[Critique] Les Ensorceleuses 2 : Une suite opportuniste déclarée morte à la naissance

Caractéristiques

  • Titre : Les Ensorceleuses 2
  • Titre original : Practical Magic 2
  • Réalisateur(s) : Susan Bier
  • Scénariste(s) : Akiva Goldsman, Georgia Pritchett & Kelly Marcel
  • Avec : Nicole Kidman, Sandra Bullock, Cassie Bradley, Joey King, Maisie Williams, Dianne Wiest, Stockard Channing, Xolo Maridueña...
  • Distributeur : Warner Bros France
  • Genre : Fantastique, Comédie dramatique
  • Pays : Etats-Unis
  • Durée : 2h10
  • Date de sortie : 9 septembre 2026
  • Acheter ou réserver des places : Cliquez ici
  • Note du critique : 2/10

Ving-huit ans après la sortie du film de Griffin Dunne, adaptation du premier roman de la saga fantastique éponyme d’Alice Hoffman, Les Ensorceleuses sont de retour au cinéma pour une suite réalisée par Susan Bier. La majeure partie du casting original est de retour (Nicole Kidman, Sandra Bullock, Stockard Channing, Dianne Wiest), à l’exception notable d’Aidan Quinn qui interprétait le rôle du policier Greg Hallet dont tombait amoureuse Sally, et d’Evan Rachel Woods et Alexandra Artrip, qui interprétaient les filles de Sally enfants, et qui ont ici été remplacées par Joey King (Conjuring, Bullet Train) et Maisie Williams (Game of Thrones), bien plus jeunes.

Échec critique et public cuisant à sa sortie, Les Ensorceleuses était en réalité une œuvre assez inclassable mêlant plusieurs genres et tonalités en un ensemble imparfait à certains égards, mais unique, sincère, touchant et bien plus profond que ce que son esthétique de conte fantastique et comédie de sorcières pouvait laisser augurer – comme nous l’analysions dans notre critique du film au moment d’Halloween l’an dernier. Une œuvre devenue culte au fil du temps pour de nombreuses personnes à travers le monde et qui a peu à peu été réévaluée – plus particulièrement après #MeToo, puisque le film parlait entre autres de sororité, de discrimination envers les femmes différentes, mais aussi d’emprise et de violences conjugales, mais aussi grâce à l’émergence, ces dernières années, de la tendance cosy sur Internet et les réseaux sociaux. Au-delà des fans de la première heure en pleine nostalgie 90’s, ce regain d’intérêt a également permis à un nouveau public, principalement féminin et plus jeune, de le découvrir.

Autant dire que, lorsqu’une suite a été annoncée, l’auteure de cet article était partagée entre l’enthousiasme et l’appréhension. Et c’est dans un état d’esprit résolument ouvert et optimiste malgré une bande-annonce bof, que nous avons découvert Les Ensorceleuses 2 quelques jours avant sa sortie. Et, pour être honnêtes… on se demande encore ce qu’il s’est passé. Si vous vous attendiez à retrouver la magie des années 90, préparez-vous à voir vos espoirs pulvérisés.

Un scénario qui trahit complètement le film original

Dès la scène d’ouverture, les choses s’engagent mal et nous poussent à faire la soupe à la grimace car on comprend très vite que Warner a cherché un prétexte pour justifier cette suite… et que les scénaristes n’ont visiblement pas voulu s’embêter plus de 20 secondes sur cette épineuse question. Nous avons donc droit à un rappel en voix-off par Sally (Sandra Bullock) de ce qu’il s’était passé au moment du premier film, sans oublier tout le rappel du pourquoi du comment de la malédiction pesant sur les femmes de la famille Owens depuis des siècles – c’est-à-dire depuis le moment où leur ancêtre Maria, sorcière de son état exilée au Nouveau Monde après avoir échappé in extremis à la pendaison, avait jeté un sort pour ne plus jamais tomber amoureuse après avoir été abandonnée par l’homme qu’elle aimait et dont elle était tombée enceinte hors mariage.

