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[Critique] Avalonia : Une utopie écologique sans tension dramatique

Caractéristiques

  • Titre : Avalonia, l'étrange voyage
  • Titre original : Strange World
  • Réalisateur(s) : Don Hall & Qui Nguyen
  • Scénariste(s) : Qui Nguyen
  • Avec : (les voix originales de) Jake Gyllenhaal, Dennis Quaid, Jaboukie Young-White, Gabrielle Union, Lucy Liu...
  • Distributeur : The Walt Disney Company
  • Genre : Animation, Famille, Aventure, Science-fiction
  • Pays : Etats-Unis
  • Durée : 1h41
  • Date de sortie : 23 décembre 2022 sur Disney +
  • Acheter ou réserver des places : Cliquez ici
  • Note du critique : 4/10

Un film d’aventure écologiste qui débarque en catimini en streaming…

Flop public monumental aux Etats-Unis et les pays dans lesquels il est déjà sorti (le film n’a récolté jusque-là que 61 millions de dollars de recettes pour un budget estimé à 120 millions de dollars, selon Imdb), Avalonia, l’étrange voyage débarque directement sur Disney+ chez nous à la veille des fêtes, peu soutenu par une promotion particulièrement timide.

Le nouveau film des studios Disney, réalisé par Don Hall (Les Nouveaux Héros) et Qui Nguyen (co-scénariste avec Hall de Raya et le dernier dragon) raconte l’histoire d’une célèbre famille d’aventuriers, les Clade. L’histoire commence par nous montrer le conflit opposant le père, Jaeger et son fils Searcher au cours d’une expédition où le patriarche partira seul de son côté (et disparaîtra sans laisser de traces) tandis que son fils, accompagné du reste de la famille, découvrira une nouvelle plante faisant office d’énergie renouvelable.

Vingt cinq ans plus tard, cette découverte historique a permis de régfer tous les problèmes du monde (agriculture, environnement, énergie…), faisant d’Avalonia un véritable paradis sur Terre (Searcher utilisera d’aillleurs, très à propos comme nous allons le voir, le terme d’’utopie”, ce qui n’est pas innocent) où tout le monde vit heureux, en paix et en harmonie (et sans consommer de viande). Searcher est devenu une véritable icône et chaque membre de la famille a sa statue, mais le fils, à présent devenu père, n’aspire qu’à continuer à s’occuper de ses récoltes de fruits et légumes tandis que son fils adolescent, Ethan, rêve de marcher dans les pas de son grand-père et de partir à l’aventure. L’occasion se présente lorsqu’une ancienne équipière de Jaeger débarque à bord de son vaisseau pour leur annoncer que la formidable énergie qu’Ethan a ramenée sur Terre et qu’il cultive est gravement menacée et qu’ils seront touchés d’ici un mois. Seule solution : repartir à l’aventure dans un monde souterrain étrange pour éviter que ce monde merveilleux pour lequel la famille s’est battue ne disparaisse…

searcher clade en pleine exploration dans avalonia

Un concept prometteur qui passe à côté de son sujet

Sur le papier, au-delà de la dimension ouvertement idéaliste du récit, Avalonia avait le potentiel d’être un bon film d’aventures SF renouant avec l’esprit de certains classiques tels que Voyage au centre de la Terre ou encore Le voyage fantastique de Richard Fleischer (1966), auxquelles les plantes fantastiques roses fluo du film et son univers naïf font clairement penser. Et ce d’autant plus que le personnage du patriarche, Jaeger Clade, est charismatique et apparaît, dans sa caractérisation du moins, comme un bon héros « à l’ancienne », confronté à une autre vision de la vie et de la transmission en la personne de son fils Searcher.

Le problème, c’est que le film se concentre quasi-exclusivement sur la dimension familiale et sociétale du récit alors que c’est pourtant la question environnementale qui constitue le nœud dramatique qui justifie la suite d’aventures auxquelles nous allons assister durant 1h40. Et ce thème, riche et propice à la créativité au sein d’un récit de science-fiction, même naïf, est tellement bâclé et mal articulé du point de vue de l’écriture, qu’il est difficile en tant que spectateur de se sentir véritablement impliqué. L’exemple le plus parlant est la manière dont la famille se laisse convaincre de partir à l’aventure : Callisto, l’ancienne co-équipière de Jaeger Clade, dépose sur la table de la cuisine une cagette de ce qui ressemble à des choux de Bruxelles calcinés (il s’agit en réalité de la fameuse énergie renouvelable) et… c’est tout.

A aucun moment nous ne verrons la situation se dégrader sur Terre en l’absence de la famille Clade, ce qui aurait au moins permis d’introduire un sentiment de danger plus tangible et de jouer sur la course contre la montre. Il y aurait d’ailleurs eu matière puisque l’intérêt amoureux du fils (un ado du nom de Diazo) est resté sur Terre. Or, en l’état, en dehors des scènes d’action, les membres de la famille sont un peu trop tranquilles et parlent ou se disputent sans vraiment donner l’impression que leur avenir est véritablement menacé.

