[Critique] La Famille Addams : parfois agréable mais poussif

Caractéristiques

  • Titre original : The Addams Family
  • Réalisateur(s) : Conrad Vernon et Greg Tiernan
  • Avec : les voix, en version originale, de Charlize Theron, Oscar Isaac, Chloë Grace Moretz, Finn Wolfhard, Nick Kroll et Bette Midler.
  • Distributeur : Universal Pictures France
  • Genre : Animation, Famille
  • Nationalité : Américain
  • Durée : 87 minutes
  • Date de sortie : 4 Décembre 2019

Un reboot animé

La Famille Addams est né sous la plume de l’auteur de bandes dessinées Charles Addams (!), puis a gagné en popularité grâce à la célèbre série du même nom de 1964. Passant du petit au grand écran grâce au réalisateur Barry Sonnenfeld (les Men in Black, c’est lui), deux très bonnes adaptations vont voir le jour avec en tête de casting le regretté Raul Julia, Angelica Huston, Christina Ricci et Christopher Lloyd. Si l’on tient compte en plus du téléfilm de 1977, on peut dire que seul le film d’animation ne figurait pas encore au palmarès de la macabre fratrie. C’est désormais chose faite avec ce reboot des réalisateurs de Madagascar 3.

On retrouve donc avec plaisir l’ensemble du clan pour de nouvelles aventures. La Famille Addams est doté d’un somptueux casting de voix, qui ne fait pas honte à ses prestigieux aînés. On retrouve, entre autres, Oscar Isaac (Gomez), Charlize Theron (Morticia), Chloe Grace Moretz (Mercredi), l’incontournable Finn Wolfhard (Wesley) et Nick Kroll (Fetide). Sans oublier quelques seconds rôles savoureux comme Bette Midler ou le rappeur Snoop Dogg, lesquels prêtent leurs voix respectivement à la Grand-mère Addams ou au Cousin Machin. Le support animé prend le parti de présenter les personnages avec des physiques caricaturaux dont les traits distinctifs sont poussés à l’extrême. Certains apprécieront d’autres beaucoup moins.

Une modernisation trop politiquement correcte

image charlize theron la famille addams

Durant l’introduction, nous assistons au mariage de Morticia et Gomez, qui va tourner au vinaigre suite à l’intervention vindicative des villageois locaux ulcérés par la présence, dans leur voisinage, de cette famille bizarre qui ne leur ressemble pas. Las d’être persécuté, le clan se sépare aux quatre vents. Les jeunes mariés prennent la décision de chercher un lieu où ils pourront fonder un foyer en toute quiétude. Un ancien asile lugubre entouré de marais et dont les seuls occupants sont un colosse émule de la Créature de Frankenstein (qui deviendra leur majordome) et un spectre vindicatif, combleront leurs attentes. Quelques années plus tard, la célèbre famille est au complet et s’apprête à réunir le clan dans son intégralité. Cependant, le monde moderne va les rattraper et perturber leurs projets ainsi que leur quotidien tranquille. À partir de ce moment, La Famille Addams 2019 devient un film hybride car, si d’un côté les gags macabres font mouche la plupart du temps (même si une partie sera réservée aux plus jeunes), d’un autre côté l’actualisation du propos se rapproche de la même niaiserie politiquement correcte qui infecte bon nombre de longs métrages actuels.

En soi, opposer les deux mondes n’était pas une mauvaise idée. De même que faire de l’antagoniste une animatrice de télévision, laquelle est prête à tout pour vendre ses maisons typiques du cliché propret de l’American Way of Life. Ce qui fait bien sûr du manoir Addams, suite à l’assèchement du marais, le dernier bastion de résistance face à l’uniformisme d’une société qui tolère de moins en moins les marginaux. Néanmoins, ce sont rarement ces mêmes marginaux qui font des films actuellement, mais les bobos qui tentent de se faire passer comme tels. Conséquence, La Famille Addams devient sans surprise, les Addams (alias les parias) sont rejetés mais compatissants tandis que la masse d’internet est stupide et facilement manipulable mais finalement tolérante (après avoir bombardé de pierres la maison des Addams) quand elle découvre que leurs voisins bizarres sont aussi une famille (sic !), ou que la méchante elle-même est juste une personne seule et aigrie qui, finalement, n’est pas si mauvaise que ça (normale, c’est une femme).

Une nouvelle adaptation dispensable

image chloe grace moretz la famille addams

En fait tout est parfaitement calibré pour faire croire que, désormais, La Famille Addams deviennent des gens qu’il faut « intégrer » malgré leurs différences. C’est très bête, surtout quand on sait que la famille représentait à l’origine des révolutionnaires qui se félicitaient d’être différents voire se moquaient de l’absence de fantaisie des « gens normaux ».

Si les plus jeunes y trouveront leur compte face à cette nouvelle adaptation, les autres risquent de s’ennuyer un peu devant le manichéisme outrancier de cette version de La Famille Addams. Elle arrive sans doute trop tôt (l’évolution actuelle de la société étant plutôt à contre-courant) pour bénéficier du cynisme nécessaire qui donnait son charme à ses prédécesseurs. Il est d’ailleurs évident que, de nos jours, avoir un Addams comme voisin est beaucoup plus amusant et tolérable qu’un rédacteur de Libération. N’en déplaise aux bobos, certains thèmes et donc certains films ne peuvent exprimer pleinement leur potentiel que s’ils ne s’en mêlent pas.

5/10

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