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[Test] Final Fantasy 7 Remake : d’une ampleur sans précédent

Final Fantasy 7 Remake, un jeu d’un courage exemplaire

image shinra final fantasy 7 remake
La Shinra, nous voilà !

Et voilà, ça y est, on a terminé Final Fantasy 7 Remake. Quinze ans après les premières vraies rumeurs (sinon, on peut remonter à 2003 et les bruits de couloir liés à FFVII : Advent Children, mais c’était capillotracté), et cette fameuse démo technique de 2005 qui nous avait tant fait baver, Cloud revient dans un jeu d’une ampleur sans précédent, comme nous le verrons tout au long de cet article. Il faut bien écrire que si un Final Fantasy méritait un tel traitement, c’est bien ce septième opus, fondateur à plus d’un titre, et d’autant plus pour nous autres occidentaux. L’original, paru en novembre 1997 sous nos latitudes, est un monument, de ces œuvres qui marquent à jamais la pop culture. Qui n’a jamais aperçu le character design de Tetsuya Nomura (aussi connu pour la licence Kingdom Hearts), ou n’a jamais entendu les thèmes de Nobuo Uematsu ? Pas grand monde. Il faut aussi reconnaître que ce grand chef-d’œuvre, s’il n’a aucunement perdu de sa superbe, n’est pas aussi accessible pour un public jeune que pour les gamers plus âgés, forcément d’autant plus motivés à y retourner de par l’effet de la nostalgie. Du coup, oui, le remake se justifiait.

Final Fantasy 7 Remake se justifiait, mais il nous en aura fait voir de toutes les couleurs. Entre les rumeurs et son officialisation, il s’est écoulé dix longues années. Puis cinq autres pour qu’enfin le jeu rejoigne nos PlayStation 4. Dans ce long laps de temps, bien des rumeurs nous ont fait voguer entre méfiance et espoir. Retrouver les artistes importants de l’opus original fut évidemment l’un des plus grands motifs de satisfaction. Si l’on met de côté Hironobu Sakaguchi, parti former Mistwalker, tous les grands noms sont de la partie. Un casting qui a évidemment tendance à rassurer, même quand les nouvelles sont du genre à décontenancer. On pense évidemment à l’annonce du découpage en plusieurs parties (et non pas en épisodes, il y a nuance). Ce fut un véritable coup de tonnerre. Imaginez donc : on allait découvrir non pas l’entièreté revue et corrigée, mais seulement la phase de Midgar, qui représentait en fait l’introduction de Final Fantasy, longue d’une poignée d’heures. Celles-ci sont donc vouées à devenir des dizaines, ce qui assure déjà une matière d’une richesse inouïe. Yoshinori Kitase, directeur de l’original et du remake, nous assurait un résultat final aussi imposant que n’importe quel autre Final Fantasy. Si les faits ne lui donnent pas tout à fait raison, il peut tout de même être fier : son bébé est incroyablement impressionnant.

Abordons ce qui fera le plus débat : Final Fantasy 7 Remake… ou Reboot ? Si nous posons la question, c’est parce que l’exactitude nous paraît ici salvatrice, dans le but de mieux aborder l’histoire de cette nouvelle version. Pour nous, il s’agit clairement d’une autre vision, d’une visite qui prend des allures de revisite, tout en gardant les thématiques. Pour faire clair, et sans ne rien dévoiler de l’intrigue, sachez que la dernière ligne droite prend ses distances avec les événements de l’original. Ce n’est pas juste une virée dans un trip que l’on connaît déjà par cœur. L’horizon formé par la toute fin est plutôt du genre à changer l’horizon, à bousculer les attentes. C’est pour cela qu’on aurait plutôt tendance à pense à un reboot, tant il nous paraît évident que la suite, quand elle débarquera, nous embarquera dans une aventures aux contours inédits. Entre nous, on s’attendait à une écriture prudente, qui caresse les joueurs dans le sens du poil. Quelle surprise : ce n’est pas du tout le cas. Voilà qui est à mettre au crédit d’un Square Enix qui prouve ainsi son actuelle solidité : il en faut, des épaules larges, pour oser tout bouleverser avec un jeu si attendu, et notamment par des fans niveau hardcore qui ne laissent que peu de place à l’innovation.

Un scénario qui va beaucoup plus loin que ce qu’on attendait

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Certains combats sont scénarisés avec soin.

