article coup de coeur

[Test] Kingdom Hearts 3 : un hit d’une générosité rare

Caractéristiques

    • PlayStation 4
    • Xbox One
  • Développeur : Square Enix
  • Editeur : Square Enix
  • Date de sortie : 25 janvier 2019
  • Acheter : Cliquez ici

Gloire à Kingdom Hearts !

image raiponce kingdom hearts 3
La magie fonctionne…

Sorti en 2002, le premier opus de Kingdom Hearts ne signifiait pas qu’un deal malin entre le plus grand éditeur de RPG japonais et le légendaire studio Disney. Non, ce fut aussi la naissance de l’un des piliers de Square (un an avant que l’entreprise ne fusionne avec Enix), pensé comme une grande saga à développer sur un nombre d’année indécis. La réussite de cet épisode fondateur, aussi bien dans les ventes que chez la critique, a propulsé son directeur, Tetsuya Nomura, jusqu’ici connu surtout pour son travail sur Final Fantasy 7, au premier rang des personnalités de l’industrie vidéoludique. Plus de seize ans plus tard, on accueille la seconde suite numérotée. Est-ce à écrire que la série se fait rare ? Non, plusieurs itérations sont parues sur bien des plateformes, développant à fond un univers assez complexe à aborder, mais pas fondamentalement incompréhensible, comme on peut le lire trop souvent. Alors, ce troisième chapitre tient-il ses promesses ? Oui, et il fait même plus que ça.

Avant toute chose, il est évident que les nouveaux venus se posent une question : « Kingdom Hearts 3 me fait envie, mais ne vais-je pas être largué de tous les côtés ? ». Cette interrogation, Square Enix y répond dès l’écran de titre : l’éditeur a décidé d’aller au fond des choses, avec les plus grands fans de la licence, mais aussi de prendre les débutants par la main. Si vous découvrez la série à l’occasion de cet opus, ou si vous avez passablement oublié les précédents événements, alors foncez dans le menu Archives des Souvenirs, où cinq épisodes (à visionner un par un, ou en un seul bloc) vous attendent afin de mieux capter les enjeux. Ce n’est pas pour autant que tout paraîtra évident, ni très clair, mais les éléments scénaristiques importants s’y dévoilent tous, et avec assez de finesse pour ne pas briser vos éventuelles explorations des premiers jeux.

Complexe, oui, mais aussi prévenant avec les nouveaux venus

Le soin apporté à cette remise en contexte ne s’arrête pas là, puisque Kingdom Hearts 3 peut se targuer d’embarque un codex aussi complet que simple bien agnecé. Des dossiers sur tous les sujets vous attendent, mais cette fois-ci au sein de votre partie, via le Gummiphone, sorte de smartphone confié par Jiminy Cricket. Il nous faut signaler ici trois sections qui s’y trouvent : Lexique, Histoire et Personnages. Chacune est parfaitement étayée, porte assez de précisions pour se sentir plutôt à l’aise dans cet univers. Vous avez envie d’en savoir plus sur les Nescients, ou l’Organisation XIII ? Votre truc, c’est admirer des modèles 3D des protagonistes Disney, avec un texte détaillé ? Vous avez interrompu votre cheminement quelques jours et ne savez plus trop où vous en êtes ? C’est à cet endroit que toute problématique de ce genre trouvera sa réponse. Alors certes, certaines notions restent assez obscures, et seuls les fans qui auront retourné toutes les itérations pourront tressaillir devant la moindre cinématique. Mais tout de même, il est amplement possible d’y trouver son compte, dans toutes les circonstances. Ah, et autant le préciser tôt dans ce test : l’entièreté du soft est sous-titré en français. Ouf.

Bien entendu, ce n’est pas parce que Kingdom Hearts 3 fait le taf en terme d’accessibilité que l’on ne vous conseille pas très fortement de découvrir les précédents opus, si vous ne les avez pas encore poncé. Surtout qu’ils sont tous présent sur PlayStation 4, grâce à deux compilations : Kingdom Hearts 1.5 + 2.5 ReMIX et Kingdom Hearts HD 2.8 Final Chapter Prologue. C’est, d’ailleurs, au sein de cette dernière qu’on aura une meilleure idée du parcours de la fameuse Aqua. Mais concentrons-nous sur le scénario du jeu qui nous intéresse ici. Que les lecteurs qui n’ont pas encore joué se rassurent : nous n’allons rien dévoiler des multiples retournements de situation. Nous nous contenterons de décrire le contexte, puis de juger la tenue de l’ensemble. Le personnage féminin précédemment cité est à la base de l’aventure de Sora. Devant l’incapacité de Mickey et Riku à la sauver, il va falloir partir pour une ultime aventure, celle qui va clore l’arc Xenahort.

