[Critique] Cocorico 2 : Quand le deuxième tour ne fait plus rire

Caractéristiques

  • Titre : Cocorico 2
  • Réalisateur(s) : Julien Hervé
  • Scénariste(s) : Julien Hervé
  • Avec : Christian Clavier, Didier Bourdon, Sylvie Testud, Marianne Denicourt, Chloé Coulloud, Fred Testot...
  • Distributeur : SND
  • Genre : Comédie
  • Pays : France
  • Durée : 1h31
  • Date de sortie : 8 avril 2026
  • Acheter ou réserver des places : Cliquez ici
  • Note du critique : 4/10
★★★★★
★★★★★

Après un premier Cocorico qui, sans être une grande comédie, parvenait à arracher quelques sourires grâce à une écriture plutôt efficace et surtout à l’alchimie entre Christian Clavier et Didier Bourdon, il était difficile de ne pas se demander ce qu’un deuxième volet pouvait encore raconter.

Le premier film avait au moins pour lui l’effet de surprise, son principe reposait sur une mécanique simple, permettant aux deux familles de découvrir progressivement des origines qu’elles n’avaient absolument pas imaginées et cela même si la méthode scientifique en question n’est pas aussi fiable que le premier volet voulait bien nous la décrire.

Et c’est sur cette ambiguïté que Cocorico 2 se focalise pour surenchérir, quitte à contredire son propre postulat de départ.

Le Coq chante faux

Avant, les quiproquos fonctionnaient, certains dialogues faisaient mouche et, pendant une bonne partie du film, la confrontation entre les personnages créait une véritable dynamique comique.

Avec Cocorico 2, le problème apparaît malheureusement très vite : le film ne prolonge pas réellement cette mécanique, il la remet en marche.
Et lorsqu’une comédie reprend presque à l’identique un procédé dont la surprise constituait une grande partie de l’intérêt, il lui faut nécessairement trouver autre chose. Or, ici, ce renouvellement n’arrive jamais véritablement.

christian clavier et didier bourdon dans le film cocorico 2

Une histoire qui recommence au lieu de continuer

Le premier problème est scénaristique : le principe même du deuxième film oblige les auteurs à revenir sur ce qui avait déjà été établi précédemment.
Le test ADN, qui constituait le moteur de l’intrigue du premier film, est en quelque sorte remis sur la table. Le problème est que cette nouvelle utilisation donne l’impression de contredire le fonctionnement du récit précédent : ce qui devait fournir une réponse devient finalement prétexte à une nouvelle série de découvertes.

On comprend évidemment l’intention : il faut bien trouver une raison de réunir à nouveau les personnages et de provoquer de nouveaux quiproquos. Mais cette fois, le mécanisme paraît beaucoup plus fabriqué et au lieu de donner l’impression d’une véritable prolongation de l’histoire, cette nouvelle enquête génétique ressemble surtout à un moyen de remettre les compteurs à zéro. Le spectateur sait déjà où tout cela va mener : nouvelles origines, nouvelles révélations, nouvelles réactions outrées ou incrédules – le principe qui avait créé la surprise devient une routine.

Et c’est probablement là que Cocorico 2 perd une grande partie de son potentiel comique, n’en déplaise à certaines autres critiques qui trouvent ce nouveau volet plus drôle car moins irrévérencieux selon leurs critères. Problème : le public n’est pas d’accord pour changer et a accueilli beaucoup moins favorablement ce second volet depuis sa sortie. Surprise !

christian clavier marianne denicourt sylvie testud et didier bourdon dans la comédie cocorico 2

Un recentrage malheureux

Le duo Clavier-Bourdon fonctionne encore, mais ils sont désormais trop figés dans leurs profils respectifs. Clavier garde ce côté pédant et sûr de lui, tandis que Bourdon lui rend la réplique d’une façon désabusée à la limite de la rupture nerveuse.

Dans le premier film, cette opposition permettait de créer un équilibre assez amusant, mais aucun des deux personnages n’était véritablement réduit à une seule fonction. Ils avaient leurs défauts, leurs contradictions, mais aussi une certaine personnalité et même une forme de panache, et c’est précisément cet équilibre qui disparaît ici.