Un résumé paresseux, mollasson et peu inspiré qui débouche sur une révélation : Sally avait épousé le policier Greg Hallet après le happy end, mais leur bonheur avait été de courte durée et il était mort tragiquement peu de temps après. Bref : la malédiction avait encore frappé et, rebelote, Sally, en deuil, a de nouveau renoncé à la magie et même convaincu ses tantes et sa sœur Gillian (Nicole Kidman) d’effacer la mémoire de ses filles pour qu’elles ne connaissent pas la même peine et restent loin des ennuis ce qui, évidemment, ne sera pas le cas.

Ce retournement est une énorme trahison par rapport au film de 1998 et, sous couvert de justifier une suite, il vient détruire toute la force du film original, sa métaphore et son joli message de résilience, à savoir que les traumatismes familiaux peuvent se transmettre de génération en génération et conditionner ses membres à intégrer des croyances limitantes, qui pourront dans certains cas mettre en place des prophéties auto-réalisatrices les conduisant à se saboter car ils sont persuadées d’être « maudits » ou de ne pas avoir droit au bonheur. Et, comme le disait Greg Hallet à Sally : les malédictions n’ont de pouvoir que si l’on y croit.

Une intrigue prétexte donc, qui sert avant tout à justifier cette suite, même si elle est à priori basée sur le volume 4 de la saga littéraire d’Alice Hoffman, qui est la suite du premier tome et la conclusion de la série qui compte également deux prequels.  Alors certes, on sent un peu, sur la fin, que le film aurait aimé nous dire à quel point Sally, de nouveau dans le déni, retombe dans ses travers d’antan et conditionne elle-même ses filles… sauf que cette intention supposée ne tient qu’à 2-3 répliques glissées à la quasi toute fin tandis que tout le reste du film et de son intrigue nous hurle le contraire : c’est à dire que la malédiction était à prendre très au sérieux et ne tenait pas à un état d’esprit ou à une forme de peur et de croyance sans recul – un système de croyance au sein duquel chaque revers du destin devient la marque d’un mauvais sort tenace que rien ne saurait annihiler.

Bref, la suite atomise toute portée symbolique cathartique ou presque. Exit la métaphore, la malédiction devient quelque chose de littéral à prendre au pied de la lettre et, à partir de là, le scénario cherche à répéter de manière cynique et opportuniste la recette du premier. En gros : on reprend une structure quasi identique à quelques variations près (et elles sont mauvaises), on saupoudre le tout de fan service jusqu’à la nausée en multipliant les rappels au premier film à l’image comme dans les dialogues, jusqu’à faire un quasi copier-coller de certaines scènes et à reprendre le thème original d’Alan Silvestri et le « Coconut » d’Harry Nilsson à la toute fin dans ce qui est supposé être une joyeuse apothéose et une transmission générationnelle émouvante. La vérité ? De la première à la dernière minute, Les Ensorceleuses 2 est artificiel, sans âme, forcé et excessivement mal écrit et mal réalisé, indigne de son casting de prestige et du film de 1998 comme de l’univers imaginé par Alice Hoffman.

Pourtant, une fois passé la très grosse irritation de l’intrigue-prétexte qui ne pouvait de toute façon augurer de rien de bon, nous avions malgré tout espoir que, même cousue de fil blanc, cette suite se réveille et parvienne à nous surprendre, même un peu. Malheureusement, le patient était déjà mort avant l’apparition de la première image à l’écran et, manifestement, même les pouvoirs magiques des femmes Owens ne pouvaient rien pour le sortir de son trépas. Rentrons dans le détail de l’autopsie…

nicole kidman et sandra bullock dans le film les ensorceleuses 2

Un casting de prestige mal exploité, qui s’efforce de meubler

Nous l’avons dit : Les Ensorceleuses 2 est paresseux au possible et ne fonctionne quasiment que par répétition, de manière totalement artificielle. En lieu et place de la mort du premier mari de Sally dans le film de 1998, nous avons donc droit à la mort de tante Jet (Dianne Wiest) et à un accident qui laisse le fiancé de Kylie, l’une des deux filles de Sally, dans le coma, précipitant les événements du reste du film. La mort de l’une des tantes était logique et prévisible et elle aurait pu donner lieu à des scènes émouvantes, d’autant plus que celle-ci a conscience de son trépas imminent et cherche à le cacher à sa famille. Malheureusement, le corollaire direct de l’artificialité du film est que l’émotion est absente. Entre des dialogues trop bavards et explicites, une mauvaise réalisation et des effets spéciaux dépassant de loin le kitsch de ceux du film de Griffin Dunne – qui ont finalement assez bien vieilli et que l’on peut trouver touchants dans leur aspect conte – les actrices n’ont rien à défendre et le résultat nous laisse entre gêne et indifférence.