Un arc s’éteint, un autre s’éveille

image gameplay kingdom hearts 3
Le jeu est plein de phases de gameplay savoureuses.

Une dizaine d’années après la disparition d’Aqua, Sora n’est toujours pas devenu un maître de la technique de l’éveil. La rencontre de notre jeune et fougueux héros avec le sorcier Yen Sid est déterminante, ce dernier ayant fait la lumière sur son état. Car l’avatar que nous incarnons n’est pas en grande forme : son échec dans l’apprentissage ne l’a pas seulement démotivé, ça l’a aussi vidé de ses pouvoirs. Le fond de Kingdom Hearts 3 développe notamment ce thème : l’appréhension de laquelle née l’espoir. Tetsuya Nomura et Masaru Oka, qui scénarisent le jeu, utilisent des MacGuffin efficaces, qui propulsent le récit et lui donnent un rythme assez tonitruant. Si l’ensemble tire aussi profit des mondes visités, individuellement puisque aucun d’entre eux ne connait l’existence d’un autre, la méta-histoire reste celle qui nous pousse à sauter d’un domaine à l’autre, du coffre à jouet de Toy Story à l’océan de Pirates des Caraïbes.

Bien des promesses accompagnent la sortie de Kingdom Hearts 3. La principale nous faisait espérer une conclusion forte, capable de nous procurer plaisir et réponses. Et c’est le cas, même si quelques éléments sont plus ou moins brillamment laissés dans une confusion maîtrisée, ceci dans le but d’ouvrir la voie à un second arc prometteur. On brûle d’envie de vous en dire plus, notamment au sujet du devenir de Sora et de l’ordre, mais sachez que le dernier quart du jeu est un enchainement de moments épiques, impressionnants aussi bien dans les enjeux qu’au sein de la mise en scène, pas toujours à ce niveau dans les précédentes cinématiques. D’ailleurs, précisons ici que les amateurs de cutscenes vont être servis, peut-être avec un chouïa trop de matière. Mais comment en vouloir aux artistes derrière ce titre, tant les occasions d’approfondir relations et retournements de situation se font nombreuses ? Une générosité assez incroyable, qui traduit l’amour que porte les auteurs non seulement pour leur œuvre mais aussi, d’une manière plus globale, pour le jeu vidéo.

Une ode aux forces du jeu vidéo

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Certains mondes surprennent par leur superficie.

Car Kingdom Hearts 3 est une ode à ce médium, une déclaration d’amour très communicative. Que vous appréciez ou pas les univers de Disney, et l’ambiance des RPG à la japonaise, cela n’a aucune importance en fin de compte. Mais tout de même, il faut préciser ici que le soft se concentre sur le maître de l’industrie du dessin animé : adieu Final Fantasy, on ne dénombre plus un seul personnage issu de cette licence, à l’exception des Mogs. Par contre, on peut compter sur un duo signé Pixar, avec le sublime Coffre à jouet de Toy Story, et le plus industriel Monstropolis de Monstres et Cie. Ensuite, les fans de la licence retrouveront des domaines déjà visités : Pirates des Caraïbes, la Forêt des Rêves Bleus de Winnie l’Ourson, et l’Olympe de Hercule. Mais ne pensez pas avoir à faire avec des redites bêtes et méchantes : les événements, qui s’y dévoilent, impliquent un gameplay pour le moins plus impressionnant qu’auparavant, avec des phases qui s’y rattachent exclusivement. Enfin, Square Enix et Disney savent aussi se faire malins. Il aurait été incompréhensible de ne pas surfer sur l’immense succès planétaire de La Reine des Neiges (notamment au Japon), ce qui justifie la présence d’Arendelle. Raiponce répond présent, avec le champêtre et sublime Royaume de Corona. La ville des Nouveaux Héros, San Fransokyo, apporte la petite touche super-pouvoir (et légèrement open world), puisque Marvel est absent des débats. Aller, rentrons dans les détails.