Oui, Final Fantasy 7 Remake se déroule intégralement sur les terres de Midgar. On imagine que cela a dû particulièrement enchanter Kazushige Nojima, le scénariste du FF 7 original, qui fait donc partie des revenants. Il est vrai que cette ouverture était exemplaire en 1997, mais ici elle devient carrément un jeu dans un jeu, et même un stand alone en quelque sorte. Passer d’un tout début de récit, à un scénario capable de nous embarquer pour trente heures, c’est un exercice de style qui a tout de la bonne épreuve de force. Bonne nouvelle, c’est une réussite. Et celle-ci va autant contenter les fans de la première heure que le public qui s’attendait à des prises de risque marquées. Commençons par les évidences : qui dit Midgar dit retrouvailles avec Cloud, Tifa, Barret, Aerith. Voilà ceux que vous pourrez incarner à différents moments et pendant les combats. Les autres membres d’Avalanche, les Turks, tous répondent évidemment à l’appel. Plus étonnant, on peut vous affirmer, sans ne rien spoiler, que Séphiroth est bien de la partie, de manière plus appuyée que dans l’originale, mais avec de la subtilité. D’autres, que l’on ne nommera pas ici pour vous en garder la surprise, vous rejoindront en fin de cheminement. On apprécie tout particulièrement le traitement de ce casting, qui gagne en profondeur et en background. Et ce même pour les secondaires, comme Jessie par exemple, qui nous touche bien plus que dans l’original.

Qui dit Final Fantasy 7 dit cinématiques, et son remake ne pouvait l’ignorer. Si le jeu de 1997 était un véritable choc pour nous autres occidentaux, c’est bien sûr pour ses mécaniques J-RPG, tout à fait nouvelles pour nous (à peine avions-nous eu droit à des A-RPG, avec Secret of Mana ou Mystic Quest). Mais aussi pour ses colossales séquences animées. Rendez-vous compte : on sortait à peine de la Super Nintendo, et là on se retrouvait avec des scènes en 3D totalement impensables auparavant. Bien entendu, les revoir de nos jours fait un drôle d’effet : ça a vieilli. Mais dans le contexte de l’époque, voir Sephiroth s’enfoncer dans les flammes de Nibelheim, c’était marquant au possible. Plus de vingt ans plus tard, les artistes de Square Enix se devaient de s’adapter non seulement à la technologie, mais aussi à un nouveau public en demande d’une mise en scène énergique. Là encore, c’est un succès : la narration passe notamment par des vidéos parfois complètement folles. On pensera notamment à l’intervention d’un Turk à moto très acrobatique, ou à ce dernier quart de jeu qui réserve parmi les moments les plus fous vécus dans un Final Fantasy. Si vous attendiez du grand spectacle, vous serez servis.

Final Fantasy 7 Remake utilise une autre manière de conter les événements : le contexte, ce qui nous emmène au gameplay. C’est une forme de narration très à la mode depuis l’avènement de Red Dead Redemption 2 : on croise des personnages qui parlent entre eux, et libre à nous de les écouter ou de tracer notre route. Ici, on sera un peu plus dubitatif, non pas dans l’utilité de la chose mais dans son application. Il n’est pas rare que les dialogues se superposent, du coup on se retrouve parfois avec une cacophonie de répliques peu engageante. Ce qui est une bonne idée pour un camp de cowboy ne l’est pas spécialement pour un bidonville à la population plus développée… Plus positif, côté narration : les quêtes annexes ne sont pas aussi vides de sens que ce qu’on redoutait. On peut même écrire que certaines servent bien l’univers du jeu, comme celles du journaliste qui tente de mettre la main sur une sorte de Robin des Bois au féminin. On peut totalement passer à côté, mais on vous conseille de ne pas les négliger (en plus, elles récompensent plutôt bien en terme d’objets et de gils).

Des mécaniques de combat passionnantes

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Les invocations se gagnent après les avoir combattues.

