article coup de coeur

[Test] Final Fantasy 8 Remastered : un classique à réhabiliter

Caractéristiques

    • PlayStation 4
    • Xbox One
    • Nintendo Switch
    • PC
  • Développeur : Square Enix
  • Editeur : Square Enix
  • Date de sortie : 3 septembre 2019
  • Acheter : Cliquez ici

Le retour salvateur de l’épisode le plus sous-estimé

image test final fantasy 8 remastered
Que serait un Final Fantasy sans une dose d’émotion ?

Il aura fallu vingt longues années pour pouvoir retrouver Final Fantasy 8, avec cette nouvelle édition sous-titrée Remastered. Le temps fut long pour les fans de RPG japonais, car bien nombreux sont ceux qui désiraient ardemment vérifier si leur avis de l’époque est toujours d’actualité. Aller, ne nous cachons pas : votre humble serviteur, même pas majeur en 1999, n’était pas des plus conquis à l’époque. Et ce pour plusieurs raisons, pas tout le temps des plus justifiées. La plus injuste, d’ailleurs, était que cet opus venait après la révolution Final Fantasy 7, premier épisode à trouver le chemin de l’Europe faut-il le rappeler. On s’était habitué au rendu super deformed, à Cloud, à Sephiroth, aux Matérias. Et nous ne savions pas, nous autres enfants occidentaux, que chaque nouvelle itération de Final Fantasy signifiait, pour Square Enix (à l’époque Square) un nouvel univers. Le choc fut rude, et beaucoup n’ont pas accroché pour cette raison. Voici enfin venu le temps de redonner sa chance à Squall et son équipe…

Avant de rentrer dans le vif du sujet, rappelons que Final Fantasy 8 fut produit dans des conditions plutôt optimales. Après le succès grandissant des précédents opus numérotés, Square a décidé de voir les choses en grand. En effet, c’est une équipe très solide qui s’empare du projet, avec quelques centaines de personnes impliquées dans le développement. Il fallait bien ça pour relever un défi pour le moins imposant : livrer cette nouvelle itération en seulement deux ans. Et ceci alors qu’un grand nom, Hironobu Sakaguchi, prenait clairement ses distances avec la série vidéoludique, se concentrant sur ce qui deviendra un véritable four au box office, Final Fantasy : les créatures de l’esprit. Heureusement, FF 8 a connu un tout autre succès, avec plus de huit millions d’exemplaires écoulés. Un chiffre impressionnant pour l’époque, qui propulse cet épisode au sixième rang des plus vendus. Oui, on pouvait parler d’époque d’or…

Notre test de Final Fantasy 8 Remastered, manette en mains, s’est clairement fait en deux temps : tout d’abord la redécouverte du jeu de base, puis le focus sur toutes les nouveautés de cette édition. Du coup, notre article épouse le même cheminement. Et autant vous le signifier de suite, on a été stupéfait par le nombre hallucinant de subtilités que l’on n’avait que peu choyé à l’époque. Tout d’abord, l’histoire (sous-titrée en français, dans son intégralité) qui, sous des aspects assez complexes, s’avère surtout d’une richesse assez folle. Rappelons que cet épisode nous fait vivre le parcours de Squall Leonhart, lequel débute son aventure comme un étudiant prometteur, sur le point de devenir membre des SeeD, une équipe spéciale chargée de combattre les sorcières. Après ses épreuves pédagogiques, aussi bien pour le personnage que pour le joueur, qui lui auront notamment permis de se confronter à Ifrit dans une mine, le jeune homme va être plongé en plein conflit politique, comme souvent dans la licence Final Fantasy. Il sera question de continents puissants qui se font la guerre, mais aussi d’un antagoniste surprenant (on ne le nommera pas, pour ne pas vous gâcher la possible découverte de cet opus), dont l’objectif malfaisant est de s’approprier un immense pouvoir, quitte à abattre sur la planète une Lame Sélénite, en fait une nuée de monstres dévastateurs. Toujours sans ne rien dévoiler, notons qu’on a été soufflé par le dernier tiers du cheminement, d’une belle intensité.