Généreux. Un adjectif qui risque de revenir souvent, quand on évoque Kingdom Hearts 3. On pensera aussi à Yoko Taro, et sa volonté affichée de varier les gameplays au sein d’un même grand tout. Chacun des mondes précédemment cités comprend sa propre particularité, la prise en mains de nouveaux éléments. Dans les Caraïbes, vous prenez les commandes d’un bateau, qu’il faudra faire évoluer en collectant des crabes blancs. Chez Winnie l’Ourson, les batailles font place à des jeux de réflexion. Dans San Fransokyo, il faudra venir à bout d’un parcours d’obstacle. Et tout s’articule autour du genre dans lequel s’inscrit le soft : l’Action-RPG. Pour faire simple, pas de combats au tour par tour, mais toujours cette nécessité de se défaire d’adversaires afin de gagner en niveaux, donc en puissance et en résistance. Ce n’est pas tout, puisque vous pourrez aussi obtenir de nouvelles compétences, et vous les appliquer dans la limite de vos PC, eux aussi sujets à évolution. Enfin, il est aussi question de s’équiper : armes, protections et accessoires sont au rendez-vous. Cela, c’est pour les grandes lignes. Mais le jeu approfondit chacune d’entre elles, afin d’obtenir l’un des système de jeu les plus jouissifs qui nous ait été donné de découvrir.

Un système de combat aussi jouissif que copieux

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Les attractions, sortes d’invocations à la sauce Kingdom Hearts.

Kingdom Hearts 3 peut se décrire de telle façon : plus facile d’accès que le premier épisode, plus spectaculaire que le second, tout en préservant le plaisir de la maitrise. Précisons ici qu’on a droit à trois modes de difficulté : Débutant, Standard et Expert. Chacun porte parfaitement son nom, et nous conseillons aux habitués de la licence de faire l’impasse sur le premier. Sans-cœurs, Similis et Nescients vous mettront au défi, et tout est fait pour que vous éprouviez une énorme satisfaction dans le fait de les rosser. Sur PlayStation 4, Croix sert à enchainer les coups ou sorts, Carré permet de parer ou d’esquiver, Rond fait sauter l’avatar, et Triangle lance une action contextuelle (il existe une configuration de type B, mais nous ne la conseillons pas). R1 est réservé au verrouillage des ennemis, et le maintenir permet de tirer voire de s’élancer à toute vitesse vers un point d’intérêt. Il est toujours question d’utiliser la croix directionnelle afin de passer des armes aux magies, sans oublier l’utilisation des objets et des attaques de liens. Enfin, maintenir L1 active les raccourcis, alors n’hésitez pas à bien gérer ceux-ci dans le menu Personnaliser, cela permet d’agir au plus pressé.

Pas de doute, Kingdom Hearts 3 demande un petit temps d’adaptation, du moins si vous découvrez totalement cette formule. Par contre, une fois digérées, les mécaniques se sirotent comme du petit lait. Les enchainements gagnent en puissance, et les actions menées à leur terme sont souvent récompensées par des possibilités contextuelles. Celles-ci y sont pour beaucoup dans l’impression de puissance que dégage le soft. Nous effleurions le sujet dans notre preview : les attractions sont incroyables. Si vous cognez sur un ennemi signalé par un cercle vert, lequel diminue avec le temps, alors vous pourrez déclencher l’une de ces cinq méga-attaques. Sont invoqués le Bateau pirate, le Vaisseau laser, les Tasses folles, le Méga splash et le Joli carrousel (ainsi qu’un train, mais seulement lors de cas très précis dans l’aventure, comme lors du combat contre le Titan de l’Olympe), et chacun profite d’une mécanique différente. L’un vous mettra aux commande de fusils lasers en vue subjective, l’autre se rapprochera d’un jeu de rythme, etc. Leur pouvoir destructeur forme une aide salvatrice, surtout en mode Expert, ce qui fera oublier une certaine redondance, au bout de quelques dizaines d’heures de jeu.

Il est liiiiibre, Sora…

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L’appareil photo du Gummiphone permet même de se prendre en selfie.

Et ce n’est pas tout, très loin de là. Kingdom Hearts 3 brille par la pluralité de ses possibilités, que ce soit en combat ou dans le cheminement des niveaux traversés. Par exemple, quand les capacités de votre avatar vous le permettront, il sera possible de lancer une attaque dévastatrice quand se termine un enchainement aux côtés de l’un des personnages de soutien (Donald, Goofy, et ceux exclusifs aux univers arpentés). Aussi, on retrouve évidemment la multiplication des Keyblades, les armes de Sora liées aux mondes qu’il complète. Petite nouveauté, il es désormais possible d’en changer à la volée, entre trois que vous aurez placé dans votre inventaire. Cela se savourera surtout à haut niveau, voire contre un certain ennemi post-fin, mais on n’en écrira pas plus à ce sujet (à part que vous allez hurler). Une jauge se remplit à chaque coup administré, et une fois complétée elle permet une transformation à un état supérieur. Et un second, le tout se terminant par une attaque finale là encore impressionnante. D’ailleurs, on vous conseille de vous concentrer sur la Keyblade Gouvernail du Destin, du moins si vous avez opté pour la classe porté sur l’attaque. Car oui, vous allez pouvoir choisir l’évolution de votre avatar, en tout début de partie, donnant ainsi la priorité à la force, la magie, ou l’équilibre entre les deux. Quand on vous dit qu’ils ont pensé à tout !

