Halloween de John Carpenter (1978) : critique du film

image affiche halloween john carpenterUn slasher précurseur

Après un méga retard, voici donc enfin ma critique d’Halloween dans le cadre du défi John Carpenter. Comme je l’ai déjà expliqué plus tôt, je suis très occupée cet été, d’où ce retard… Je vais essayer de faire la critique de deux films supplémentaires du réalisateur ce mois-ci, mais je ne sais pas vraiment à quel rythme je poursuivrai le défi jusqu’en octobre. De toute évidence, je zapperai des films et j’en regarderai probablement d’autres les uns à la suite des autres. Quoi qu’il en soit, j’ajouterai quand même les liens vers les critiques des autres participants (ce que j’avais négligé de faire ces temps-ci).

Halloween, donc. J’ai sauté Dark Star (que je regarderai plus tard) pour arriver directement à ce film car j’avoue que je ne l’avais jamais vu, alors que ça fait pourtant des années que je veux le voir et que j’aime beaucoup le cinéma fantastique et les films d’horreurs. Allez comprendre… J’avais déjà étudié en cours la célèbre scène d’ouverture mais pour le reste, je connaissais surtiout le film à travers les articles de cinéma que j’avais lus et à travers la trilogie Scream.

Carpenter et la génération Scream

halloween51Il me semblait donc important de voir ce film et, en même temps, j’avoue que j’avais un peu peur d’être déçue. Après tout, Carpenter a inspiré tellement de cinéastes avec ce slasher qu’on aurait pu craindre que cette Nuit des masques ne soit plus du totu impressionnante ou surprenante de nos jours. Heureusement, il n’en est rien. Après une vague crainte lors des dix premières minutes à cause de la musique, qui me semblait de prime abord un peu trop 80’s (mais qui reste très très efficace), je me suis laissée emporter par le film avec plaisir.

 

halloween41Évidemment, étant issue de ce que l’on appelle la génération Scream (j’avais 12 ans en 1998 à al sortie de Scream 2 que j’avais du coup pu aller voir au cinéma), la vision d’Halloween a été particulière puisque de nombreux éléments qui ont été repris par les Wes Craven Kevin Williamson & cie. m’ont vraiment sauté aux yeux. Je savais bien entendu que ces films étaient très influencés par Carpenter et Halloween en particulier,  mais toujours est-il que ça m’a fait tout drôle de voir Jamie Lee Curtis dans une maison quasi-similaire à celle de Sydney Prescott, dans un quartier ressemblant, et de retrouver une scène dans une cusine avec un téléphone blanc, etc. Visuellement, les ressemblances sont frappantes, mais les héros de Carpenter sont beaucoup moins glamours.

halloween31Le film en lui-même joue en grande partie sur les ressorts typiques du genre: le tueur, Mike Myers (ridiculement renommé Michel Meyer en VF) est présenté comme un être dépourvu d’âme et de conscience, un animal sanguinaire à l’état pur dont le corps sert de vaisseau au Mal incarné lui-même. Contrairement aux Scream et autres films du genre qui jouent sur le whodunit, nous connaissons son identité dès la scène d’ouverture, lorsque les parents rentrent chez eux et enlèvent le fameux masque blanc au petit garçon de six ans armé d’un couteau de cuisine et qui vient de massacrer sa grande soeur. Le mobile du meurtre est connu dès le départ lui aussi: le tueur en herbe n’avait pas supporté de voir sa frangine de 16 ans faire l’amour avec son petit-ami. Échappé de l’asile dix-sept ans plus tard, il n’aura bien sûr de cesse de punir tous ces vilains adolescents qui ne pensent qu’à s’envoyer en l’air sans se douter qu’une effroyable machine à tuer les guette.

Une maestria visuelle inouïe

halloween71L’intrigue a beau être archi-connue et cousue de fil blanc, le film fonctionne très bien car John Carpenter a le génie pour rendre l’environnement dans lequel évoluent ses personnages ultra-flippant par le biais d’une mise en scène des plus brillantes. Je connaissais sa réputation pour composer des plans excellents qui donnent l’impression d’emprisonner ses personnages au sein d’un espace oppressant, mais cette maestria de composition  m’a vraiment soufflée ici. Carpenter parvient ainsi à transformer son tueur à la démarche aussi pataude qu’un zombie en fantôme apparaissant et disparaissant à l’envie avec une facilité déconcertante. Son reflet apparaît de manière subtile et furtive, tel un rayon de lune, sur la vitre d’une porte ou d’une fenêtre juste derrière un personnage pour disparaître aussitôt.

halloween111Résultat: Mike Myers est doté d’une aura impressionnante et la tension est à son maximum dès qu’il rôde dans les parages, alors que les scènes où il se faufile chez des adolescentes avaient pourtant tout pour être stéréotypées et attendues. Les quelques meurtres du film en deviennent du coup très marquants car le réalisateur manie ce jeu du chat et de la souris avec une rare finesse. Et, j’ai beau apprécier la mise en scène des deux premiers Scream, j’admets volontiers que celle-ci paraît des plus pataudes comparée à l’inventivité inouïe de Carpenter.

halloween61Enfin, dans les rôles traditionnels du type obstiné qui traque le tueur et de l’adolescente innocente dans toute sa splendeur qui va se montrer plus coriace que prévu, Donald Pleasance et Jamie Lee Curtis s’avèrent très bons. Cette dernière apparaît comme une Sydney Prescott en plus ingénue et surprend par la manière dont elle n’est absoiument pas sexuée contrairement à ses deux copines de classe (qui mourront bien évidemment) chaudes comme la braise.

halloween81Évidemment, c’est le physique androgyne particulier de l’actrice qui intéressait Carpenter, mais comme elle avait acquis par la suite le surnom de « The Body » et était devenu un sex symbol des films d’horreurs des 80’s, je m’attendais à plus d’ambiguïté sur ce point, mais non. Je suppose que le cinéaste commence à jouer là-dessus à partir du 2, pour le moment, le personnage de Laurie se fiche éperdument du sexe et c’est ça qui la sauve, of course (même si elle est bien évidemment pourchassée à la fin), puisqu’elle passe son temps à garder son petit-frère et la petite sœur d’une de ses amies – des gamins, qui, comme il se doit, perçoivent le danger représenté par le « croque-mitaine. »

En définitive, j’ai beaucoup apprécié Halloween la nuit des masques et je n’ai absolument pas été déçue. Malgré tous les films qui ont pris modèle sur ce classique, le film de Carpenter n’a pas vieilli et reste diablement efficace malgré une intrigue cousue de fil blanc qui ne pose en fin de compte aucun problème et accentue même le plaisir un brin sadique que l’on prend à se laisser piéger par ce jeu du chat et de la souris.

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Fais-moi-peur-Carpenter-Youmurderer2  

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.
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