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[Critique] Sans un bruit : un phénomène qui mérite son aura

Caractéristiques

  • Réalisateur(s) : John Krasinski
  • Avec : John Krasinski, Emily Blunt, Noah Jupe, Millicent Simmonds, Cade Woodward
  • Distributeur : Paramount Pictures
  • Genre : Horreur
  • Nationalité : USA
  • Durée : 95 minutes
  • Date de sortie : 20 juin 2018

Une bonne réputation méritée !

Le cinéma de genre, et d’horreur en particulier, a cela d’enthousiasmant qu’il réserve parfois d’énormes surprises. Le mécanisme de la peur n’est pas obligatoirement en demande de gros budgets, alors on n’est jamais à l’abri d’un véritable phénomène. On se rappellera des cartons, populaires et critiques, que furent Split et Get Out (même si, chez Culturellement Vôtre, on n’a que très peu apprécié ce dernier), tous les deux produits pour un dixième de le terriblement laid Un raccourci dans le temps. À ce récent duo, il faut ajouter Sans un bruit, qui fait fureur depuis sa première projection, en mars 2018, lors du très surveillé festival South By Southwest. Dépasser la barre des 300 millions de recettes, à travers le monde, ce n’est pas une mince affaire.

Si l’on se fie à la seule affiche, on pourrait croire que Sans un bruit n’est qu’un thriller de plus. Pas spécialement parlante, et c’est sans doute le but recherché, cette première image du film ne peut vous dévoiler un quelconque début d’intrigue. Celle-ci est pourtant de la plus grande importance. On est transporté en pleine situation post-apocalyptique, alors qu’une très grande majorité des Hommes ont succombé à une terrible menace. Première remarque, formulée par le spectateur : ce monde est sinistre, car aucun son ne se dégage des rares survivants. La famille Abbott fait partie de ceux-là, et l’on comprend, au fur et à mesure, que les règles qu’ils s’imposent sont vitales. Elles sont toutes motivées par un besoin : celui de ne faire aucun bruit, même en pleine mission de récupération de denrées, dans un magasin déserté, et alors que pas un chat ne fait ses griffes dans les parages. Pourquoi ? Car, sinon, des monstres d’une puissance effrayante se charge de détruire la source du chahut…

Le film vu au cinéma le plus flippant depuis The Descent

image film sans un bruit
Bien des plans sont étonnamment soignés.

Sans un bruit est, donc, un film à concept. Mais il évite la saveur de l’œuvre signée par un petit malin, ce qui fait toute la différence avec, pour rester sur un film précédemment cité, Get Out. L’excellent acteur John Krasinski, qu’on a adoré dans la série The Office, prouve ici qu’il est aussi un réalisateur sur qui il faudra compter. Dès l’introduction, il prouve qu’on peut jouer avec les codes du film d’horreur, sans chercher à les briser, et encore moins à les tourner en ridicule. On y rencontre de véritables archétypes de personnages, et finalement l’atmosphère post-apocalyptique n’est pas spécialement originale. Non, c’est le sens du rythme qui nous transporte, nous plonge dans cette histoire, et fait ressentir aux spectateurs toute l’urgence de la situation. Ce sera un constat qu’on prolongera sur l’ensemble du long métrage : le réalisateur sait exactement comment retenir notre attention, jouer avec le tempo, disséminer des pistes qui, pus tard, délivreront bien des effets. Notamment sur la plante de vos pieds, on n’en écrira pas plus.

Sans un bruit est une sacrée réussite formelle. Celui qui attendait John Krasinski à ce niveau est un véritable devin : on ne l’a pas vu venir. Sans ne rien vous dévoiler du film, sachez que certains instants, d’une tension palpable, sont soutenus par une réalisation stylisée juste ce qu’il faut pour que le beau soit invoqué, et non l’esbroufe. Annihilation, prends-en de la graine ! Certaines images restent gravées dans la mémoire, et ce bien après le visionnage. On pensera à quelques plans, immédiatement iconiques (l’eau a tendance à donner de la personnalité à l’écran, cet effort confirme la règle), sur les mystérieuses bestioles. Concernant celles-ci, sachez que vous n’en apprendrez finalement que très peu. Le but n’est pas spécialement d’apprendre sur leur background, encore que le récit est assez malin pour organiser des petits points d’information pas anodins, mais de décrire la survie des Abbott. De ce strict point de vue, c’est une réussite. C’est bien simple, on n’a pas autant eu les jetons, dans un survival, depuis The Descent. Et ça commençait à dater.

Un coup de cœur tout de même imparfait

image critique sans un bruit
Vous allez avoir peur…

Est-ce à affirmer que Sans un bruit se révèle parfait, sans fausses notes. Malheureusement non, tout n’est pas soigné dans les moindres recoins. C’est, surtout, la faute à quelques ficelles trop grosses pour ne pas être décelées. Le concept du zéro bruit est parfois bancal, et même mis à mal par le besoin d’un jump scare un peu stupide. D’ailleurs, cette figure de style est un peu trop utilisée à notre humble avis. On est aussi un peu circonspect concernant l’écriture des personnages. Celle qui accompagne la fillette, Regan (Millicent Simmonds, véritablement sourde, et admirée dans Le Musée des Merveilles), est trop clichée pour convaincre. Aussi, la problématique née de l’accouchement, si elle provoque bien du suspens, et une séquence mémorable dans sa construction, s’appuie sur une cause très peu envisageable. D’autres imperfections paraissent ici ou là, mais la plus grosse intervient malheureusement dans le dernier quart. On n’ira pas plus loin qu’une constatation : le scénario a oublié l’armée, et son puissant potentiel dans la Recherche et le Développement.

Des petits regrets donc, mais au final on retiendra surtout de Sans un bruit sa capacité à nous embarquer, quasiment tout du long. Et à construire un univers énigmatique, en ne tombant jamais dans le sensationnalisme, et encore moins dans l’exploitation. Voilà qui pourrait aider un certain J. J. Abrams, qui n’arrive pas à se dépatouiller de Cloverfield (malgré un deuxième film qui relevait clairement le niveau), tout comme il a lui-même ruiné les bons débuts de Lost. Le film ici abordé pourra lui fournir quelques clés, afin d’éviter de prendre les spectateurs pour des pigeons. Enfin, il faut aussi souligner les belles performances du casting. Emily Blunt s’en tire avec les honneurs, alors même qu’on ne la pensait pas capable de jouer la douleur à ce niveau. Même Millicent Simmonds, malgré un personnage parfois très tête-à-claques, parvient à se transcender. Quant aux monstres, ils forment l’un des points forts de l’œuvre. Sans grands moyens, et malgré quelques incrustations imparfaites, ces bestioles imposantes nous procurent ce qu’il faut d’effrayante étrangeté. Marqués par une évolution sensitive qui comporte autant de bons côtés que de mauvais, ces violentes menaces font sans cesse preuve du danger qu’ils représentent. Elles ne sont jamais une simple excuse pour nous procurer du gore gratuit. C’est, d’ailleurs, la grande preuve qu’on se trouve là face à un metteur en scène qui a tout compris au genre : il désire le gâter, le servir, plus qu’en tirer profit. Et ça fait du bien, qu’on se le dise !

7/10

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