Et rien ne serait aussi plaisant si les sensations n’étaient pas aussi mémorables. Kingdom Hearts 3 déborde d’énergie, et développe un style très aérien. Bien entendu, la nature même des ennemis facilite ce fait, mais aussi des mécaniques savamment dosées. C’est encore l’occasion de souligner la démentielle générosité de ce jeu : on peut composer avec certaines d’entre elles, ou s’en passer. Tout dépend de votre approche. L’exemple du mode Fluidité est assez idoine pour imager cela. Lors de vos batailles, vous pourrez utiliser certains éléments du décors, comme des poteaux : sautez et appuyer sur Carré dans leur direction, et Sora se lance dans une rotation qui provoque des dégâts gratinés. Aussi, et en dehors des joutes, cela permet de déclencher une super glissade, assez rapide pour couvrir de belles distances très rapidement. Tout cela, on s’en est passé un moment puis, une fois maitrisée, la mécanique s’est révélée à la fois ambitieuse et savoureuse de par son ingéniosité. Plus problématique, les parades nous semblent un peu trop molles, difficiles à placer car l’avatar y répond avec un petit temps de latence. Dommage, car les contres restent agréables à placer.

Le Gummi, désormais véritablement intéressant

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Le Gummi plaira à ceux qui aiment compléter leurs jeux jusqu’au bout.

Magies, attaques à la Keyblade, des actions contextuelles hallucinantes : les combats s’avèrent fichtrement satisfaisants. Mais ce n’est pas tout, très loin de là. On le répète encore une fois : Kingdom Hearts 3 va vous frapper en plein fouet de par sa générosité surréaliste. L’exploration n’est pas mise de côté, bien au contraire. Il faudra revenir dans chacun des mondes afin de découvrir des secrets bien enfouis. Et vous aurez de quoi faire, entre les Emblèmes fétiches et les trésors. C’est tout ? Oh que non ! Rémy, le rat-chef de Ratatouille, est présent : il officie dans le restaurant fraîchement ouvert par Picsou. Et pour ses recettes, il a besoin d’ingrédients. Devinez qui va les lui dénicher ? Mais oui, c’est vous, puis il faudra réussir chacun des plats, à la perfection si possible. Ceux-ci pourront être engloutis, afin de s’accorder quelques bonus temporaires (visibles en appuyant sur Triangle, dans le menu de pause). Une petite saveur de craft, que l’on retrouve aussi dans les quelques boutiques, gérées par les Mogs. Ici, vous pourrez dépenser vos Munnies, la monnaie du jeu, mais aussi avoir accès à l’atelier. C’est ici qu’on pourra créer des objets, forger les armes détenues pour les faire gagner en puissance, mais aussi vérifier l’avancée de certains défis : la collection des matériaux et la photographie de personnages ou décors (par exemple, immortaliser un agent du C.D.A. à Monstropolis). Vous aviez peur du level design, certes moins linéaire que par le passé, voire carrément ouvert à deux reprises (les Caraïbes et San Fransokyo), mais toujours un peu cloisonnés ne traduise un manque de contenu ? Rassurez-vous, ce n’est absolument pas le cas, bien au contraire.

Aussi, Kingdom Hearts 3 s’attaque à l’un des soucis des précédents opus : les vols en Gummi, le vaisseau spatial de Sora qui lui permet de rejoindre les différents mondes. Oubliez les trajectoires automatiques, et les sensations ennuyantes au possible. Désormais, vous avez le total contrôle des opérations, dans des phases qui, si elles sont étrangement déconnectées du cheminement scénaristiques, occuperont les joueurs attachés à terminer leur jeu. Véritablement, genre à 100%. Pour ceux-là, il va falloir venir à bout de combats à la difficulté annoncée par un indicateur étoilé, lesquels laissent place à des phases de shoots étrangement statiques, mais surtout boostés par des objectifs précis : un nombre d’adversaires à abattre, un compte à rebours à écouler etc. Mais ce n’est pas tout. À l’instar d’un Banjo-Kazooie : Nuts and Bolts, il est possible de construire son propre engin, grâce à des éléments cosmétiques ou à effets (vitesse, puissance de feu et autres). Aussi, trouver et briser des cristaux a pour effet de débloquer des parties de plans. Enfin, il est possible d’acheter, chez Riri, Fifi et Loulou, des Gummis clé en mains. De quoi se lancer dans des phases d’exploration interstellaire, notamment à la recherche des constellations, ou pour venir à bout des sphères au trésor.