Un système de combat hautement novateur

Le monde de Final Fantasy 8 Remastered ne porte pas de nom. Aussi, son histoire profonde, ancienne, n’est que rarement abordé. On sent que Kazushige Nojima, grand scénariste notamment auteur des scripts de Final Fantasy 10 et du très attendu Final Fantasy 7 Remake, s’est surtout concentré sur les différents protagonistes. Et ce n’est pas un hasard. Avec cet épisode, on fait face à une nouvelle philosophie visuelle. Sans doute aidés par une meilleure maitrise de la PlayStation 1 qu’à l’époque du développement de Final Fantasy 7, les développeurs, Tetsuya Nomura en tête, ont opté pour un character design aux proportions réalistes. Cela modifie drastiquement le style des cinématiques, car on s’attarde d’autant plus sur les visages, donc sur les émotions. C’est un chamboulement des codes du RPG japonais : on n’est plus poussé à deviner les ressentis, on les lit clairement grâce aux expressions faciales. Oui, cela enferme le joueur dans un vécu, et non une analyse, voire un fantasme. Mais cet effet est contrebalancé par l’effort consenti sur le relationnel entre les personnages. Tout paraît moins schématique que dans le précédent épisode, qui brille pour d’autres qualités d’écriture. On apprécie la relation entre Squall et Linoa, mais aussi les doutes du premier cité. Il a toujours ce spleen chevillé au corps, en raison de blessures assez classiques pour un RPG japonais : tout est question de racines, d’identité. Et ça fonctionne bien.

Final Fantasy 8 Remastered, c’est aussi l’occasion de se concentrer sur ce qui a le plus malmené les joueurs, en 1999 : son système de combat. Il faut bien écrire que même au Japon, celui-ci a fortement déstabilisé les fans de la licence, grâce (ou à cause) à une prise de risque qui, avec le recul, porte la marque des très grandes séries. Après le succès des Matérias, il aurait été facile de se contenter de ne varier que la forme, mais pas le fond. Ce n’est pas le cas ici, et le réalisateur Yoshinori Kitase (qui, auparavant, a signé Mystic Quest et Chrono Trigger, excusez du peu) décide de mettre en place une emphase sur la magie. C’est une expérience étonnante que de redécouvrir ce soft, et ce courage dans lequel baigne les différentes mécaniques. Si les personnages peuvent attaquer, tout le reste est original. Tout d’abord, il n’y a plus de MP, mais un système de recharge. Pour acquérir, par exemple, le pouvoir de se régénérer de la magie, il va falloir en récupérer, que ce soit grâce à des sources, disposées ici ou là, ou en les volant à certains ennemis. Et plus vous en possédez (jusqu’à cent), plus les effets sont puissants. Du coup, il est utile de passer du temps à recharger pour tous les personnages, ce qui force aussi à bien se préparer aux combats de boss, parfois très ardus. Cette règle reste toujours aussi perturbante dans les premiers temps, mais la digestion, au fil de l’aventure, change la donne. Oui, c’est répétitif dans l’esprit, mais les innombrables possibilités qui s’en dégagent rattrapent le coup. Voilà qui s’avère très intelligent.

L’autre gros morceau côté combats, c’est le système d’association. Final Fantasy 8 Remastered reprend le concept des invocations, ici appelés Guardian Forces (ou G-Forces), mais l’utilise à des fins rafraichissantes, même vingt ans plus tard. En fait, sans ces gardiens, un personnages est limité à la simple et peu puissante attaque. Mais une fois associé avec, par exemple, Leviathan ou Shiva, à vous les magies, l’utilisation d’invocations ou l’utilisation d’objets. Mais ça, ce n’est que le début des hostilités. L’expérience amassée en combat touche aussi votre G-Force, et elle gagne des niveaux. Ce qui influe directement sur les statistiques du personnage. Les subtilités sont nombreuses, comme la gestion du groupe par protagoniste. En effet, on peut placer plusieurs gardiens, par exemple chez Squall. Mais attention, car chacun est associé à un élément, ce qui créé aussi une faiblesse, une animosité avec un autre. Pour faire plus clair, on vous conseille de surtout éviter de rassembler Taurus et Zéphyr, car la terre et le vent sont incompatibles. Pareil pour Shiva et Ifrit, etc. Enfin, ne pensez pas que ce système, au premier abord compliqué, vous force à figer vos choix. Tout est très fluide, on peut modifier les magies en dehors des combats, changer les équipes, tenter plein de combinaisons plus ou moins pertinentes : à vous d’expérimenter. On retrouve un peu de cette permissivité que l’on a connu, un peu plus tard, dans Final Fantasy 10.

Un remaster qui met le paquet sur le confort de jeu

image squall final fantasy 8 remastered
Squall s’apprête à lancer sa limite.

Ajoutons à tout ça une mécanique de limites plus classique, mais fichtrement efficace. Quand un personnage est sévèrement touché, qu’il ne lui reste plus qu’un tiers de son énergie, il peut se voir offrir la possibilité de déclencher un coup dévastateur. La véritable originalité, à l’époque de sa sortie, se situait dans la participation du joueur : il faut que celui-ci appuie sur des touches au bon moment, un peu comme un lointain cousin des QTE. Aujourd’hui, c’est monnaie courante, mais en 1999 c’était encore un sacré pari. Final Fantasy 8 Remastered s’appuie sur un jeu de base d’une grande ampleur. On traverse énormément d’environnements grandioses, de villes ou villages, et on a droit aux voyages au sein de la map. Tout cela nous mène vers les activités annexes, très nombreuses. Un Final Fantasy est toujours un trip pour gamers jusqu’au-boutistes, et ici ils sont rassasiés. Dénicher toutes les G-Forces, aider différents citadins ou villageois dans des missions parfois un peu Fedex, et surtout se lancer dans le très passionnant Triple Triad (un jeu de cartes aux règles qui peuvent différer selon votre adversaire), voilà qui vous occupera facilement une centaine d’heures. Avec la moitié consacrée à l’aventure principale.

