image régricOn a rencontré Régric, l’illustrateur du dernier album Lefranc en date : L’Homme-Oiseau. Une belle discussion avec un homme humble, ouvert, sympathique.

Culturellement Vôtre : L’Homme-Oiseau est votre cinquième travail d’illustration pour la licence Lefranc, en quoi il se distingue des précédents ?

Régric : J’ai l’impression que je progresse d’album en album, je maîtrise davantage la technique. C’est imperceptible mais certains me le disent. Mais ce qui me semble important est qu’à chaque ouvrage il y a un renouvellement des scénarios, qui emmène à se documenter sur des pays complètement différents à chaque fois. Comme de ce côté ça se renouvelle en permanence, c’est à chaque fois une remise en question sur toute la documentation.

Culturellement Vôtre : Notamment côté véhicules, dont on sent bien que vous êtes un amoureux ?

Régric : Oui, dans la série il y a toujours eu beaucoup d’avions, des tas de voitures, des sous-marins, enfin plein de moyens de locomotion. Je trouve que dans L’Homme-Oiseau il y en a un peu moins que d’habitude, deux ou trois jeep, évidemment un sous-marin. Mais oui, ça les voitures c’est un domaine qui passionnait Jacques Martin, les avions aussi, donc oui ça fait partie intégrante de la série… et il faut s’y atteler correctement.

Culturellement Vôtre : Depuis Noël Noir vous avez repris le style de Bob de Moor dans Le Repaire du Loup, c’est une proposition de votre part ou c’est quelque chose qu’on vous a demandé ?

Régric : On ne m’a pas demandé ça, j’ai décidé de moi-même de partir dans ce style que je situe entre de Moor et Martin. Jacques Martin était au courant de ce choix, il l’avait même vu puisque j’ai travaillé avec lui de son vivant, et il m’avait effectivement confié que ça lui rappelait le style de Bob de Moor. Ça lui allait bien d’ailleurs, il trouvait ça très bien. J’ai continué dans cette voie-là, ce qui fait que j’ai un style qui, me semble-t-il, plaît beaucoup aux lecteurs. Et c’est vrai que de Moor et Martin sont mes deux dessinateurs réalistes préférés, donc ça se retrouve forcément dans les albums.

Culturellement Vôtre : Noël Noir est le premier album Lefranc que vous ayez signé, après les trois albums centrés sur l’aviation. Comment êtes-vous arrivé sur cette série ?

Régric : Oui, auparavant j’avais fait trois albums sur l’aviation, en étroite collaboration avec Jacques Martin. Et, à un moment donné, il a été question de mettre une deuxième équipe sur la série Lefranc, et là on m’a proposé de le faire… et je n’ai pas dit non évidemment. Parce que c’est une opportunité formidable que de pouvoir dessiner les aventures d’un personnage que je lisais quand j’étais gamin. Je me suis lancé comme ça, la fleur au fusil, mais voilà : c’était une proposition de l’éditeur.

Culturellement Vôtre : Il y a un très joli travail sur la couleur dans ces albums, de quelle manière travaillez-vous avec le coloriste Bruno Wesel ?

Régric : Une fois que les planches sont terminées, scannées, elles sont envoyées à l’éditeur qui, ensuite, transmet au coloriste. Il fait son coloriage, je lui envoie dès ce moment la documentation, tout en lui laissant une grande possibilité d’improvisation, notamment sur la couleur des vêtements. Mais pas sur des choses très précises, comme l’armement, les uniformes militaires, même les véhicules. Il y a des choses, comme les drapeaux, où l’on ne peut pas mettre ce qu’on veut, donc dans ces cas-là il y a beaucoup de documentation que je lui envoie. Bruno Wesel me renvoie les planches une fois coloriées, et je fais les corrections, sur des oublis éventuelles, ou des petites erreurs. Puis c’est validé, et c’est parti.

image l'homme oiseau guy lefrancCulturellement Vôtre : Justement, vous êtres-vous passionné pour l’île de Pâques ?

Régric : J’ai une passion pour l’archéologie, ça me fascine même si je n’ai pas eu l’occasion d’aller sur place. J’ai rencontré énormément de gens qui y sont allés, j’ai l’impression que la Terre entière a visité cette île à part moi (rires). Tout s’est fait par recherches sur Internet etc. Et j’ai surtout bénéficié de l’aide d’un spécialiste, qui est d’ailleurs remercié en ouverture de l’album. Il m’a envoyé de la documentation sur l’île de Pâques, mais des années 1950. Parce qu’autant aujourd’hui l’endroit est un peu emménagé, autant à l’époque c’était quasiment le moyen-age. Il y avait des châtiments corporels par exemple, et tout état tenu d’une main de fer par le gouverneur et le prêtre, qui est d’ailleurs représenté dans l’album. Le seul village de l’île était entouré de barbelés, pas le droit de sortie, et attention au voleur pris la main de le sac : il pouvait finir traîné derrière une charrette, fouetté, ce genre de choses. Et puis la population locale était maintenue dans un état de pauvreté assez incroyable, pendant que tout le reste de l’endroit était consacré à l’élevage de moutons. Les animaux pouvaient gambader, pas les humains. Tout ça je l’ai su grâce à la documentation de François Dederen, histoire de sortir des photos de touristes qui sont très bien pour la représentation des autochtones Moaïs, mais pour rentrer dans les détails de 1950 il n’y avais rien du tout. Donc là, grâce à cette documentation, j’ai pu gratter une matière beaucoup plus pointue.

Culturellement Vôtre : Vous pouvez nous en dire plus sur la prochaine aventure de Lefranc ?

Régric : Ça devrait se passer en haute mer, mais il est en cours d’écriture donc je n’en suis pas encore au premier coup de crayon. Mais je ne sais pas si ce sera le prochain, on travaille en deux équipes, donc je ne sais pas si le prochain album sera de cette équipe-là, ou de l’autre. Ça mijote, toujours avec le même scénariste, Roger Seiter, qui a trouvé quelque chose de très innovant.

Culturellement Vôtre : Pour finir, avez-vous des projets parallèles ?

Régric : Oui, je développe des projets personnels, mais là ce n’est pas très avancé. Il y a certaines choses que j’aimerais faire en solo, à l’écriture et aux dessins, pour être aux commandes de toute la machine. J’avais fait un album, il y a quelques années, une histoire avec des voiture, sur l’histoire de la Mini Cooper, ça s’appelait Été Indien pour la Mini. Ça avait été une bonne récréation, dans un autre style, j’aimerais m’y remettre mais ce n’est pas évident. Je serais plutôt d’aller vers l’humoristique en tout cas…

Lefranc T.27 : L’Homme-Oiseau, par Roger Seiter et Régric. Aux éditions Casterman, 48 pages, 11.50 euros. Sortie le 13 avril 2016. 

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Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
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