Et, comme nous partons d’un monde utopique sans aucun problème d’aucune sorte et d’une famille elle-même présentée comme inclusive et idéalisée (le couple mixte qui s’aime encore comme au premier jour et s’embrasse à pleine bouche devant les enfants, le fils homosexuel accepté de tous, y compris du grand-père bourru qui a disparu depuis 25 ans avant les retrouvailles…), il est difficile de s’inquiéter pour eux et de ressentir l’urgence de la situation. D’ailleurs, le seul moment, au cours du dernier acte, où les personnages croient être arrivés trop tard pour sauver la fameuse énergie, le suspense dure moins d’une minute !! Un défaut d’écriture scénaristique assez difficilement compréhensible, qui nuit véritablement à l’ensemble, et se retrouve aussi, malheureusement, dans ce qui est censé constituer le cœur du récit : les conflits générationnels entre les hommes de la famille Clade.

searcher et jaeger clade, le père et le fils du film de disney avalonia

Quand les aspérités disparaissent derrière les bonnes intentions…

En effet, dans sa volonté de prôner un modèle de société et de monde tout court présenté comme idéal (ce qui est explicitement assumé par le studio dans la toute fin, entre autre, qui confirme que l’histoire se déroule bien sur Terre avant de passer au générique sur fond de couverture de comics représentant la famille Clade et le globe terrestre avec la mention « Pour un meilleur futur ») , Disney a effacé toute aspérité qui aurait permis d’introduire de véritables conflits au sein de l’histoire et entre les personnages, ce qui aurait pourtant été essentiel au récit. Si le fait de présenter la première véritable histoire d’amour gay de l’histoire du studio de la même manière qu’une histoire d’amour hétérosexuelle (c’est-à-dire sans en faire tout un fromage et sans se focaliser sur la question de l’orientation sexuelle) est tout à fait louable et donne lieu à quelques scènes mignonnes et touchantes, le fait est que tous les personnages sont tellement gentils, tolérants et responsables à tous les niveaux (même si le grand-père reste la tête brûlée du groupe) qu’il est difficile de se passionner pour leurs disputes, avant tout focalisées sur la question de la profession et du mode de vie au sens large et que l’on pourrait résumer en : vaut-il mieux être aventurier ou agriculteur et les fils doivent-ils forcément marcher dans les traces de leur père ?

Alors oui, nous vivons dans un monde difficile et complexe et Disney semble prendre son rôle au sérieux pour nous remonter le moral en cette fin d’année en pacifiant d’emblée tous les sujets potentiellement sensibles ou conflictuels. Même si le film évite habilement et à propos de montrer la figure du patriarche comme un vieux masculiniste réac et retourne les stéréotypes autour de la masculinité pour montrer qu’il n’y aurait pas une manière d’être/un modèle meilleur qu’un autre, le résultat n’en demeure pas moins que toutes ces bonnes intentions tuent dans l’œuf toute implication émotionnelle de la part du spectateur.

Visuellement, Avalonia est plutôt sympathique dans sa réalisation. Même si les couleurs fluo façon néon ne seront pas du goût de tout le monde (elles nous ont paru, à titre personnel, un peu too much) et que la faune et la flore possèdent un design naïf pas forcément très inventif ni véritablement intéressant (voir la créature bleue qui ressemble à un slime géant plutôt qu’à un blob des films SF rétro), l’univers dépeint a au moins le mérite d’être cohérent. Le problème, c’est que, en raison des multiples défauts d’écriture analysés plus haut, les scènes d’action et d’aventure s’enchaînent sans nous faire palpiter malgré les qualités techniques de l’ensemble et les moyens mis en œuvre. Un comble qui explique sans doute en assez grande partie le manque d’adhésion du public américain et l’accueil modérément enthousiaste de la critique anglo-saxonne.

En bref, Avalonia, l’étrange voyage aurait pu être une fable d’aventure écologiste palpitante, drôle et touchante si l’histoire avait bénéficié d’une écriture dramaturgique solide avec des conflits plus ancrés et des personnages qui, tout en restant complexes, auraient gagné à être un peu plus contrastés. Malheureusement, Disney a semble-t-il voulu privilégier l’utopie au détriment du reste, et le projet s’écroule sous ses bonnes intentions malgré ses ambitions artistiques. Un ratage regrettable, qui pourrait coûter très cher à Disney, au moins financièrement.

Article écrit par

Cécile Desbrun est une auteure spécialisée dans la culture et plus particulièrement le cinéma, la musique, la littérature et les figures féminines au sein des œuvres de fiction. Elle crée Culturellement Vôtre en 2009 et participe à plusieurs publications en ligne au fil des ans. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'œuvre de David Lynch. Elle est également la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.

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