On l’a écrit plus haut, Final Fantasy 7 Remake est un jeu courageux, un trait de caractère que l’on ne peut pas enlever à son réalisateur, Tetsuya Nomura. C’est aussi le cas pour le gameplay, qui prend le contrepied de l’original. Adieu le système en tour par tour de FF 7 qui, il est vrai, a pris un sacré coup de vieux, notamment en terme de vitesse d’exécution. Bonjour à des mécaniques qui font définitivement entrer la licence dans l’Action-RPG, une mutation déjà enclenchée avec Final Fantasy 15. Dorénavant, les ennemis sont visibles à l’écran, terminé les duels aléatoires. On se dirige donc vers les adversaires, puis s’engage un combat à la fois nerveux et fun. Intelligemment, les équipes de Square Enix ont tout de même cherché à garder la saveur de l’époque, avec la gestion des jauges ATB. Elles se remplissent au fil du temps, et plus rapidement quand le personnage joué frappe, puis servent à envoyer des sorts, des attaques spéciales, ou encore à utiliser des objets. Pendant ce temps, on peut rosser les méchants, avec un coup rapide et un autre puissant, qui ne sera pas identique selon le protagoniste sélectionné. Car oui, on peut passer de Cloud à Barret, puis à Tifa ou Aerith, en cours de joutes, d’une manière ultra fluide. Et ce n’est pas juste pour faire joli : les monstres ont leurs faiblesses, et vos acolytes seront utiles pour les atteindre et déclencher l’état de choc. Par exemple, quoi de mieux qu’un bon sort de foudre quand un robot se déplace avec des piques empêchant le corps à corps ? Les héros ont donc tous leurs spécificités, et leurs attaques de Bravoures propres, lesquelles provoquent des dégâts à foison.

Comme tout bon RPG japonais, Final Fantasy 7 Remake se doit de laisser une grande place à l’évolution des statistiques des personnages. Là encore, c’est exemplairement maitrisé, avec tout un tas de mécaniques qui s’imbriquent astucieusement. On retrouve évidemment l’expérience glanée en fin de combat, ainsi que les passages de niveaux, mais ce socle classique n’est que la partie émergé de l’iceberg. On gagne des PA à dépenser dans une sorte de sphérier, certes moins développé que celui de Final Fantasy 10 mais tout de même très solide à l’usage. On peut y développer l’attaque, la défense, augmenter les PV, les PM, ouvrir de nouveaux emplacements de Matéria etc. La subtilité, c’est que ce système est associé à une arme, et chaque protagoniste peut en cumuler plusieurs dans son inventaire. Il est donc nécessaire de bien penser à gérer tout cet équipement. Et ne pensez pas trouver votre lame, bâton, flingue ou gant favori, pour ne pas vous en séparer temporairement : il faut en utiliser toutes les déclinaisons si vous désirez apprendre l’attaque spéciale qui leur est accolée. C’est en expérimentant plusieurs fois cette offensive que le personnage l’apprendra définitivement. Une bonne manière de nous inviter à la découverte de tout le potentiel offensif de nos avatars.

Vous les attendiez tous : les Matérias sont de retour. Final Fantasy 7 Remake ne pouvait décemment pas passer outre cet élément très important de l’original, ces petites boules d’énergie Mako qui apportent des pouvoirs magiques parfois très utiles. Dans chacune des armes, et des équipements de défense, se trouvent un ou des slots qui accueilleront ces prodiges. Le système est le même que dans FF 7 : le code couleur pour différencier les types, mais aussi les possibilités de liens pour associer, par exemple, une magie de feu et une augmentation de la surface d’impact. Aussi, chaque combat apporte des PC, des points d’expérience propres à ces boules surpuissantes. Celles-ci gagnent donc des paliers, et des effets multipliés à chacun d’eux. On vous conseille, d’ailleurs, de ne surtout pas mépriser la Matéria qui vous demande de marcher un certain nombre de pas. Vous verrez que son utilité, une fois l’objectif atteint, sera des plus importantes…

Final Fantasy 7 Remake est un régal pour les rétines

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Wall Market est d’une beauté incroyable.

Un RPG japonais, ce n’est pas que des combats et une narration, on doit aussi y trouver une impression d’ampleur dans l’univers. Pas spécialement de la liberté d’action, ça c’est plus chez les jeux de rôle occidentaux, mais le sentiment qu’un univers prend vie autour de notre aventure. Ici, Final Fantasy 7 Remake est plus sujet à discussion. Malgré les annonces rassurantes de Yoshinori Kitase, on savait bien que la partie Midgar provoquerait obligatoirement un sentiment de claustophobie très fort, et une sensation de liberté limitée. Si le cheminement nous réserve des endroits plus vivants que d’autres, permettant un peu de vagabondage, cela reste tout de même assez minime. Le plus clair du temps, on est poussé vers un objectif, dans des environnements cloisonnés , voire carrément des couloirs à la Final Fantasy 13. Est-ce un mal ? La réponse est normande : oui et non. Oui, car on aurait aimé que cette espace laissé à ce qui est, au final, une introduction, nous permette d’aller encore plus loin dans cette monstrueuse ville-réacteur. Pourquoi ne pas avoir permis des pérégrinations au-delà de celles vécues dans l’original, dans des lieux totalement inédits ? Alors certes, on se sent sur des rails, dans une marche en avant que rien ne nous permet de contourner, mais il serait injuste de ne pas signaler quelques accalmies. C’est pendant ces moments que l’on pourra un peu plus explorer les bidonvilles mais aussi l’ahurissant Wall Market, le fameux quartier dirigé par Don Cornéo et ses sbires. On y découvre des détails foisonnants, des discussions de partout, des quêtes et autres objets à dégoter. De bon augure pour une suite qui, espérons-le, cultivera cette impression de grandeur naissante.

