image glenat comics hadrian's wall t1Un excellent polar dans l’espace intersidéral

L’espace, ce vide infini que l’Homme aimerait remplir de sa présence. Il est indéniable que les scénaristes de tous horizons sont naturellement par ce terrain de jeu, qui offre un paradoxe inégalable : l’immensité seulement accessible au sein d’un environnement en huis clos. Hadrian’s Wall Tome 1 s’empare de cette situation pour construire son récit qui, nous allons le voir, a de quoi contenter un public large. Ce qui n’était pas une mince affaire, quand on sait à quel point la pure science-fiction n’a pas toujours été très bien traitée dans l’univers comics.

Hadrian’s Wall Tome 1 débute en 2085, alors que la situation géopolitique sur Terre a totalement explosée cent ans plus tôt entre les États-Unis et la Russie. Après une guerre nucléaire dévastatrice, les deux superpuissances se sont rapprochées et ont créé Thêta, une colonie spatiale sur le point d’imploser. C’est dans ce contexte très tendu que navigue l’Hadrian’s Wall, vaisseau en charge d’explorer l’espace à la recherche de matières exploitables. Seulement, alors que la mission vivote, un membre de l’équipage décède brutalement, dans sa combinaison alors qu’il était sensé réparer au fur et à mesure les avaries de l’engin. Afin de faire la lumière sur cet événement alarmant, l’enquêteur Simon Moore est dépêché au sein de la mission. Sur place, il découvrira que ce décès est peut-être un meurtre déguisé…

Hadrian’s Wall Tome 1 est un polar à (très) haute altitude, qui profite d’une situation sensationnelle pour construire un récit qui nous a fortement enthousiasmé. Autant ne pas faire durer le suspens : on est là face à un comics de grande qualité, écrit par un duo maîtrisant parfaitement son sujet. Tout commence par une séquence choc : la mort d’un membre de l’équipage de l’Hadrian’s Wall, dont chacun des détails est fait pour créer le doute chez le lecteur. On attire votre attention sur cette ouverture, dont le découpage carrément cinématographique est à couper le souffle. Ainsi, Kyle Higgins et Alec Siegel (qui ont déjà prouvé leurs qualités avec la très bonne série C.O.W.L.) façonne un univers où le soupçon tient une place centrale, un fait qui sera confirmé tout au long du récit. Tout le monde, du protagoniste principal à la galerie de personnages secondaires, semblent porter un passé douteux et cela provoque une paranoïa de tous les instants.

image t1 hadrian's wallUn des meilleurs comics de cette fin d’année

L’enquête que Hadrian’s Wall Tome 1 déploie permet toute une batterie d’indices qui, au premier coup d’œil, pourront paraître comme mineurs. Et pourtant… C’est d’ailleurs là l’autre force de ce comics : l’ambiance paranoïaque n’exclue pas une enquête qui serait, même sans ce caractère, tout à fait captivante. On apprécie l’écriture du personnage Simon Moore, qui regorge d’éléments forts : passé trouble qui engage l’une des passagères du vaisseau, motivations loin d’être aussi claires que ce qu’on pense en début d’album, addiction problématique à un médicament qui va provoquer, à la suite d’un véritable sabotage, un état de sevrage clairement handicapant pour l’enquêteur. Tout cela en fait un personnage qu’on aime s’approprier, d’autant plus que l’environnement dans lequel il s’inscrit a tout pour être mémorable.

En effet, quand on fait le bilan des qualités d’Hadrian’s Wall Tome 1, impossible de passer outre la direction artistique. Bien entendu, on pensera beaucoup à Alien, de par le huis-clos, la promiscuité et ces couloirs ténébreux qui cachent de bien sordides secrets. Pas de xénomorphes au programme, mais on pourrait presque l’imaginer débouler dans une des somptueuses cases qui forment ce comics. Les décors, les costumes et le style des personnages, notamment les femmes, forment un ensemble cohérent, crédible et très convaincant. Pour que ce soit totalement le cas, il fallait évidemment un illustrateur capable de rendre palpable tout cela. Rod Reis, qui a lui aussi fait ses armes sur C.O.W.L., apporte toute sa science du cadre. On aime particulièrement ses gros plans, toujours très utiles, qui permettent aux lecteurs de bien épier chacune des réactions. Un gros travail sur la colorisation est aussi à souligner, élément qui ne surprend pas spécialement quand on sait que le doué Rod Reis a débuté en tant que… coloriste (sur Superman et Justice League, notamment).

Hadrian’s Wall Tome 1 est, donc une très belle réussite que nous conseillons vivement non seulement aux fans de bandes dessinées, mais aussi à tous les amateurs d’oeuvres de science-fiction et celles et ceux qui apprécient les enquêtes à enjeux grandissants. Ce premier volume se termine sur un twist qui nous laisse en pleine montée de tension, puis sur quelques bonus comme des croquis et une interview exclusive de Kyle Higgins et Alec Siegel. De quoi attendre fiévreusement le deuxième tome qui, espérons-le, ne tardera pas trop (annoncé pour 2017)….

Hadrian’s Wall Tome 1, un comics scénarisé par Kyle Higgins et Alec Siegel, illustré par Rod Reis. Aux éditions Glénat Comics, 144 pages, 16.95 euros. Sortie le 19 octobre 2016. 

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato