[Critique] Ben is Back : Le grand retour de Julia Roberts

Caractéristiques

  • Réalisateur(s) : Peter Hedges
  • Avec : Julia Roberts, Lucas Hedges, Courtney B. Vance, Kathryn Newton, Rachel Bay Jones...
  • Distributeur : Paramount Pictures France
  • Genre : Drame
  • Nationalité : Américain
  • Durée : 1h42
  • Date de sortie : 16 janvier 2019

Un film grave et lumineux à la fois

Surtout connu en tant que scénariste (Gilbert Grape, Pour un garçon), Peter Hedges s’était illustré en tant que réalisateur à partir de 2003 avec Pieces of April, un petit film indépendant avec Katie Holmes qui n’était pas forcément resté dans les mémoires. Il nous revient aujourd’hui avec une comédie dramatique tout en finesse, Ben is Back, porté par une Julia Roberts (Money Monster, Aux yeux de tous…) forte et lumineuse en mère courage d’un adolescent toxicomane. Contrairement à My Beautiful Boy avec Steve Carrell, qui sortira début février, le film de Peter Hedges adopte un ton un peu plus « léger » si l’on peut dire, où l’humour n’est pas entièrement absent, bien que la situation décrite reste dramatique.


C’est que, en situant son action la veille de Noël, le réalisateur apporte dès le départ une certaine dose d’espoir au film : le jeune Ben revient chez lui à l’improviste et cela fait déjà plusieurs mois qu’il est clean. Son frère et ses sœurs sont là, ainsi que son beau-père, et ce sera l’occasion pour lui de réparer les choses avec sa famille après une overdose dramatique. Sa mère, soucieuse que ce retour provisoire ne le pousse à reprendre de la drogue, ne le quittera pas d’une semelle de la journée, et elle pourra quant à elle avoir un aperçu de son monde : celui des groupes de parole, mais aussi des tentations lorsque, au détour d’une rue de leur petite ville, ils croisent d’anciens potes de défonce du jeune homme. Les choses prennent un tournant plus dramatique lorsque le chien de la famille, auquel Ben tient tant, est kidnappé pendant la messe de minuit : mère et fils se lancent alors dans une expédition à la recherche du toutou, en faisant le tour des personnes susceptibles d’en vouloir au jeune homme. Holly découvrira alors tout ce que son fils lui avait caché. Mais jusqu’où peut-elle le protéger de la drogue et de lui-même ?

Julia Roberts, merveilleuse en mère courage

image julia roberts lucas hedges au cimetière ben is back
© Paramount Pictures France

Les films sur la drogue sont monnaie courante au cinéma (Trainspotting, Panique sur Needle Park…), et le motif du parent impuissant confronté à l’addiction de son enfant est un thème familier. Cependant, par son approche lumineuse et réaliste à la fois, Peter Hedges apporte une certaine fraîcheur qui lui permet d’éviter tout pathos malgré la gravité du sujet. La famille de Ben est aimante, et sa mère, Holly, particulièrement ferme et inventive dès qu’il s’agit de protéger son fils et le secouer pour lui éviter de replonger. Julia Roberts apporte son capital sympathie au personnage, mais aussi une détermination qui nourrit tout le film : on comprend vite qu’Holly prendra tous les risques pour son fils, même si elle doit le suivre dans l’univers sordide des toxicomanes.

Il ne s’agit pas uniquement de récupérer le chien, mais surtout, on le comprend, de véritablement parvenir à comprendre et retrouver ce fils chéri tombé dans l’enfer de la dépendance et de l’auto-destruction à cause d’une prescription trop forte d’anti-douleurs. Ben le dit au début : il ment tout le temps et on ne peut se fier à ce qu’il dit. Pourtant, en le suivant dans cet univers interlope, Holly accèdera peu à peu à cette partie de son fils auquel elle n’avait pas accès, et qui le tenait loin des siens : elle comprendra la recherche de l’euphorie, le vide laissé par le manque et son inévitable solitude…

Un portrait touchant d’un jeune toxicomane et du drame de l’addiction

image julia roberts lucas hedges ben is back
© Paramount Pictures France

Peter Hedges dresse en creux un portrait à charge de l’Oxycodone, cet analgésique très puissant appartenant aux opioïdes, et rend compte avec simplicité et justesse de l’impuissance des familles confrontées à l’addiction de leur enfant : la peur, le découragement, la colère… C’est cette simplicité, et le caractère téméraire du personnage de Julia Roberts, qui ne baisse jamais les bras, qui fait de Ben is Back un film d’autant plus fort : le réalisateur ne cherche jamais à en rajouter ou à tirer sur la corde lacrymale, et l’impact n’en est que plus puissant sur le spectateur.

On est d’autant plus touchés que le film de Peter Hedges adopte un double point de vue : celui de la mère, certes, mais aussi celui de Ben, qui recherche sincèrement la rédemption. En situant l’action la veille de Noël, le réalisateur accentue ce thème, et donne à Ben is Back une résonance d’autant plus puissante. Le jeune Lucas Hedges (Manchester by the Sea, Lady Bird) est quant à lui impressionnant de justesse, et en parfaite symbiose avec Julia Roberts. Les deux acteurs, aidés par un excellent casting (notamment Courtney B. Vance dans le rôle du beau-père), s’accordent à merveille sur cette partition composée avec délicatesse et sincérité. Une très beau drame.

7/10

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