Caractéristiques
- Titre : La Dernière Patiente
- Réalisateur(s) : Rémi Bassaler
- Avec : Anouk Grinberg, Luàna Bajrami, Félix Lefebvre...
- Distributeur : Tandem
- Genre : Drame
- Pays : France
- Durée : 80 minutes
- Date de sortie : 2 septembre 2026
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- Note du critique : 6/10 par 1 critique
Après avoir co-écrit Paris est à nous, diffusé sur Netflix en 2019, Rémi Bassaler signe avec La Dernière patiente son premier long-métrage. Avec Anouk Grinberg, Luàna Bajrami et Félix Lefebvre, le réalisateur raconte la rencontre entre Judith, une médecin de banlieue sur le point de prendre sa retraite, et Aïda, une jeune femme enceinte de huit mois en rupture de soins. Alors que les services hospitaliers sont paralysés par une journée de grève, Judith accepte de venir en aide à la jeune femme et se retrouve embarquée dans une nuit qui va bouleverser ses projets.
Rencontre entre deux femmes cabossées
À la veille de son départ à la retraite, Judith prépare son déménagement alors que son immeuble doit prochainement être démoli. Asthmatique, la médecin consacre pourtant toujours une partie de son temps aux habitants de son quartier, qu’elle aide bénévolement. Lorsqu’Aïda, enceinte de huit mois et victime d’importants saignements, se présente à son cabinet, Judith lui conseille dans un premier temps de se rendre aux urgences. Mais lorsqu’elle retrouve la jeune femme quelques instants plus tard, en train de faire du stop, elle décide finalement de la prendre en charge.
Cette rencontre fortuite va progressivement prendre une dimension plus intime. Judith rechigne à quitter son appartement comme elle peine à abandonner son métier et, plus largement, la vie qu’elle a toujours connue. La présence d’Aïda devient alors un moyen de repousser l’échéance : en s’attachant à cette jeune femme impulsive et vulnérable, la médecin trouve un prétexte pour retarder son déménagement et éviter de tourner la page. Et lorsque Judith pressent qu’Aïda pourrait être victime de violences, une forme de sororité se met en place entre les deux femmes face à Maël, son compagnon. Interprété par Félix Lefebvre, ce dernier paraît instable et peu soucieux de la santé de sa compagne et de leur futur enfant. Si son interprétation est convaincante et offre à l’acteur un contrepoint intéressant à ses rôles précédents, le personnage reste cependant assez en retrait. Quant au duo formé par Anouk Grinberg et Luàna Bajrami, il fonctionne particulièrement bien, grâce à une belle alchimie entre les deux actrices. À travers cette relation, le film esquisse également une idée intéressante : celle d’une femme éloignée de sa propre famille qui va chercher auprès d’une inconnue une forme de lien qu’elle n’a pas réussi à maintenir avec les siens.

Un film social aux ambitions esquissées
Dès son premier plan, qui montre de grands immeubles plongés dans le brouillard, La Dernière patiente semble installer un cadre propice à un film social. Le choix de Nancy constitue à ce titre une bonne surprise, en offrant des décors différents de ceux, plus habituels, de la capitale. Le contexte d’une journée de grève vient également renforcer cette dimension, tout comme la situation d’Aïda, qui n’a bénéficié d’aucun suivi pendant sa grossesse. Transports perturbés, urgences débordées et personnel médical mobilisé contribuent à dresser le portrait d’une société dont les services publics sont à bout de souffle.
Pourtant, ces éléments restent principalement à l’arrière-plan. Les dysfonctionnements du système de santé servent surtout à justifier la situation dans laquelle se retrouvent Judith et Aïda, sans constituer véritablement le cœur du propos. De même, le film aurait gagné à approfondir ses personnages secondaires. On devine que Judith entretient depuis longtemps une relation conflictuelle avec son fils, lui-même médecin, mais cette histoire reste largement esquissée. Il en va de même pour Maël et pour les blessures qui semblent habiter les protagonistes. En restant concentré sur cette seule nuit, le long-métrage ne prend pas toujours le temps de creuser ces trajectoires. Dommage, car un développement plus important aurait permis de mieux comprendre et de s’attacher davantage à ces personnages.

Du réalisme à l’excès
La mise en scène de Rémi Bassaler évolue au fil de cette nuit particulière. D’abord portée par une caméra à l’épaule qui accompagne l’énergie de Judith, elle se stabilise progressivement à mesure que la relation entre les deux femmes se construit, jusqu’à adopter des cadres plus fixes dans le dernier tiers. La bande originale, principalement composée de cordes, contribue également à installer peu à peu la tension, tandis que la course contre la montre liée au déménagement de Judith fait glisser le récit du drame social vers le thriller. Mais au-delà de cette évolution formelle, La Dernière patiente porte surtout un regard intéressant sur cette femme de plus de cinquante ans, qui refuse de quitter son travail et la vie qu’elle s’est construite. À travers Judith, le réalisateur choisit ainsi de consacrer son premier long-métrage à une héroïne rarement mise en avant à l’écran, dont le désir de rester utile devient l’un des moteurs du récit. Une évolution qui fonctionne davantage dans la forme que dans le fond, le film peinant progressivement à maintenir le réalisme de ses débuts.
L’évolution du drame vers le thriller est en effet beaucoup moins convaincante lorsqu’elle pousse le film vers des situations de plus en plus exagérées. Alors que les premières scènes reposent sur un quotidien crédible, certains comportements deviennent progressivement difficiles à comprendre et les événements prennent une tournure excessivement appuyée. Cette dérive atteint son paroxysme dans le dernier acte, où les rebondissements s’enchaînent de manière de plus en plus improbable. Si certains événements peuvent encore surprendre, leur accumulation finit par fragiliser la crédibilité de l’ensemble et donne au dénouement une tonalité presque rocambolesque, loin du réalisme installé au début du film.
La Dernière patiente séduit donc par l’alchimie de son duo d’actrices et par le portrait sensible d’une femme qui peine à tourner la page. Mais à force de multiplier les pistes, Rémi Bassaler peine à trouver le juste équilibre entre drame social et thriller. Un virage qui aurait pu être intéressant, mais qui, à trop vouloir embrasser les deux registres, finit par empêcher le film de s’épanouir pleinement dans l’un comme dans l’autre.