Le scénario semble avoir décidé de faire porter l’essentiel des travers du récit à ces deux personnages alors que leurs épouses respectives n’étaient pas en reste dans l’original niveau loufoquerie. Là, comme l’expérience du premier métrage a dû confirmer l’inutilité du couple de mariés (l’union d’une féministe agaçante et moralisatrice avec un homme déconstruit transparent), les épouses prennent le relais et sont davantage utilisées comme porteuses de remarques moralisatrices, perdant au passage leur humour et leur crédibilité. Le duo principal devient alors moins des personnages comiques confrontés à leurs propres contradictions que des hommes constamment placés en position de devoir se justifier.

Et cela change considérablement la perception que l’on peut avoir d’eux car un personnage peut être prétentieux, borné, maladroit ou même franchement insupportable et rester drôle. Il suffit pour cela qu’il possède suffisamment de personnalité pour que ses défauts deviennent des ressorts comiques. À force de vouloir corriger les travers de ses personnages principaux via le prisme du jugement et de la morale, le film finit paradoxalement par les rendre moins intéressants, leur faisant perdre une partie de cette humanité qui permettait au premier film de fonctionner.

C’est dommage, car une comédie de ce type gagne généralement à multiplier les points de friction et la rencontre des deux familles dans le premier opus permettait de créer une véritable circulation comique : les réactions des uns nourrissaient celles des autres, les défauts de chacun pouvaient devenir les problèmes des autres et les dialogues produisaient ainsi une dynamique collective – exception faite du couple de mariés sans intérêt déjà cité.

Le résultat est assez paradoxal : alors que le premier film pouvait réunir plusieurs personnalités comiques, le deuxième réduit progressivement son propre terrain de jeu et sous-exploite ses personnages secondaires.

didier bourdon et christian clavier au bar dans le film cocorico 2

Une comédie qui tente de se justifier pour exister

C’est probablement le changement le plus regrettable. Le premier Cocorico pouvait se permettre d’être parfois politiquement incorrect ou simplement moqueur parce que les situations reposaient d’abord sur les personnages. On pouvait rire de leurs réactions, de leurs contradictions ou de leur mauvaise foi.
Dans ce deuxième volet, le film semble davantage préoccupé par la nécessité de remettre chacun à sa place. Cette volonté de corriger, d’expliquer ou de moraliser finit par peser sur la mécanique comique. Les personnages ne sont plus seulement confrontés à des situations absurdes : ils doivent régulièrement en tirer une sorte de leçon.

Le problème n’est pas que la comédie possède un propos, le problème est que le propos finit par prendre la place du gag. Et cela se ressent particulièrement parce que les situations elles-mêmes sont désormais attendues. Le premier film pouvait faire rire simplement parce qu’on découvrait progressivement jusqu’où les révélations allaient conduire alors que dans le deuxième, le spectateur connaît déjà le principe. Il faut donc que les personnages soient suffisamment drôles pour compenser cette absence de surprise. Or, ils le sont moins.

Une réalisation toujours très fonctionnelle

Sur le plan de la réalisation, Cocorico 2 ne cherche manifestement pas à révolutionner quoi que ce soit. Comme dans le premier film, la mise en scène reste très fonctionnelle et donne parfois davantage l’impression d’assister à une pièce de théâtre filmée qu’à une véritable comédie de cinéma. Cela n’était pas nécessairement gênant dans le premier volet, puisque les dialogues et les confrontations entre les personnages constituaient précisément l’intérêt principal du film. Le deuxième tente bien d’ouvrir davantage son espace, mais cela n’apporte finalement pas grand-chose : les décors changent, les personnages se déplacent davantage, mais la mécanique reste essentiellement la même.

La dernière séquence au commissariat offre toutefois quelques répliques amusantes, notamment autour de l’interrogatoire et de la manière dont les personnages doivent répondre aux questions concernant leur identité et leur appartenance à la France. Quelques bons moments donc, mais trop tardifs pour redresser l’ensemble.