Final Fantasy 8 est un grand RPG japonais, sans doute trop original à l’époque de sa sortie. Aujourd’hui, ce fait nous est incontestable. Mais qu’en est-il de cette éditions Remastered ? Attendu de longue date, elle est globalement satisfaisante, même si nous émettons un ou deux regrets. Commençons par ceux-ci, histoire de lâcher du leste. Le plus pardonnable est la non-modification du ration d’image en 4/3. On peut comprendre une telle décision, car le soft a été imaginé dans ce format. Le modifier, ce serait porter atteinte au contenu visuel, une véritable insulte aux artistes. Imaginez Il Etait Une Fois Dans L’Ouest qui passerait de son sublime Techniscope 2,35:1 à un classique 1,37:1, ce serait un blasphème insoutenable. C’est pareil ici. Par contre, on doit se taper des bandes noires pas très esthétiques. Par contre, on a un vrai carton jaune, très orangé, pour la censure appliqué par le département éthique de Square Enix. La chose a été démontrée : la nudité de certains personnages, justifiées par leur aspect sauvage, voire carrément la profondeur d’un inoffensif décolleté, ont été modifiées. C’est totalement grotesque, et ce puritanisme désormais invité dans le secteur du jeu vidéo (voir le cas Devil May Cry 5) commence à sérieusement nous inquiéter. On peut massacrer des dizaines de soldats dans un FPS, mais un bout de poitrine fait tourner de l’œil les éditeurs ? Quelle hypocrisie…

Heureusement, le  reste du traitement apporté par Final Fantasy 8 Remastered est bien plus apte à justifier cette sortie. Le jeu d’origine est, aujourd’hui, très rêche, brut de décoffrage et parfois un peu haché dans son rythme. Pour contrer ce fait, on peut multiplier la vitesse du jeu par trois, ce qui touche tout ce qui est à l’image mais pas au son, voilà une décision salvatrice. Aussi, on peut décider de stopper les combats aléatoires, en pressant les deux sticks en même temps, et ce aussi bien dans les donjons que sur la carte du monde. C’est pratique, car ainsi on peut décider de quand il faut absolument avoir recours à une bataille pour recharger les magies. Si la difficulté du titre vous rebute, sachez qu’il  est possible de passer en mode facile, ce qui active l’ATB automatiquement remplie, et le zéro dégâts subis. Cependant, on conseille ce recours surtout à celles et ceux qui ont déjà bouclé le soft, car cela peut clairement atteindre l’équilibre de l’expérience. Enfin, sachez que les personnages ont tous été retravaillés en 3D. Le résultat améliore la visibilité au sein des environnements, même si ces derniers n’ont pas bougé d’un iota. Pareil pour les sublimes musiques de Nobuo Uematsu. Soulignons d’ailleurs que l’OST se veut courageuse, tout comme le jeu : on a droit à une première chanson officielle (oui, One Winged Angel de FF 7 était un thème chanté, mais ce n’est pas la même démarche), et une philosophie nouvelle, accompagnant plus les situations que les personnages. Cela reste absolument épique, un plaisir des esgourdes à chaque instant.

Note : 17/20

Final Fantasy 8 Remastered est une sortie très importante, à plus d’un titre : il permet de réhabiliter un opus un peu maudit, et ce dans un certain confort. Son histoire, mêlant habilement conflits politiques et drames existentiels, fait mouche, et atteint même des cimes dramatiques au moins aussi puissantes que dans le précédent opus. Le système de combat, courageux comme rarement, demande beaucoup d’implication de la part du joueur, mais elle se révèle récompensée par une impression d’évolution savoureuse. Enfin, la durée de vie s’avère plus que costaude, surtout si vous vous laissez aller à toutes les quêtes annexes. Tout cela est soutenu par des ajustements globalement intelligents, si l’on excepte une censure alarmante qui, d’ailleurs, coûte un point à la note. On apprécie de pouvoir agir sur le rythme des déplacements et des combats (ah, ces invocations impressionnantes mais terriblement longues…), tandis qu’un mode facile rend le voyage carrément touristique, pour qui veut juste profiter du récit. Tout cela au format d’origine, et avec des modèles de personnages retravaillés en 3D. De quoi replonger dans cet épisode, avec un grand plaisir.

8/10

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