La direction artistique reste exemplaire

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Le monde coloré de Toy Story en met plein la vue.

Cette abnégation dans l’envie de nous couvrir d’expériences différentes n’est pas, cependant, exempt de tous reproches. Si nous sortons de Kingdom Hearts 3 avec la conviction d’avoir vécu un grand moment du jeu vidéo, il est hors de question de passer sous silence quelques petits regrets. Le plus notable est le passage à vide  concernant le monde d’Arendelle. La Reine Des Neiges était un passage quasiment obligé pour ce soft, et l’on se demande si les développeurs ne l’ont pas ressenti comme une sorte de fardeau. Certes, votre dévoué serviteur ne porte pas spécialement ce dessin animé dans son cœur, avec son horrible chanson, niaise au possible. Mais de là à proposer un cheminement aussi peu intéressant, doublé d’une direction artistique tristounette, qui se démarque de l’excellence des autres mondes… Autre retenue, celle qui nous emmène à la caméra. Si elle n’est aucunement gênante dans les espaces larges, elle devient plus problématique dans les couloirs, en plein combat, avec une tendance à la rotation non désirée, même si cela reste tout à fait gérable avec l’expérience du joueur. Enfin, on aurait apprécié des cartes plus lisibles, voir carrément la possibilité de les observer d’une manière plus générale que ce petit radar finalement peu utile. D’ailleurs, c’est possible dans le monde des Caraïbes, alors pourquoi pas dans les autres ?

Imparfait, Kingdom Hearts 3 l’est. Mais il reste une titanesque satisfaction, un rêve de gamer, une épiphanie pour les amateurs d’Action-RPG. Et c’est aussi dû à trois derniers éléments que nous devons aborder ici. Tout d’abord, l’aspect visuel. Si la pure technique connaît quelques accrocs, surtout du côté de la fluidité qui a tendance à souffrir sur certains segments, vous allez halluciner devant la justesse de la direction artistique. Elle atteint des sommets à quelques occasions, comme dans les mondes de Toy Story, de Raiponce et de Pirates des Caraïbes. Ce dernier, d’ailleurs, nous est le plus surprenant : l’exactitude des modèles 3D y est sensationnelle. C’est idéalement beau, précis, fidèle aux œuvres invoquées. Aussi, la partie sonore était surveillée. Si l’on relève un ou deux thèmes en-dessous, on pensera surtout à ceux qui accompagnent les phases en Gummi (celui du menu Décollage est particulièrement disgracieux), mais aussi à l’embarrassante chanson Face my Fears (Skrillex, ce n’est pas notre tasse de thé), le travail des compositeurs Yoko Shimomura (notamment Street Fighter 2 et Parasite Eve), Takeharu Ishimoto (Dissidia Final Fantasy NT) et Tsuyoshi Sekito (The Last Remnant) reste d’une très bonne facture. Des morceaux aux boucles courtes, mais très rapidement accrocheuses et parfaitement dans l’esprit. Pour terminer, on est en mesure d’annoncer une durée de vie dans la droite lignée des précédents opus chiffrés. Comptez sur 30 heures pour terminer l’aventure en ligne droite. Ce qui serait selon nous, un véritable blasphème en raison de la nécessité de découvrir la véritable fin du jeu, déblocable uniquement en collectant un certain nombre d’emblèmes (plus ou moins nombreux selon le mode de difficulté). On n’en sort véritablement qu’au bout de 60 bonnes heures d’un plaisir intense, en espérant que la suite nous parviendra plus rapidement. On n’en peut déjà plus d’attendre…

Note : 18/20

Il se sera fait désiré, ce Kingdom Hearts 3. Mais le résultat en vaut la chandelle : le jeu de Square Enix figure parmi les meilleurs Action-RPG de tous les temps. Oui, carrément. On aura rarement découvert un jeu aussi généreux, aussi plaisant à maitriser, et aussi conscient de sa complexité, au point d’être un exemple de prévenance pour un public large. Si l’ensemble n’est pas exempt de tous reproches, on pensera surtout à un monde un peu en retrait, on ne peut pas décemment pinailler sur ces retenues. Devant une telle somme d’éléments marquants, on se doit de faire court et efficace : gloire à Kingdom Hearts !

9/10

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