œil nu, tout du moins). L’ambiance sonore est à l’avenant, avec des compositions signées Stuart Chatwood (Road Rash 3D, Prince Of Persia : The Sands Of Time) qui rendent parfaitement l’ambiance fortement dark fantasy souhaitée. Impossible de ne pas appuyer sur le très bon travail sur l’acting du narrateur, dont la voix profonde nous a durablement marqué.

Durée de vie : 5/5

image test darkest dungeon

Elle est immense. Terminer Darkest Dungeon ne sera pas une mince affaire, et il nous aura fallu un peu plus de cinquante heures pour en voir le bout. C’est donc un contenu très riche que Red Hook Studios met à notre disposition, d’autant plus que la rejouabilité naturelle du soft est plutôt séduisante…

Note finale : 18/20

Oh la belle mandale qu’on vient de se prendre en pleine poire. Si Darkest Dungeon est destiné à un public averti, celui qui aime souffrir et en redemander en pataugeant dans leurs propres larmes, écrivons qu’il s’agit là d’une des propositions les plus passionnantes que l’on ait pu rencontrer. Jusqu’au-boutiste, dévoilant une ambiance qui en dit long sur le bon goût des forces créatrices en présence (il s’agit de l’un des meilleurs hommages vidéoludiques à Lovecraft), Darkest Dungeon se savoure après une phase d’apprentissage bien corsée. Vos héros vont mourir, vous allez subir bien des coups durs, mais la grande cause que le jeu nous confie en vaut la chandelle. Un titre exigeant, certes, mais carrément passionnant à parcourir, dompter, et finalement à vaincre…

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato
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