Côté casting, clairement, Nicole Kidman est celle qui s’en sort le mieux. Elle retrouve Gillian avec un certain plaisir semble t il et apporte son charisme, son entrain et son naturel, rendant presque agréables certaines scènes pourtant pas folichonnes. Elle tente de sauver les meubles comme elle peut et, en fin de compte, nous avons donné un demi-point en plus au film sur sa seule performance. C’est simple : si elle avait été absente, peu de choses nous auraient empêché de sortir de la salle.

Pour le reste, beaucoup de talent gâché, entre de bons acteurs très mal employés et dirigés (Maisie Williams, Joey King, Lee Pace, Stockard Channing) ou tout simplement en pilote automatique. Ce qui est clairement le cas de Sandra Bullock, triste et figée, qui semble aussi mal en point que son personnage derrière le costume de Sally et ne semble pas y croire… sauf le temps de 2 scènes au bout d’1h50 – donc autant dire trop peu et trop tard. Alors certes, Sally est supposée être triste, distante et figée dans cette suite qui traite très clairement de deuil – une situation que l’actrice traversait elle-même suite au décès de son compagnon en 2023 et qui n’a pas nécessairement dû rendre le film simple à tourner pour elle… Le véritable problème étant que, sans vraie direction d’acteurs, sans vision et sans une véritable histoire écrite convenablement, l’actrice n’avait pas grand-chose auquel se raccrocher… et le spectateur non plus, du coup. Car le film manque de chair et d’une émotion plus brute, plus organique, moins manufacturée.

Le pire reste Lee Pace, acteur charismatique dont le personnage de professeur Wright est utilisé comme faire-valoir dès sa première apparition à l’écran, au point que cela en devient très rapidement gênant.

On sauvera de ce naufrage 3 scènes (de manière toute relative, mais le reste est tellement mauvais qu’elles brillent au milieu par simple contraste) : l’une où le personnage de Nicole Kidman, taquine et tendre envers sa soeur, emploie une métaphore à base de hamster aviateur après s’être comporté en gamine, une autre sur la fin où Lee Pace a enfin un échange émouvant avec Sandra Bullock et où l’on ressent enfin un tant soit peu d’émotion et d’alchimie entre les deux et, enfin, une courte séquence où Sally prend sa fille dans ses bras et se reconnecte enfin émotionnellement à elle.

sandra bullock et nicole kidman dans la scène de fête dans les ensorceleuses 2

Warner tente de répéter la recette, la magie ne prend pas

Au rayon artificiel et manufacturé, on rangera aussi les différents « efforts » de la production pour tenter de reproduire l’atmosphère chaleureuse, intimiste et « magique » du premier film. Les Ensorceleuses 2 baigne dans une ambiance cosy par excellence. C’était évidemment déjà le cas du 1, sauf que la suite le fait consciemment, de manière totalement cynique, en se contentant de « plaquer » les attributs extérieurs d’une ambiance cosy. Ainsi, Sally travaille dans une bibliothèque, boit du thé, les héroïnes préparent des tourtes pour l’anniversaire de leur tante Jet ou encore dégustent de la crème anglaise à la cuillère dans une charmante vaisselle vintage d’une auberge familiale et, évidemment, allument des bougies et s’offrent des classiques de la littérature pour séduire les booktubeuses et bookstagrammeuses qui ont été parmi les premières à faire de cette tendance un phénomène.

