[Critique] The Belko Experiment : fun et poil à gratter

Caractéristiques

  • Réalisateur(s) : Greg McLean
  • Avec : John Gallagher Jr., Tony Goldwyn, Adria Arjona, John C. McGinley, Melonie Diaz
  • Distributeur : Blumhouse Productions
  • Genre : Thriller
  • Nationalité : USA
  • Durée : 88 minutes
  • Date de sortie : 3 juin 2017 (VOD)

Merci patron !

image the belko experiment
Ça va chauffer !

On trouve vraiment de tout dans l’offre VOD, c’est un peu le Far West de la cinéphilie. Entre une comédie romantique bidon, et un film de science fiction sans intérêt, voilà que se démarque The Belko Experiment. Pourquoi pend-il du relief par rapport aux autres ? La réponse est simple : grâce au duo aux commandes. Quand on a Greg McLean à la réalisation, et James Gunn au scénario ainsi qu’à la production, ça pose un contexte. Seulement voilà, dans les deux cas on peut soulever des interrogations. Le premier, metteur en scène des très bons Wolf Creek et Solitaire, traversait, au moment de la sortie de la présente œuvre, une sacrée période noire. Enchainer le fichtrement décevant Wolf Creek 2, et le très barbant The Darkness, ce n’est pas bon signe. Le second, lui, n’est pas au mieux depuis Les Gardiens de la Galaxie 2, mais surtout pour des raisons extra-artistiques. Voilà, donc, deux artistes en quête de confiance. Et le film ici abordé pourrait bien la leur rapporter.

Le scénario de The Belko Experiment porte bien la marque de James Gunn, c’est indéniable. Rappelons que cet enfant terrible, viré de chez les puritains (mais féministes inclusifs, donc on n’a pas le droit de les critique à ce qu’il paraît) Disney et Marvel, a débuté sous l’œil avisé de Lloyd Kaufman, le fondateur de Troma, avec le très barré Troméo et Juliet. Son Horribilis est aussi une sacrée péloche bien folle, qui titille le spectateur. Dès lors, voir le récit s’attaquer au monde du travail, des grandes entreprises tout particulièrement, c’est d’une certaine logique. Greg McLean, lui, s’acoquine très bien avec le poil à gratter. Et, ô miracle, voilà qu’il nous épargne ses introductions à rallonge, qui jusqu’ici figuraient parmi les reproches qu’on lui formulait depuis longtemps. On est très vite plongé dans l’immeuble de la société Belko, là où le huis-clos sanglant va se dérouler.

The Belko Experiment est à la convergence de plusieurs styles. On sent tout autant du survival que du slasher. La société Belko, basée en Colombie, fait appel à des employés venus de l’étranger. Et c’est une journée tout à fait banale qui débute, au sein de l’énorme mais isolé immeuble. Enfin presque, car des détails distillent le doute : le service de sécurité est à cran, voire carrément militaire. Et les travailleurs colombiens sont tous absents, sans exception. Tout à coup, une voix envahit l’endroit. Elle prévient les employés : s’ils veulent survivre, il va falloir s’entretuer. Sinon, c’est la mort assurée pour chacun. Et pas d’échappatoire : un épais blindage, d’un métal inconnu, se met en place automatiquement. Très vite, des clans vont se former, et les avis divergent, surtout après une démonstration de force assez gratinée, afin de prouver qu’il ne s’agit pas d’un canular. Dès lors, les plus forts vont vouloir faire la peau aux plus faibles…

La patte de James Gunn trop présente ?

The Belko Experiment peut se targuer de réussir là où de mauvais films, comme Mayhem ont échoué. L’entreprise est un huis-clos, il faut le gérer comme tel, et Greg McLean en est conscient. Ainsi, l’une des tâches les plus difficiles est de nous rendre les lieux compréhensibles, familiers. Pour ce faire, le réalisateur doit choisir quelques endroits efficaces, et s’y tenir. Le toit, le sous-sol, l’entrée, un étage, et c’est amplement suffisant. C’est ici qu’une petite satire du monde professionnel va se produire, mais jamais trop lourde. On ne fait pas face à un film militant, anti-boulot, anti-capitaliste, ça c’est pour les hypocrites cités plus haut. C’est surtout l’âme humaine qui est sondée, par le biais de deux personnages en particulier : Mike (John Gallagher Jr., un peu léger mais charismatique) et Barry (Tony Goldwyn, très bon comme à son habitude). Le premier refuse de voir le monde différemment, reste attaché à l’importance d’une vie. Le second, lui, est prêt à tout pour sauver sa peau, quitte à trucider tout ce qui bouge.

The Belko Experiment fait bien monter la sauce, en décrivant des caractères que l’on observe tous, au sein de nos entreprises. C’est ce qui rend l’ensemble si amusant, et même fun, dans les grosses poussées de violence, qui jouent un peu avec la catharsis. Mais, comme décrit plus haut, cela reste léger, peut-être même à l’excès. Car voilà le gros défaut de ce film : il ne cesse de briser sa tension à grands renforts d’effets contre-productifs. En premier lieu la musique, et là on se tourne plus particulièrement vers James Gunn. On se demande si, dès le scénario, cette envie de dédramatiser n’était pas présente, le bonhomme étant passé professionnel des bandes originales envahissantes. Si cela a  pu fonctionner chez Marvel, c’est beaucoup moins le cas ici, et c’est bien dommage.

Malgré cette grosse retenue, qui peut partiellement gâcher l’expérience, The Belko Experiment fait mouche. La réalisation de Greg McLean retrouve une bonne partie du panache de son début de carrière, et c’est sans aucun doute une excellente nouvelle, même si Jungle, qu’il a mis en scène depuis, est apparemment un nouvel échec Dans le film qui nous intéresse ici, il se laisse aller, nous balance des effets gores bien dégueulasses, à base de crânes défoncés, et de hache plantées en plein visage. On a même le plaisir inespéré d’assister à une toute fin certes passablement crétine, mais qui appelle une suite de manière assez inattendue. On espère qu’elle sera mise en chantier, même si rien n’est prévu pour le moment

6/10

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