[Critique] Clash : pas inintéressant, mais terriblement ennuyant

Caractéristiques

  • Réalisateur(s) : Raphaël Delpard
  • Avec : Catherine Alric, Pierre Clémenti, Bernard Fresson, Vjenceslav Kapural, Christian Forges
  • Distributeur : Les Films de la Gare
  • Genre : Fantastique
  • Nationalité : France, Yougoslavie
  • Durée : 92 minutes
  • Date de sortie : 8 février 1984

Un bon potentiel gâché par un traitement trop intellectualisé

image film clash
Une imagerie qui ne sauve pas le film d’un ennui certain.

Si l’on fait partie de ces amateurs de cinoche qui grincent des dents quand ils entendent que le cinéma français « c’est nul, c’est chiant, c’est pas drôle et y’a pas de films de genre », forcé de constater que la dernière affirmation n’est pas tout à fait impertinente. Bien entendu, on a pas mal d’exemples qui viennent contrer cet argument, comme Les Yeux Sans Visage, La Belle et la Bête (version Cocteau, bien évidemment), Le Pacte des Loups, Baxter, Maléfique : les cas spéciaux ne manquent pas. Mais voilà, ils ne sont pas la norme d’un paysage cinématographique hexagonal qui n’a jamais réellement su jouer de nos légendes et codes de la frayeur, pourtant puissants dans la culture populaire. On n’a pas un seul long métrage sur la Dame Blanche (du moins pas que l’on sache, si ce n’est pas exact votre humble serviteur veut bien être corrigé avec passion), c’est quand même incroyable ! Bref, ce n’est pas la joie, et ce n’est pas avec Clash que ce constat s’arrangera.

Clash est sorti en 1984, et c’est le dernier film d’un certain Raphaël Delpard, réalisateur aujourd’hui peu reconnu mais dont on vous parlera prochainement du très intéressant La Nuit de la Mort. Intéressant, voilà un mot qui revient parfois à l’esprit, quand on aborde le film ici chroniqué. Le long métrage s’appuie sur une situation assez idéale pour installer une bonne ambiance. Martine, une femme visiblement en manque d’attention, ferait n’importe quoi pour retenir celle de Be (Bernard Fresson), qu’elle considère comme son ami. Ce truand vient de commettre un hold up, et la jeune femme va se proposer pour transporter l’argent du méfait en dehors des frontières françaises. Là, elle devra attendre l’organisateur, dans une usine désaffectée, en patientant quelques jours. Mais l’endroit va vite paraître suspect. Des silhouettes inquiétantes semblent rôder dans les alentours, et l’ambiance se fait lugubre…

Osez nous dire que, sur le papier, Clash n’est pas emballant ! Le pitch l’est, et la première partie du film se tient globalement bien. On remarque une photographie parfois désastreuse, clairement marquée par un budget plus que limité. Ce qui a tendance à sous-exposer l’action, nous faisant perdre nos repères. Si cela avait été maitrisé, dans un film de genre qui se contente de remuer le spectateur, on n’aurait pas refusé un tel trip. Las, ce n’est pas le cas. Raphaël Delpard, et son scénario, s’embourbent dans une sorte de parallèle psychanalytique de comptoir. En gros, l’usine représente les sensations, voire les fantasmes de la pauvre Martine, incarnée par la très larguée (sur ce coup, car on la sait un peu plus  douée que lors de cette prestation catastrophique) Catherine Alric. Le récit n’est finalement qu’un prétexte pour rentrer au plus profond de son être, à coups de flash back pas très finauds.

La psychanalyse de comptoir prend le pas sur une certaine poésie

Cette manipulation du récit, pour accoucher d’une analyse vaine d’un personnage peu passionnant, c’est ce qui liquide l’intérêt de Clash. On s’attend à beaucoup de choses, et le film accouche d’une souris. Surtout, la narration n’est pas des plus efficaces. Pire, elle est carrément catastrophique dans la seconde moitié de l’œuvre : on met au défi quiconque de capter les enjeux, de comprendre où veut aller le metteur en scène. On enchaîne alors les séquences à la limite de la rêverie, habitées par des acteurs embarrassants. On se souviendra longtemps (enfin, pas trop, ne poussons pas) de la prestation du pourtant très solide Pierre Clémenti (vu dans Porcherie, Canicule…), halluciné et hallucinant en monstre à visage humain, hurlant, vociférant, chantant même sans que l’on ne sache pas trop pourquoi. C’est limite si l’on ne pense pas à une référence directe au Singing In The Rain de Virus Cannibale.

On espérait un film angoissant, on ne l’a pas. On croisait les doigts pour que Raphaël Delpard ne se perde pas en route, et malheureusement il nous abandonne en plein milieu du récit. Pourtant, Clash parvient tout de même à nous émouvoir de temps en temps, notamment dans ce final assez touchant, que l’on ne vous dévoilera pas bien évidemment. Une certaine poésie s’échappe parfois des images, du moins de celles encore lisibles malgré cette photographie exagérément sombre. Le monstre comme projection des angoisses, les mannequins ensanglantés et pendus au plafond, le tout dans une ambiance mystique loin d’être anodine, tout cela se devait de fonctionner. Du moins, chez un auteur qui ne se serait pas perdu dans une tonalité intellectuelle outrancière, et finalement contre-productive.

2/10

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