Quant à la B.O., on est face à un sacrilège. Les partis pris sont dans la lignée de celle du premier film, entre classiques folk et country – « Landslide » de Fleetwood Mac succède à « A Case of You » de Joni Mitchell – et titres contemporains, du « Howl » de Florence + the Machine à « And So It Goes » de Brandi Carlile. Là encore, le film essaie dur (trop dur) de recréer l’atmosphère, le charme particulier et la magie du premier film et ne parvient qu’à nous en livrer une caricature. Au point que, en dehors de l’utilisation de la chanson de Brandi Carlile sur la fin, le film de Susan Bier réussit à rater l’utilisation de quasiment tous les très bons morceaux dont il a obtenu les droits d’utilisation puisque tous sont quasiment mal employés et/ou mal mixés et montés au sein des séquences où ils apparaissent. Cela vaut d’ailleurs pour le thème « Practical Magic » composé par Alan Silvestri pour le premier film, mais aussi de l’autre titre phare du film, « Coconut » de Harry Nilsson, que le film reprend à la toute fin. Un comble !

sandra bullock dans le rôle de sally dans les ensorceleuses 2

Une suite inutile à un joli film fantastique féministe des années 90

Au delà de sa non-écriture, avec un scénario qui tire bien trop en longueur et est bien trop bavard sans jamais rien dire la plupart du temps, le film est surtout très mal réalisé et très impersonnel, là où la réalisation de Griffin Dunne, critiquée en son temps, faisait preuve de plus de sincérité et d’originalité derrière son vernis de film de studio des années 90, que ce soit dans les scènes fantastiques ou les scènes intimistes, qui possédaient un véritable caractère, une vraie chaleur. Ici, malgré tous nos efforts, on sauvera (sans exagération mesquine) 2-3 plans de transition sur le ciel et un gros plan en contre-plongée sur une corneille. Sur un film de plus de 2h, c’est bien peu. Là où la scène de désenvoûtement finale du 1 était un pic émotionnel, mais aussi un moment effrayant, le désenvoûtement du professeur Wright incarné par Lee Pace (et qui permet d’introduire le personnage) apparaît ici ridicule et vraiment gênant, et Susan Bier semble incapable de faire le moindre petit panoramique ou le moindre effet correctement. Son Bird Box réalisé pour Netflix avec Sandra Bullock était loin d’être brillant mais se laissait regarder à défaut d’être convaincant ; ici, on se demande si elle était vraiment derrière la caméra et ce qu’il s’est passé durant le tournage. Mais peut-être cherchons-nous à trouver au film des excuses qu’il n’a pas. Après tout, un projet ne reposant sur aucune vision, aucune véritable raison d’exister, ne pouvait qu’aller dans le mur.

Au final, Les Ensorceleuses 2 est à l’image de ce que les personnages ne cessent de dire à Sally tout au long du film, c’est-à-dire qu’elle n’est plus vraiment là. Le problème, c’est que si l’état émotionnel d’un personnage se justifie par le scénario, ici, malheureusement, c’est le film qui est absent à lui-même et que l’on passe 2h10 à appeler de nos vœux pour qu’il se réveille et se révèle… en vain. Pour enfoncer le clou et illustrer de manière éloquente notre déception, l’auteure de cet article terminera par cette anecdote personnelle véridique : en cherchant les différents tomes de la saga littéraire sur Amazon, je suis tombée sur le journal des sortilèges officiel du film, qui sortira au mois de novembre. Un très beau carnet en grand format façon grimoire, dont le prix approche les 40 euros. Mon enthousiasme à l’égard de ce carnet est inversement proportionnel à celui éprouvé face à cette suite indigente. Et il y a de quoi se poser des questions quand un grand studio décide de ressusciter l’une de ses franchises pour vendre des carnets à son coeur de cible. Une célébration du film original à l’occasion d’une jolie sortie en Blu-ray 4K aurait été préférable… et n’empêchait aucunement la vente de carnets et de merchandising de manière générale. Il faut croire que Warner a voulu capitaliser sur le regain d’intérêt autour d’un film qui lui a fait perdre de l’argent à l’époque afin de ne pas rester sur un échec. Ce cynisme en dit long sur la considération que le studio porte à ce film devenu culte et à ses admirateurs. 

[Critique] Les Ensorceleuses 2 : Une suite opportuniste déclarée morte à la naissance

Article écrit par

Cécile Desbrun est une auteure spécialisée dans la culture et plus particulièrement le cinéma, la musique, la littérature et les figures féminines au sein des œuvres de fiction. Elle crée Culturellement Vôtre en 2009 et participe à plusieurs publications en ligne au fil des ans. Spécialiste de la femme fatale dans l'œuvre de David Lynch, elle effectue également un travail de recherche approfondi sur les artistes américaines Tori Amos et Taylor Swift. Directrice de publication du site, elle en corrige également les articles, au-delà de leur validation.

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