[Critique] Stan et Ollie : un biopic intéressant mais trop court

Caractéristiques

  • Réalisateur(s) : Jon S. Baird
  • Avec : Steve Coogan, John C. Reilly, Shirley Henderson, Susy Kane, Danny Huston
  • Distributeur : Metropolitan Filmexport
  • Genre : Biopic
  • Nationalité : USA, Royaume-Uni, Canada
  • Durée : 97 minutes
  • Date de sortie : 6 mars 2019

Un film mal soutenu par sa promotion

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On découvre quelques histoires méconnues autour des deux comédiens. Copyright Metropolitan Filmexport.

Stan & Ollie est l’exemple type du film qui passe inaperçu (du moins aux U.S.A) : acteurs peu bankable, réalisateur et scénariste presque inconnus. Le metteur en scène, Jon S. Baird, n’a, à son actif, que quelques épisodes de série et surtout le film Ordure en 2014 avec James Mc Avoy et le second… encore moins de matière à observer. La promotion du long métrage a brillé par son mutisme, et ce malgré le fait que le sujet aborde la vie de deux monstres sacrés de l’âge d’or américain : Laurel et Hardy. Non, décidément, rien n’était fait pour que l’œuvre ici abordée rencontre le succès, et ce n’est hélas pas la sortie française prochaine qui risque de changer cela, c’est bien dommage. En effet, malgré certains défauts principalement dus à sa durée trop courte par rapport à son sujet, le métrage a des allures de petite pépite vouée, on l’espère, à être reconsidérée avec le temps. La première raison est nulle autre que la composition proprement hallucinante de mimétisme qu’opèrent Steve Coogan (acteur britannique surtout connue du grand public pour ses comédies) et John C. Reilly (acteur américain vu récemment dans les Frères Sisters de Jacques Audiard) vis à vis de leurs modèles d’origine.

Des acteurs en état de grâce

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Les acteurs sont le point fort de ce film. Copyright Metropolitan Export.

Dès les premières minutes du film, nous sommes bluffés par leurs ressemblances physiques mais aussi par leurs attitudes et mimiques qui nous rappellent de manière frappante les icônes de jadis. Au point que cela constitue un rappel douloureux de la politique actuelle de certaines institutions, comme les Oscars, qui, à force de constamment rechercher les films tendances, engagés ou populaires dans leurs sélections, n’ont plus le courage d’aller chercher, dans l’ombre, certaines compositions pourtant vouées à être placées dans la lumière. Car sans vouloir médire sur d’excellents acteurs et actrices nominées ces dernières années, il faut reconnaitre que la cuvée 2019 s’est ainsi dispensée de deux performances écrasantes en ignorant Stan & Ollie. Citons également au casting les rôles de Susy Kane et Shirley Anderson, respectivement compagnes de Stan Laurel et épouse d’Oliver Hardy qui, loin d’être de simples faire valoir caractéristiques de ce genre de biopic, complètent au contraire parfaitement leurs homologues masculins. À la fois compagnes aimantes et louves protectrices, elles permettent au spectateur de mieux saisir les failles et les doutes qui assaillent ces deux anciennes gloires, arrivées à présent au crépuscule de leurs vies, transformant définitivement Laurel & Hardy en Stan & Ollie.

Une nostalgie en demi-teinte mais néanmoins émouvante

C’est d’ailleurs sur ce dernier point que l’on pourrait faire un reproche au film. Débutant en 1937, à l’apogée de leurs carrières, l’histoire fait, au bout de dix minutes, un saut dans le temps de 16 ans (!) pour nous conter alors la fin de carrière souvent plus triste que drôle de ce tandem de légende, développant au passage trop peu un événement méconnu : la scission provisoire du duo suite à une divergence de contrat. C’est dommage car cela manque d’ambition, à l’image d’une réalisation trop académique, surtout au regard des performances des acteurs. On aurait aimé que Stan & Ollie soit plus long, un écrin plus substantiel pour redécouvrir ces comiques de l’âge d’or. En prenant le parti de nous les présenter surtout vieux et fatigués, le long métrage prend le risque de nous faire oublier combien leurs sketchs étaient merveilleusement écrits et combien ils étaient drôles, y compris encore de nos jours.

Si la nostalgie fonctionne, elle est plus déprimante qu’on l’aurait souhaitée. Mais, comme le film nous l’apprend, même après la mort d’Oliver Hardy, Stan Laurel (qui a contrario de son personnage, était le vrai cerveau artistique du duo) a continué pendant des années et ce, jusqu’à sa propre mort à écrire des sketchs pour Laurel & Hardy qui n’ont jamais été adaptés. Hollywood a trouvé les acteurs qu’il fallait, et possède déjà les scénarios. Reste à se demander si un jour, ils nous feront le plaisir de ressusciter à nouveau le duo Stan & Ollie à l’écran.

7/10

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