Vous vous en rendrez compte en installant Final Fantasy 7 Remake, ou en découvrant les deux BR qui composent la version physique : le jeu est très, très chargé en données. Cela est dû tout autant au contenu qu’à une technique exceptionnelle. Pour terminer l’aventure, il vous faudra une trentaine d’heures, et au total une quarantaine afin de terminer toutes les quêtes annexes. Ajoutez à cela un mode Difficile qui vous obligera à vous passer de l’utilisation des objets (ouch, c’est ardu en effet). Visuellement, c’est du nectar, de la gelée royale. Alors oui, les mauvaises langues soulignent une poignée de textures étrangement sous-traitées, mais s’arrêter sur ce fait serait de la pure mauvaise foi. Les personnages principaux sont d’une beauté incroyable, et les décors regorgent de détails somptueux. On en a déjà parlé plus haut, mais tous les passages à Wall Market sont autant de moments immédiatement imprimés sur nos rétines. Le but était clairement de nous faire ressentir Midgar, plus que de nous le faire traverser comme en 1997, et cet aboutissement va encore plus loin que ce qu’on pouvait imaginer. Signalons aussi des combats très soignés, qui regorgent d’effet pyrotechniques et d’interactions vivifiantes entre les personnages. Il est simplement dommage que le soft ne propose pas une option d’appareil photo, pour profiter encore plus de la beauté des décors.

Comme dans l’original, Final Fantasy 7 Remake regorge d’émotions différentes, et c’est aussi dû aux musiques. Nous en parlions récemment avec Romain Dasnoy, co-fondateur d’Overlook events, l’organisateur de concerts rendant hommage à la licence Final Fantasy, et il est vrai que cette donnée était très attendue au tournant. Il faut bien écrire que le travail de Nobuo Uematsu, sur le FF 7 original, est au Panthéon des OST de jeux vidéo, avec des morceaux qui cultivaient une extraordinaire richesse de sentiments. Si le compositeur est désormais en retrait, quoi qu’il ait bien participé au projet, on pouvait tout de même avoir confiance en le duo formé par Masashi Hamauzu, digne successeur du maitre depuis la sublime soundtrack de Final Fantasy 10, et Mitsuto Suzuki. Dans les faits, les partitions se partagent entre nouveaux arrangements d’une qualité dépassant tout entendement (notamment sur la fin, on vous en laisse la surprise), et de nouveaux thèmes moins folichons. On pensera notamment à la musique qui accompagne la première phase en moto, sorte de nappe techno peu entrainante, ou ce passage peu inspiré dans les sous-sols à grue. Une petite anicroche qui ne doit surtout pas faire oublier l’énorme plaisir ressenti au casque, jusque dans la qualité des doublages. Ils sont disponibles en français, anglais et japonais, mais on ne saurait que trop vous conseiller cette dernière langue, bien plus efficace. Enfin, il ne faut surtout pas oublier un élément de la plus haute importance : les sous-titres. On se souvient, avec douleur, de l’échec de l’original en la matière. Le remake répare cela, avec une traduction hyper soignée d’un bout à l’autre. Yatta !

Note : 17/20

Final Fantasy 7 Remake est une œuvre sans précédent, qui transcende le concept de remake (ou de reboot, peu importe) pour le mener vers des sommets vertigineux. Si l’on émet quelques regrets concernant la liberté d’action, évidemment en berne du simple fait de la substance de la séquence Midgar, tout le reste est sublimé. Le nouveau scénario n’a pas été pondu à la légère, il permet d’encore mieux capter les problématiques de cet univers, ses thèmes écologiques et sociaux. Les combats figurent parmi les plus jouissifs expérimentés à ce jour, énergique et fun au possible. Enfin, la technique et le son assurent du grand spectacle comme rarement vécu au cours de cette génération de consoles. On espère simplement qu’il ne faudra pas patienter trop longtemps avant la suite, qui figure d’ores et déjà au top de nos attentes…

8/10

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