La musique, quant à elle, reste très secondaire : elle sert essentiellement à accompagner les séquences et à leur donner un minimum de rythme, sans constituer véritablement un élément remarquable de la réalisation.

didier bourdon et christian clavier dans la comédie française cocorico 2

Le chant du cygne et non du coq

Cocorico 2 souffre finalement d’un problème assez classique pour une suite de comédie : il reprend ce qui fonctionnait dans le premier film sans retrouver ce qui en faisait la fraîcheur. L’alchimie entre Christian Clavier et Didier Bourdon fonctionnant encore, quelques dialogues font mouche et certaines situations, notamment dans la dernière partie, parviennent encore à provoquer quelques sourires, mais l’effet de surprise a disparu, tandis que les défauts du premier film semblent amplifiés.

Le scénario tourne autour d’un mécanisme déjà utilisé, les personnages secondaires sont beaucoup moins présents et la volonté de faire porter le poids de la morale aux personnages principaux finit par les rendre moins drôles et surtout moins attachants. Là où le premier Cocorico possédait un certain équilibre entre les travers de ses personnages et leur capacité à les assumer, cette suite semble avoir perdu ce point d’ancrage.

En définitive, Cocorico 2 n’est pas véritablement une nouvelle histoire : c’est davantage une nouvelle variation autour d’une mécanique dont le potentiel comique avait déjà été largement exploité. Et lorsque même une comédie reconnaît implicitement qu’elle n’a plus grand-chose à raconter en ouvrant déjà la porte à un troisième épisode, le problème devient assez évident.

[Critique] Cocorico 2 : Quand le deuxième tour ne fait plus rire

Article écrit par

Depuis toujours, je perçois le cinéma, certes comme un art et un divertissement, mais aussi et surtout comme une porte vers l'imaginaire et la création. On pourrait dire en ce sens que je partage la vision qu'en avait Georges Méliès. Avec le temps, de nombreux genres ont émergé, souvent représentatifs de leurs époques respectives et les bons films comme les mauvais deviennent ainsi les témoins de nos rêves, nos craintes ou nos désirs. J'ai fait des études de lettres et occupé divers emplois qui jamais ne m'ont éloigné de ma passion. Actuellement, sous le pseudonyme de Mark Wayne (en hommage à l'acteur John Wayne et au personnage de fiction Bruce Wayne alias Batman), je rédige des critiques pour le site "Culturellement Vôtre". Très exigeant dans ma notation des films, en particulier concernant le scénario car c'est la base sur lequel aucun bon film ne peut émerger s'il est bancal ou pour le moins en contradiction avec son sujet. Je conserve une certaine nostalgie d'une époque qui me semble (pour l'instant) révolue où le cinéma ne se faisait pas à base de remakes, intrigues photocopiées et bien-pensance. Néanmoins, rien n'entame mon amour du cinéma, et chaque film que je regarde me le rappelle, car bons ou mauvais, ils restent le reflet de notre époque.

Et maintenant, on fait quoi ?

L'équipe de Culturellement Vôtre vous remercie pour vos visites toujours plus nombreuses, votre lecture attentive, vos encouragements, vos commentaires (en hausses) et vos remarques toujours bienvenues. Si vous aimez le site, vous pouvez nous suivre et contribuer : Culturellement Vôtre serait resté un simple blog personnel sans vous ! Alors, pourquoi en rester là ?

+1 On partage, on commente

Et pour les commentaires, c'est en bas que ça se passe !

+2 On lit d'autres articles

Vous pouvez lire aussi d'autres articles de .

+3 On rejoint la communauté

Vous pouvez suivre Culturellement Vôtre sur Facebook et Twitter (on n'a pas payé 8 euros par mois pour être certifiés, mais c'est bien nous).

+4 On contribue en faisant un don, ou par son talent

Culturellement Vôtre existe grâce à vos lectures et à l'investissement des membres de l'association à but non lucratif loi 1901 qui porte ce projet. Faites un don sur Tipeee pour que continue l'aventure d'un site culturel gratuit de qualité. Vous pouvez aussi proposer des articles ou contribuer au développement du site par d'autres talents.

S’abonner
Notification pour

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.

0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Retour en haut
0
Nous aimerions avoir votre avis, veuillez laisser un commentaire.x