image robbie burns witch hunterLe poète et l’Abysse

L’imaginaire a toujours fantasmé sur les forces de l’ombre qui, d’une manière ou d’une autre, auraient pu influencer des personnages historiques pourtant bien réels. Grosse part d’agréable rêverie bien entendu, on peut citer Abraham Lincoln : Chasseur de vampires, mais aussi envie fascinante de profiter de zones d’ombre entourant ces figures rentrés au Panthéon des personnalités. Ici, nous nous intéressant à l’un des poètes les plus doués de tous les temps : l’écossais Robbie Burns, surnommé « le fils favori de l’Écosse », dont les œuvres sont autant de sources d’inspiration citées par Bob Dylan ou même… Michael Jackson !

Robbie Burns : Witch Hunter aborde donc le plus-que-célèbre poète du dix-huitième siècle, afin d’en conter une façade sans doute moins connue : sa carrière de fléau du Mal, de chasseur de (vraies) sorcières. Un angle que les récits biographiques ont mis de côté, et qui se devait d’être mis à jour. Alors que Robert (Robbie n’est qu’un surnom, quel parent pourrait appeler son enfant de la sorte ?) rentre d’une soirée passée à convoiter la femme d’un autre, et qu’il doit essuyer les coups des hommes peu enclin à le comprendre, le barde tente de trouver une inspiration qu’il n’a que peu. En chemin, il est attiré par de bien singulières lumières qui s’échappent de la vieille église d’Alloway. Attiré comme un moustique, Robbie Burns découvre alors un véritable sabbat de sorcières, lesquelles ne tardent pas à le flairer et se lancer à sa poursuite. Heureusement, entre temps il a croisé le destin de deux chasseurs de sorcières : la très puissante Meg et son vieux maître, armés jusqu’aux dents et préparés à ces joutes paranormales. Le vieil homme décèle chez le poète des qualités cachées…

Robbie Burns : Witch Hunter part donc dans une fantaisie très permissive, pour notre lus grand plaisir. Le but est évidemment de jouer de nos fantasmes : et si le poète a laissé à l’humanité des œuvres divinement impressionnantes, on peut aussi profiter du caractère surnaturel de certaines pour imaginer l’intervention dans la vie du barde d’événement loin d’être terre-à-terre. Si l’on complète cela par la très sombre période que traversait l’Europe, et la chasse aux sorcières d’une Église qui avait totalement pété les plombs, dès lors le gros était fait : Robbie Burns et la sorcellerie sont deux éléments clairement conciliables et forment le terreau d’un récit pas renversant mais tout à fait convenable pour une lecture détente très charmante.

image extrait robbie burns witch hunterRobbie et ses démons dans un comics soigné

Aux commandes de Robbie Burns : Witch Hunter, on trouve quatre mains : celles d’Emma Beeby et de Robbie Burns, deux auteurs expérimentés qui apportent à ce comics une cohérence de tonalité assez croustillante. Ce duo, qui est notamment passé par la case Judge Dredd avec un beau succès, s’en donne à cœur joie avec cette histoire : ça défouraille pas mal, le suspens est au rendez-vous même si l’on sent peut-être un peu le récit se presser vers la fin. Côté action, fantastique et humour, impossible d’être déçu tant les situations s’enchaînent avec un panache sans fausse note. Mais Robbie Burns : Witch Hunter, ce n’est pas uniquement du fun, c’est aussi une véritable compréhension de ce que pouvait être ce personnage au sein d’une époque troublée. Les auteurs placent évidemment le côté grivois du poète, mais aussi son envie de libérer la femme du fléau religieux du moment. On fait donc face à une BD qui cherche à divertir sans pour autant oublier l’époque dans laquelle elle s’inscrit, tout en respectant les motivations de la personnalité dont elle s’inspire.

Pour donner vie à Robbie Burns : Witch Hunter, c’est Tiernen Trevallion qui a été choisi, et voilà une décision qui se comprend dès les premières pages. Le dessinateur est habitué à travailler avec Gordon Rennie, et son style à la fois sombre et flamboyant donne une atmosphère glauque très marquée, sans pour autant oublier le sentiment romanesque propre aux personnages. Signalons que le lettrage assuré par Jim Campbell finit de former une œuvre délicieusement lugubre et ténébreuse, un élément qui donne une impression de jusqu’au-boutisme très satisfaisante. Cette donnée était importante pour ne pas perdre de vue la tonalité des poèmes de Robbie Burns qui, par ailleurs, figurent pour certains en fin d’ouvrage parmi les croquis préparatoires. Une édition de qualité pour ce Robbie Burns : Witch Hunter qui accouche d’un résultat bien sympathique.

Robbie Burns : Witch Hunter, écrit par Gordon Rennie et Amma Beeby, illustré par Tiernen Trevallion. Aux éditions Glénat Comics, 112 pages, 14.95 euros. Parution le 29 juin 2016. 

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato