article coup de coeur

[Critique] La Chasse Sanglante : marquant mais pas exempt de défauts

Caractéristiques

  • Titre original : Open Season
  • Réalisateur(s) : Peter Collinson
  • Avec : Peter Fonda, Cornelia Sharpe, John Phillip Law, Richard Lynch, Alberto de Mendoza
  • Distributeur : René Chateau
  • Genre : Thriller
  • Nationalité : Espagne, Suisse
  • Durée : 106 minutes
  • Date de sortie : 18 août 1982

Un propos fort, qui ne laisse pas indifférent

image la chasse sanglante

On a du mal à l’imaginer aujourd’hui, mais il fut une époque où certains films, pas du tout pornographiques, pouvaient se voir totalement interdits par le biais d’une classification X. En plein milieu des années 1970, quelques films se sont vus refusés une sortie sur le territoire français, on pense évidemment à Massacre à la Tronçonneuse, mais aussi Maniac, Zombie, ou encore Chair pour Frankenstein. Des bobines violentes, chargées politiquement, voire sexuellement, qui visaient à remuer les mœurs et certitudes de l’époque. Parmi ceux-ci, on trouvait aussi des titres moins populaires, un peu tombés dans l’oubli, comme La Chasse Sanglante. Pourtant, voilà une œuvre qui mérite toute notre attention.

À la réalisation de La Chasse Sanglante, on trouve un certain Peter Collinson, un nom entouré d’une petite aura chez les cinéphiles. En effet, cet anglais est aussi l’auteur de plusieurs films intéressants, voire carrément cultes, comme L’or se barre, que vous connaissez peut-être mieux sous son titre original, The Italian Job (qui a connu un remake avec Braquage à l’italienne). On pourra aussi citer le très tendu La Nuit des Alligators qui, d’ailleurs, brasse quasiment les mêmes thèmes que le film ici abordé. Collinson sera vite fauché en plein vol, à l’âge de 44 ans, d’un cancer du poumon. C’est jeune, trop jeune, et nul doute que cette disparition prématurée l’a privé d’une dimension plus éclatante.

La Chasse Sanglante réunit bien des éléments qui peuvent construire un film mémorable. Tout d’abord, il y a une vision du monde. Ici, elle est extrêmement sombre, d’un pessimisme redoutable, et redouté par la censure, laquelle y a décelé une incitation à la violence. Tout commence par la mise en place d’un contexte, lequel touche les trois personnages principaux, un incroyable trio de pourris. Ces premières minutes mettent la barre très haut : Ken (Peter Fonda), Greg (John Phillip Shaw) et Art (Richard Lynch) sont accusés d’un viol en réunion. Pire, ils sont coupables, la réalisation ne laisse aucun doute par le biais d’un flashback glaçant, qui se termine sur une image qui imprime la rétine, alors que le générique d’ouverture se déroule. Quelques années plus tard, on retrouve ces sales types, en route pour un séjour au vert, à la chasse pour être plus précis. En route, ils vont rencontrer un couple illégitime, et les forcer à se joindre à eux. Une prise d’otage ? Ça en prend la forme, mais c’est plus compliqué…

La dernière partie est moins convaincante

Les premières et deuxièmes parties de La Chasse Sanglante sont tétanisantes, rien que ça. Lentement mais surement, Peter Collinson va détruire tout sentiment de confort, chez le couple illégitime, mais surtout chez le spectateur. Lui, c’est Martin (Alberto de Mendoza), simple employé de banque. Elle, c’est Nancy (Cornelia Sharpe), qui rêve de voir son Jules quitter définitivement sa femme. Le trio va se charger de tout détruire entre eux, de la manière la plus cruelle et définitive qui soit. Petit à petit, on comprend que l’intention de ces sinistres personnages est de séduire la jeune femme. Pas de la violer, mais de la bel et bien de provoquer le consentement. Dans les faits, ils auront tout de même recours à l’alcool et, surtout, rien ne nous stipule qu’elle n’a pas joué la comédie, afin de simplement sauver sa peau. Seulement, le résultat est le même pour Martin : il doit supporter l’acte, qui lui parvient aux oreilles. On n’est pas vraiment dans la situation décrite dans Chiens de Paille, mais on s’en rapproche.

La Chasse Sanglante ne se lance pas dans une description facile, simplement sexy ou perverse. Non, Peter Collinson va beaucoup plus loin, distille le doute, et décrit une Nancy prête à tout pour survivre. Comment lui en vouloir ? Et, en même temps, comment ne pas comprendre la désillusion de Martin ? C’est un peu abasourdi, sous le choc, que l’on assiste à la dernière partie du film. Celle-ci est un peu plus problématique, non pas dans le fond mais dans la forme. On a alors droit à une sorte de mélange entre Les Chasses du Comte Zaroff et Délivrance, mais sans le génie des œuvres citées. C’est un peu mou, parfois longuet, et l’on note même quelques incohérences. Surtout, on n’est que peu séduit par la résolution du mystère. L’identité du véritable chasseur est certes logique, mais finalement peu préparée. On est proche du deus ex machina… Le doublage français n’arrange rien (notre version n’offrait pas la version originale, quel dommage), en surjouant énormément. C’est clairement un regret, mais il ne peut faire oublier l’intention générale, d’un nihilisme inouï.

Au final, La Chasse Sanglante délivre une vision du monde sans concession, nous parle du mal engendré par le mal. Si le trio maléfique n’est jamais pris pour autre chose que ce qu’il est, Peter Collinson et son scénario appuient bien sur la possibilité d’agir comme des meurtriers qui lui est offerte. Le pouvoir, l’autorisation serait-on tenté de penser, de se conduire avec une telle cruauté, alors même que nos lois nous assurent, idéalement, du contraire. Il suffit d’un juge qui ferme les yeux, d’une situation sociale qui engendre la méfiance envers la victime, et même d’une guerre (ici, le Viêt Nam) pendant laquelle les esprits ont tout le loisir de se déliter, et l’on accouche de la pure injustice. Le film le dénonce, de la plus forte des façons, ce qui ne fait qu’ajouter à son intérêt.

7/10

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